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Réfugiés en Slovénie: De l'horreur des camps aux marches forcées
Plus d'un millier de personnes marchent à travers les champs slovènes sans savoir où elles sont ni où elles vont. Elles sont acheminées par la police vers le camp de Dobova.

Réfugiés en Slovénie: De l'horreur des camps aux marches forcées

Thomas Dévényi
Plus d'un millier de personnes marchent à travers les champs slovènes sans savoir où elles sont ni où elles vont. Elles sont acheminées par la police vers le camp de Dobova.
International 6 Min. 05.12.2015

Réfugiés en Slovénie: De l'horreur des camps aux marches forcées

À leur arrivée en Slovénie, les migrants qui viennent par milliers de Croatie sont parqués dans des camps, surveillés étroitement par l'armée et la police. Les conditions de vie dans ces camps sont désastreuses.

Par Thomas Dévényi et Pierre Gautheron

Depuis la construction d'un mur par Budapest à sa frontière avec la Serbie, les réfugiés se tournent vers la Croatie. Ils y arrivent par vagues de milliers et sont acheminés en train vers la frontière slovène. À leur arrivée en Slovénie, les réfugiés sont parqués dans des camps, surveillés étroitement par l'armée et la police. Dans celui de Rigonce, les conditions de vie sont désastreuses. Retour sur ces lieux qui ont été le théâtre de la crise migratoire en Europe.

Un village de transit

Dans le village frontalier de Kljuc Brdovecki en Croatie, tout semble calme. Au sol pourtant, couvertures, herbes foulées et vêtements sont autant de signes d'un passage permanent. Entre cinq et sept trains amènent chaque jour des milliers de réfugiés dans cette commune de 600 habitants. Au bout de la rue principale coule la rivière Sutla, enjambée par un petit pont, frontière officieuse vers la Slovénie. Des mains s'activent : une dizaine de bénévoles installent sommairement nourriture et eau sur des tréteaux. Ils se préparent à l'arrivée d'un nouveau train de réfugiés.

Elia, jeune volontaire suisse est sous le choc. Elle revient du camp côté slovène: «les gens là-bas sont empilés, ils dorment par terre, pleurent et supplient d'être traités comme des êtres humains». Les volontaires, trop peu nombreux, sont sous pression. L'une d'elles éclate en sanglots. Au bout du pont, les feux d'une ambulance transpercent la nuit. Elle vient chercher un réfugié victime d'une crise cardiaque. Elia explique: «les soins sont insuffisants, nous avons dû implanter une équipe médicale sur place.»

«Nous avons connu la guerre»

Angelo est croate ; il dépose une bouteille d'eau et des gobelets en plastique à l'entrée de sa maison. «Dans les Balkans, nous avons connu la guerre il y a vingt ans. Nous avons vécu l'exil, alors on aide comme on peut» explique-il. Un peu plus loin, une retraitée luxembourgeoise trie des chaussures destinées aux réfugiés. «Il faut qu'on soit efficace, ce soir ils n'auront pas le droit de s'arrêter» raconte-t-elle. Soudain, des bruits de pas rompent le silence. Mille cinq cent personnes, familles, enfants et vieillards pénètrent dans le village, encadrés par la police. Ils viennent de quitter le train et se dirigent vers le pont.

Une femme s'occupe de ses enfants à l'écart, après avoir réussi à sortir du camp.Son bébé est malade et a été pris en charge par un médecin militaire.
Une femme s'occupe de ses enfants à l'écart, après avoir réussi à sortir du camp.Son bébé est malade et a été pris en charge par un médecin militaire.
Pierre Gautheron

Aucun ne parle, le trajet a été éprouvant. Certains, les traits creusés, marchent péniblement, enroulés dans des couvertures. Les bénévoles se précipitent vers les enfants et les habillent de manteaux et de bonnets. «Prenez-ça, vous en aurez besoin là-bas» lâche l'une d'entre elles, inquiète. Près du pont, les nouveaux venus ont tout juste le temps d'attraper quelques pommes et des verres de lait que leur tendent les soutiens. Un bénévole les presse et les encourage en distribuant des vivres: «Allez, allez, la frontière est à cinq minutes d'ici !» Ce soir, ces réfugiés dormiront en Slovénie, au camp de Rigonce.

Un no man's land

A Rigonce, les réfugiés se retrouvent parqués dans un no man's land. Prisonniers des clôtures, ils transitent des heures durant sur un terrain boueux, jonché d'ordures. Tout autour, des militaires lourdement armés ainsi que la police les surveillent étroitement et empêchent toute sortie. Les réfugiés manquent de tout: eau, nourriture, vêtements chauds et soins approfondis. «C'est très dur ici, nous n'avons pas mangé depuis hier, quand est-ce qu'on va nous apporter de la nourriture?» demande Youssouf, un jeune syrien arrivé la veille.

La nuit, les réfugiés doivent brûler leurs déchets pour se chauffer, les tentes sont très peu nombreuses et beaucoup n'ont qu'une couverture. A proximité, une petite dizaine de bénévoles préparent des sachets-repas. Un sandwich au fromage, un fruit et un œuf dur par sac. Malgré le travail intense des volontaires, un partage équitable et organisé est impossible : les réfugiés affamés se bousculent pour obtenir à manger. La distribution se transforme en cohue, les militaires repoussent la foule et seuls les enfants parviennent à ramasser les sachets tombés au sol. La plupart ne mangeront pas cette fois-ci. Les bénévoles, découragés, sont sous le choc. Tout est à recommencer. L'un d'entre eux réfléchit à voix haute: «Il faudra plus de nourriture et organiser plusieurs points de distribution la prochaine fois, cela ne peut plus se passer ainsi.»

Soudain, un frisson

Les volontaires sont tolérés, mais doivent négocier sans cesse avec l'armée. Ils parviennent à faire sortir les plus faibles du camp pour les prendre en charge, à l'écart. Une femme supplie à genou les militaires pour être emmenée. Son bébé est malade, il est examiné par un médecin militaire, aidé d'un traducteur de l'Agence des Nations unies pour les Réfugiés (UNHCR). Devant la précarité de la situation, une bénévole s'interroge: «Où est la Croix Rouge ? Je sais qu'ils sont occupés ailleurs, mais ici aussi on a besoin d'eux.» Soudain, un frisson parcourt le camp. La rumeur d’un départ imminent enfle et chacun prépare fébrilement ses affaires. Un autre train approche du côté croate, il faut libérer la place pour les nouveaux arrivants. L'armée ouvre les grilles de la clôture. Un membre de l'UNHCR, perché sur une barrière, crie des indications aux réfugiés: «Ne donnez pas l'occasion à la police d'utiliser la force!» Puis il essaye de les rassurer et donne des consignes de sécurité: «Attention à ne pas vous bousculer car il y a de nombreux enfants et des femmes enceintes. Doucement!»

En marche vers le pire

La foule se masse vers la sortie. De nombreuses personnes sourient, heureuses de quitter le camp. Tandis que le soleil décline, le millier de réfugiés débute une marche à travers les champs slovènes. Les larges sillons agricoles rendent l'avancée difficile. La police encadre le cortège et contient les migrants sur un mince chemin sinueux. Au loin, quelques tracteurs ont commencé à labourer les champs. Sans raison apparente, les policiers stoppent régulièrement la marche. A chaque arrêt, la foule se compacte. «Où nous emmène-t-on? Combien de temps faudra-t-il marcher?» s'interroge un homme, exprimant les inquiétudes de tous.

Les réfugiés ne savent pas où ils passeront la nuit. Ils se dirigent en fait vers le camp de Dobova, à cinq kilomètres de là. A chaque départ, ils osent rêver à la fin de leur calvaire. Pourtant, les conditions de vie sont encore pires là-bas. Les réfugiés passeront plusieurs jours à Dobova, avant de monter dans un train en direction de la frontière autrichienne.


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