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Un dernier hommage au président sortant: Obama, l'art de la baraka
International 3 Min. 20.01.2017 Aus unserem online-Archiv

Un dernier hommage au président sortant: Obama, l'art de la baraka

Barack Obama, le départ d'un Elu.

Un dernier hommage au président sortant: Obama, l'art de la baraka

Barack Obama, le départ d'un Elu.
REUTERS
International 3 Min. 20.01.2017 Aus unserem online-Archiv

Un dernier hommage au président sortant: Obama, l'art de la baraka

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Les saisons révolues nous ont tout pris. Prince d'abord, puis Bowie, puis George Michael. Et maintenant c'est Obama qui s'en va. Barack avec sa baraka, cette aura, ce charme particulier qui fit d'Obama le président le plus «cool» depuis Kennedy.

Par Gaston Carré

Le rapport entre Obama, Michael, Prince et Bowie?

De Prince, Obama possède le brio con pocco, la maestria sans effort: il prenait un micro, Obama, comme le Kid de Minneapolis se lovait dans sa guitare. Quelque chose de reptilien, de jeté, avec cette aisance qui exhausse le métier en art. Une guitare se travaille des ans et des ans durant, dans la peine et la suée, et un jour soudain le musicien devient magicien, quand il attrape la Strato tombée de nulle part et aussitôt entame «The Star Spangled Banner». Eh bien voilà: Obama au micro c'était Prince à la Strato, avec cette insolente maîtrise qui fait entendre la musique et oublier la sono.

La gouaille, la superbe, l'assurance un peu narquoise des artistes qui d'avance savent que le public est conquis.
La gouaille, la superbe, l'assurance un peu narquoise des artistes qui d'avance savent que le public est conquis.
AFP

Ajoutons ceci: de Prince Obama avait la gouaille aussi, la superbe, l'assurance un peu narquoise des artistes qui d'avance savent que le public est conquis – il y a des hommes qui plaisent mais l'ignorent, ce sont des séducteurs, puis il y a des hommes qui charment et le savent, qui sont les grands séduisants.

Obamacare et Aladdin Sane

De Bowie, Obama avait la cérébralité. Le brio ma non troppo: non pas des intellos, Obama et Bowie, mais des hommes d'invention, sachant que chaque jour est nouveau, et non la réparation hâtive de la veille. Obama fut inventif, et il a créé beaucoup: le principe d'assurance mutualisée est une évidence pour nous autres Européens, mais l'intro d'Obamacare en Amérique c'est comme le coda d'«Aladdin Sane»: impensable mais indispensable. Ajoutons ceci: l'intelligence, phénomène volatile, est visible néanmoins, elle se voyait chez Obama comme chez Ziggy Stardust, à une certaine inflexion des arcades sourcilières, à cette plissure du front qui indique la réflexion  – voyez le front de Trump: il est lisse comme une fesse de nouveau-né.

Barack Obama, un homme heureux.
Barack Obama, un homme heureux.
AFP

One step again

Et puis George, le beau George. Mais oui, il y a du George Michael chez Obama. Contenue chez Obama, débridée chez Michael, une sorte d'heureuse lubricité, de dansante lascivité. Car Obama est de la race des danseurs, c'est un homme à swing, qui montait sur un podium comme Michael sur scène. Il n'y a que deux catégories d'hommes: les Crispés et les Fluides. Voyez Trump: raide comme un manche de balai, comme si la colonne vertébrale montait sans pli jusqu'à la nuque. Obama par contre est svelte et chaloupé, c'est à la fois Michael et Fred Astaire  – il semblait , quand Obama ondulait vers un micro, qu'il entamerait un entrechat, un one-step again.

Les regards que Michelle jetait sur son Barack: même Jackie n'avait pas de tels regards sur Kennedy.
Les regards que Michelle jetait sur son Barack: même Jackie n'avait pas de tels regards sur Kennedy.
AFP

Obama, pour le dire plus précisément, était sexy, non pas simplement séduisant, comme Kennedy, mais véritablement sexy, à la façon triomphante de George Michael justement – voyez le regard que Michelle lui portait (à Barack), Jackie pouvait regarder ainsi son Kennedy, admirative, mais dans les yeux de Michelle il y avait quelque chose au-dessus, ou en deçà de l'admiration: une pointe de grivoiserie, comme il y avait du désir, du vrai désir dans les regards levés vers Michael. Obama était un président sexué, tandis que Trump n'est que viril, la virilité étant la grimace impuissante d'Eros.

Un joueur, un danseur, fluide et toujours en mouvement.
Un joueur, un danseur, fluide et toujours en mouvement.
REUTERS

Faith!

Et, pour finir, il y a un impondérable encore qui fédère Obama, Prince, Bowie et Michael. Quelque chose à l'orée du divin: Faith! Ces hommes avaient la foi, au moins en eux-mêmes, et cette foi en soi de même était visible: il semblait que le ciel un jour les eut effleurés de ses ailes. Obama, black sunny boy, donnait cette impression d'avoir été touché par une forme de grâce. Il était un Elu, un vrai, de ceux que des fées ont visité au berceau.

Cette visite, cet effleurement, cette élection, c'est précisément ce que l'on nomme la «baraka».