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«Adieu Monsieur Haffmann»: le combat d’un fin limier
Kultur 1 4 Min. 15.01.2022
Critique ciné

«Adieu Monsieur Haffmann»: le combat d’un fin limier

  Joseph (Daniel Auteuil) dans un premier temps observe...
Critique ciné

«Adieu Monsieur Haffmann»: le combat d’un fin limier

Joseph (Daniel Auteuil) dans un premier temps observe...
Photo: Pathé
Kultur 1 4 Min. 15.01.2022
Critique ciné

«Adieu Monsieur Haffmann»: le combat d’un fin limier

Thierry HICK
Thierry HICK
Le drame de Fred Cavayé ou comment lutter contre la compromission.

Paris 1941: les Allemands occupent la capitale française. Joseph Haffmann est joaillier de talent. Et juif. C’est pourquoi, sa famille va trouver refuge dans la zone libre. Joseph Haffmann vend sa boutique à son employé François Mercier et veut rejoindre femme et enfants à l’abri des persécutions. Son plan échouera, il trouvera finalement refuge dans la cave de son ancienne boutique. Son ancien employé et son épouse, Blanche, qui désormais vivent dans l’appartement de l’ancien patron, l’accueillent bon gré mal gré. Les rôles inversés, François et Joseph vont apprendre à cohabiter, s’entraider et... se combattre et se haïr.

Avec son drame historique «Adieu Monsieur Haffmann», le réalisateur français Fred Cavayé met en scène deux personnages forts avec en première ligne François. Le nouveau patron de la bijouterie va peu à peu s’acoquiner avec les dignitaires nazis, très friands de ses bijoux. Sentant la bonne affaire, poussé par l’appât de l’argent facile François est peu regardant sur la situation politique, sur les menaces qui pèsent. Egoïste, opportuniste, il veut à tout prix fonder une famille, avoir des enfants. Il ira même jusqu’à imposer l’impensable à sa femme et à son ancien patron pour assouvir sa soif...

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 Un véritable «salaud»  

Devenant peu à peu un traître, un véritable «salaud», François ne voit pas sa fin arriver. Un concours de circonstances imprévisibles mènera à sa chute.

Bien sûr que Fred Cavayé n’est pas complètement innocent dans la présentation d’un personnage complexe et répulsif à plus d’un titre. Le réalisateur enchaîne les épisodes de cette montée en puissance d’un personnage que rien ne semble vouloir arrêter. La caméra suit les moindres faits et gestes de celui qui mène la narration d’un drame qui peu à peu dévoile sa vraie nature.

Agir et observer

François agit, décide de tout, s’adapte à la situation, exige de son entourage un dévouement sa faille. Face à lui, Joseph qui lui vit reclus dans sa cave, à l’abri des regards indiscrets. L’ancien patron, lui aussi s’adapte, mais avant tout observe ce qui se passe autour de lui. Empathique, il reste en retrait avant de finalement explorer au grand jour. Refusant toute forme de compromission, il met à nu la vraie vie de son ancien employé.

Ce coup de théâtre inattendu est une réponse sanglante aux moments de trahison que vient de vivre le bijoutier juif. Entre les deux hommes se faufile le personnage de Blanche, l’épouse de François. Frêle jeune femme, elle subit son mari autant qu’elle compatit avec l’habitant de la cave et essaye de sauver ce qui peut être sauvé.

La fin heureuse d’«Adieu Monsieur Haffmann» peut être vue tant comme un épilogue peu convaincant qu’une lueur d’espoir dans cette quête de justice et de loyauté de Joseph Haffmann.

Fred Cavayé, le réalisateur, réussit à éviter le piège d’un manichéisme simpliste entre différentes forces. Sa peinture est bien plus subtile, raffinée, nuancée. Tant François, que Joseph et Blanche apparaissent dans toutes leurs complexités relatives. Ni noir, ni blanc, le gris est souvent de mise. Tout comme les somptueux décors. Les scènes extérieures – des rues de Montmartre reconstituées – sont fades, épurées, tristes à souhait, histoire de coller à la réalité de l’époque. Les intérieurs, par contre, sont riches en détails – surtout l’atelier de joaillerie.

Un contraste saisissant  

Ce contraste saisissant se prolonge dans la captation par la caméra des personnages. De dos, à contre-jour, nets ou flous, sous la lumière ou dans la pénombre, François, Joseph et Blanche enfermés dans le huis clos oppressant de leur boutique, souffrent et luttent, chacun à son niveau. Le réalisateur fixe au plus près les états d’âme de trois êtres blessés, aux abois. Les images sont sombres et menaçantes, mais toujours en phase avec une trame rarement lumineuse et qui sans les nommer évoque des atrocités.

Cet travail d’allusion, voire d’allégorie, est porté par des acteurs, criants de vérité. Gilles Lellouche est un François sournois à souhait, imprévisible tout comme son personnage. Blanche est incarnée par Sara Giraudeau qui réussit à donner une insoupçonnée profondeur à cette femme qui risquait de pâlir face à ces deux hommes, forts en caractère. Sans oublier, l’immense Daniel Auteuil dans la peau de Joseph. D’une voix toujours aussi chaude et rocailleuse à la fois, d’un regard toujours aussi candide et émerveillé, l’acteur excelle dans son rôle de fin observateur.

Finalement, le personnage du Kommandant Jünger est confié à Nikolai Kinski – en passant fils de Klaus Kinski – qui, sous des traits bien étudiés, confère un visage faussement humain à cette figure, symbole de l’horreur. Peut-être pour mieux corroborer le personnage de François, son complice insoupçonné.

Fred Cavayé met en garde contre toutes formes de compromission et de complaisance et réclame un monde de vérité et de justice. Un cri d’alerte qui en 2022 reste tristement d’actualité. 

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