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Le roi est nu
Nicolas Hulot a compris que son ministère était une farce

Le roi est nu

AFP
Nicolas Hulot a compris que son ministère était une farce
Editorial International 3 Min. 29.08.2018

Le roi est nu

Gaston CARRE
Gaston CARRE
La démission de Nicolas Hulot montre que la France n'a pas accédé à une écologie politique. Pour Macron ce départ est un camouflet.

Nicolas Hulot avait avalé maintes couleuvres au sein du gouvernement Macron, et pouvait agacer par son expression aigrie de ministre brimé et contrarié, sans cesse hésitant quant à sa volonté de persévérer. Hulot désormais est soulagé et, libre, ne ravalera plus ses frustrations et ressentiments.

Sa délivrance cependant, sa fracassante démission, est calamiteuse pour le président: alors qu'il est plombé encore par l'affaire Benalla, surfaite certes mais pernicieuse pour sa crédibilité, et alors que s'emballe sa chute dans les sondages, Emmanuel Macron se voit infliger là, par ce départ ex abrupto, le plus cinglant camouflet de son quinquennat.

C'est la manière, à la hussarde, qui tout d'abord frappe en cette affaire. Hulot sans doute se veut beau joueur, et assortit sa révérence d'un coup de plume au patron, à qui il offre l'expression de son «admiration». Il n'empêche: l'homme a pris la porte sans en avertir le maître du château, et la violence de ce départ, de la part d'un personnage connu pour ses manières affables, dit long sur les sentiments réels qu'il nourrit à l'encontre de son ancien employeur et de sa garde rapprochée, dont nombre de ministres qui l'avaient toléré plus qu'ils ne l'avaient écouté.

Nicolas Hulot avait remporté quelques victoires symboliques, comme l'abandon du projet d'aéroport Notre-Dame-des-Landes. Mais, plus décisif, il lui fallut «avaler» le report de la réduction du nucléaire dans la production d'électricité, les tergiversations sur la voie d'une agriculture «saine et durable», les complaisances au glyphosate, le renvoi de la France devant la Cour européenne de Justice pour non-respect de ses obligations en matière de qualité de l'air, ou encore l'accord de libre-échange UE-Canada.

La surdité au discours de Hulot est redoutable en ce qu'elle révèle un aveuglement: Emmanuel Macron, qui se réclame d'un regard pénétrant, n'a pas vu ce que les mises en garde de Hulot pointaient, et cet aveuglement à son tour est symptomatique d'une tare plus générale: la France n'a pas accédé encore à une écologie politique, moins encore à une culture de l'écologie – l'Europe en prendra acte, le Luxembourg le savait déjà.

Plus fondamentalement, Nicolas Hulot a compris que son ministère était une farce, dont Macron l'avait dégradé en dindon. Peu averti des problématiques écologiques, considérant qu'il s'agissait là d'un «dossier» parmi d'autres, mais en quête surtout d'un ministre dont la désignation pût donner des gages à une gauche qui aujourd'hui encore ne sait qu'en penser, de Macron, celui-ci avait trouvé en Hulot un pivot, un ministre à fonction de caution, dont la présence au gouvernement permettrait, en sus, la difficile articulation de l'aporie «ni gauche ni droite» chère au président.

Nicolas Hulot par son départ a pris la décision qui s'imposait face à un gouvernement qui ne l'a pas entendu, qui ne l'a pas même écouté. Pour Macron ce départ est plus qu'un camouflet: il le met en danger dans la mesure où il induit un déniaisement, un effet de dévoilement face à la ville et au monde – Hulot, en jetant l'éponge, montre ce qu'elle occultait, à savoir le fait que le président français, qui lors du COP21 en décembre 2015 avait posé en maître des cérémonies, n'a «rien compris à l'essentiel» de l'enjeu que l'écologie constitue aujourd'hui.

Nicolas Hulot dès lors a osé un camouflet et une transgression, ayant révélé que le roi est nu.


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