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Le «viol» de Théo et ses suites : Banlieues et «flics», un mal français
L'affaire Théo à Aulnay a mis le feu aux poudres. Depuis lors les affrontements avec les forces de l'ordre sont quotidiens dans les banlieues de France.

Le «viol» de Théo et ses suites : Banlieues et «flics», un mal français

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L'affaire Théo à Aulnay a mis le feu aux poudres. Depuis lors les affrontements avec les forces de l'ordre sont quotidiens dans les banlieues de France.
International 6 Min. 14.02.2017

Le «viol» de Théo et ses suites : Banlieues et «flics», un mal français

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Les banlieues de France sont minées par un rapport d'hostilité et de peur avec ses «flics», dont les «dérapages» provoquent périodiquement des guérillas urbaines. L'affaire Théo est symptomatique de cette relation entre jeunes mal intégrés et policiers mal-aimés. ¶

Par Gaston Carré

L'agent de police en français est un «flic». Et il y a, dans le mépris avec lequel ce terme est prononcé, bien plus virulent que dans son usage au Luxembourg, toute l'hostilité qui depuis des décennies caractérise le rapport des jeunes aux forces de l'ordre, depuis l'An I d'une insurrection étudiante dont les agitateurs, dans leurs affrontements avec les «Compagnies républicaines de sécurité», faisaient rimer «CRS» avec «SS». Les fièvres de 1968 certes sont retombées, mais le «flic» demeure le bouc émissaire de Français qui, toutes générations et tous milieux confondus, cultivent une irrévérence de principe à l'uniforme.

Du matraquage policier...

Le drame du Bataclan, en novembre 2015, fit accroire un cessez-le-feu entre Français et forces de l'ordre. Un temps durant, le temps de la stupéfaction et du deuil, la France sembla unie face à l'horreur et les flics furent conviés à cette union sacrée contre le terrorisme, ces flics qui montaient au front d'une violence dont le pouvoir de frappe, parce qu'il est kamikaze, l'emportera toujours sur les armements les plus sophistiqués – des policiers ont payé ce combat inégal au prix de leur vie.

Le violent matraquage du jeune Théo a suscité un vaste mouvement de solidarité et d'indignation.
Le violent matraquage du jeune Théo a suscité un vaste mouvement de solidarité et d'indignation.
AFP

Il y eut une accalmie donc, la police fut applaudie et honorée, le flic n'était plus l'ennemi, il était «des nôtres» au contraire, rétabli dans une communauté de destin attestée par quelques sondages et, bien plus signifiant, un rapport de compréhension et de bienveillante coopération au moment des opérations de contrôle que l'état d'urgence multiplie sur la voie publique – on pactisait avec la police, parce qu'on voulait renouer avec le pacte républicain que les terroristes avaient bafoué. Or, il aura suffi d'un accident pour provoquer l'effondrement de ce rapport en voie de restauration. Le 2 février, dans la Cité des 3000, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le jeune Théo  L., 22 ans, est gravement blessé après interpellation par quatre policiers. Des coups de matraque lui laissent une plaie de dix centimètres de profondeur dans la zone rectale. En dépit des appels au calme de la victime, des banlieues depuis des jours s'embrasent, avec la rapidité d'un feu de paille.

... au matraquage médiatique

L'enquête dira les responsabilités en cette affaire. Mais les médias dès le premier jour avaient jugé: «viol»! Ce terme, d'une extrême gravité, est-il justifié? Les blessures infligées disent bien l'ignominie de l'acte, mais fallait-il parler de «viol», vraiment? La justice le dira donc, et dira ce qu'elle entend par là. Ce qu'on retiendra ici, c'est la complaisance avec laquelle ce mot fut martelé par une presse française qui, dans une tradition frondeuse qui déborde très largement la presse dite de gauche, a immédiatement choisi son camp, qui ne pouvait qu'être celui de Théo en victime innocente d'un nouveau dérapage.

Un mal récurrent en France: une fois de plus la banlieue brûle.
Un mal récurrent en France: une fois de plus la banlieue brûle.
AFP

Tel journal n'hésita pas à convoquer un «sociologue» qui allait doctement expliquer les frustrations des flics et les «signifiants inconscients» de leur matraquage «phallique». Les banlieues, malgré l'extraordinaire effort de modération de la jeune victime, purent honnir les flics dans tous les micros et devant toutes les caméras, alors que la voix des policiers des jours durant fut inaudible.

Les flics sont-ils «racistes»?

Ces policiers sont-ils «racistes»? La police en son ensemble est-elle «raciste? Il faudrait s'entendre là encore sur le sens que l'on octroie à ce mot, et il faut s'aviser, surtout, de l'extrême gravité là encore de l'accusation ainsi proférée. Il serait plus juste sans doute, et moins néfaste, de dire que cette police elle aussi a peur, que le rapport entre flics et jeunes est celui d'une peur réciproque, et que le fond du problème est cette appréhension mutuelle entre deux parties qui ne se connaissent pas, depuis l'abolition d'une «police de proximité» immergée au coeur même des cités.

Le terrible balancier

Il ne s'agit pas ici de délégitimiser l'indignation que cette affaire Théo a provoquée. Mais d'interroger ce que l'on risque, par les temps qui courent, quand on distend le lien entre la collectivité et ses forces de l'ordre. Les attentats l'avaient resoudé, et à nouveau il il est mis à mal par une démagogie anti-flics que les médias déversent sur les banlieues comme on jette de l'huile sur le feu. Et de souligner que cette démagogie entérine l'idée, infondée, selon laquelle les affrontements entre police et banlieues seraient inévitables.

Par-delà la violence, c'est un certain racisme que les manifestants reprochent à la police.
Par-delà la violence, c'est un certain racisme que les manifestants reprochent à la police.
AFP

Ces affrontements, loin d'être inéluctables, ont des causes et des facteurs aggravants. Et les victimes se trouvent des deux côtés des barricades. Le 19 juillet 2016 , à la suite de son interpellation, Adama Traoré, 24 ans, meurt dans la gendarmerie de Persan (Oise) dans des conditions toujours inexpliquées. Le 8 octobre par contre, à Viry-Châtillon (Essonne), quatre policiers sont agressés par une quinzaine de jeunes qui incendient leur voiture à coups de cocktails Molotov. Un adjoint de sécurité est gravement brûlé. Pendant des semaines, les policiers manifestent leur colère devant les commissariats de France. Et ainsi va la haine, dans un mouvement de balancier qui sans cesse oscille d'un camp à l'autre.

Parmi les causes: des banlieues minées par le chômage, l'ennui, le deal comme économie de substitution pour des populations dont la République n'a pas réussi l'intégration. Une non-intégration qui favorise les communautarismes identitaires ou délinquants, et qui ont pour conséquence que les policiers souvent sont confrontés à de véritables bandes organisées, qui dans leur confrontation utilisent ou miment les postures de la guérilla urbaine. Des policiers en sous-nombre, insuffisamment préparés (une année de formation, avec initiation au Droit), souvent à cran du fait des provocations et des insultes qu'il leur faut quotidiennement essuyer. Que faire?

L'affrontement au lieu du dialogue. La France avait instauré une police de proximité. Hélas, Nicolas Sarkozy l'a abolie. Il ne comprenait pas que des policiers puissent jouer au foot avec des jeunes.
L'affrontement au lieu du dialogue. La France avait instauré une police de proximité. Hélas, Nicolas Sarkozy l'a abolie. Il ne comprenait pas que des policiers puissent jouer au foot avec des jeunes.
AFP

L'indispensable proximité

La France un temps durant était sur la bonne voie, avec sa police de proximité. Il s'agissait d'une police à pied, sur le terrain, véritablement mêlée à la population, dans une proximité telle qu'elle pouvait réagir, sur le mode de l'avertissement – voire de la pédagogie – aux manifestations d'incivilité mineure dont peut éclore la délinquance majeure. L'Education nationale était appelée à agir en amont, les profs enseignant le civisme et le pacte républicain avant que ses clauses ne soient transgressées. Hélas, Nicolas Sarkozy a abandonné, en 2002, cette police de proximité, de médiation et de prévention: il ne comprenait pas que des flics puissent jouer au foot avec des ados.

Cercle vicieux

Il y a urgence à restaurer le lien entre police et citoyens, en ce pays de France où il est particulièrement distendu. L'affaire Théo est le révélateur d'un double phénomène. D'une part une police mal-aimée, qui dès lors est défiante face aux populations qu'elle a mandat de protéger. Une police insultée, dévalorisée, démotivée, dont les dérapages sont une réalité. Mais, de l'autre, une population qui à l'endroit de la police nourrit une semblable défiance, et pour laquelle tout accident sera prétexte à déverser son hostilité, en un cercle vicieux qui semble sans issue. L'affaire Théo relève de l'anormal, mais le fait que toute étincelle mette le feu aux poudres procède d'une pathologie.


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