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Un Nobel contre l'abjection
Commentaire International 05.10.2018

Un Nobel contre l'abjection

Un Nobel contre l'abjection

Photo: AFP

Un Nobel contre l'abjection

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le Nobel de la Paix 2018, en consacrant le travail de Denis Mukwege, est une condamnation du viol, or le viol est l'autre nom de la guerre.

On pouvait craindre un Nobel émotionnel (Casques blancs en Syrie), ou un Nobel de la bienséance à courte vue (SOS Méditerranée), voire un Nobel illisible (le président sud-coréen). Mais non, c'est un «bon» Nobel qui a été attribué, légitime en regard de ce qu'il récompense et salutaire par ce qu'il désigne, ce viol qui est l'autre nom de la guerre. Denis Mukwege fait un travail admirable, un travail de médecin, le plus noble de tous. Gynécologue, Mukwege opère à l'«origine du monde», là où sa matrice a été meurtrie, ce faisant il désigne les coupables, crie haut et fort que le viol c'est la guerre, et en nommant la guerre fait oeuvre de paix. Une oeuvre au sens littéral du terme, une action au quotidien, au corps-à-corps, à la limite de l'épuisement.

Fallait-il cette nomination pour condamner le viol, ce mal absolu? Il la fallait, oui, quand on sait que Mukwege longtemps s'est plaint d'avoir «frappé à toutes les portes quinze ans durant, de la communauté européenne aux Nations Unies», et que sans cesse il lui fallut constater que «la violence sexuelle n'était pas prise au sérieux».

Ajoutons que ce Nobel de la Paix 2018 brille par sa cohérence, dans la mesure où, attribué de même à Nadia Murad, la jeune avocate des Yazidies, il rend hommage à ces femmes qui ont subi cette violence dans sa forme la plus abjecte.