Wählen Sie Ihre Nachrichten​

Le grand écart
Leitartikel International 3 Min. 30.10.2014

Le grand écart

Leitartikel International 3 Min. 30.10.2014

Le grand écart

Marcel KIEFFER
Marcel KIEFFER
La France devrait donc échapper de justesse aux foudres de Bruxelles après avoir amendé in extremis son budget prévisionnel pour 2015. Mais le bras de fer que l'Europe avait engagé avec la France était révélateur.

La France devrait donc échapper de justesse aux foudres de Bruxelles après avoir amendé in extremis son budget prévisionnel pour 2015. Mais le bras de fer que l'Europe avait engagé avec la France était révélateur. Si elle peut se montrer capable des élans les plus euphorisants, l'Europe ne reste pas moins susceptible de retomber dans les travers d'un passé pas si lointain. Plus que jamais défiée par les affres d'une économie atone, elle peine à s'imposer en dehors de toute contestation et contradiction.

L'index réprobateur tendu vers Paris ne facilite évidemment pas la tâche d'un gouvernement dont les efforts d'économie et d'assainissement budgétaires sont incontestables. Il est vrai que la France continue d'être un des mauvais élèves – mais pas le seul et certainement pas le pire – de l'Union européenne. Son déficit budgétaire prévisionnel pour 2015 (révisé à 4,1 %) la fait fauter encore contre le pacte de stabilité. Si la Commission ne peut pas passer l'éponge sans mettre en péril le frêle édifice économique et monétaire, elle reste tout autant redevable d'un certain devoir de retenue et de compréhension face aux contextes politiques nationaux en la matière. Quand François Hollande balayait d'un coup de main les sommations de Bruxelles de rajouter quatre milliards d'économies aux 21 déjà entreprises – avant de dénicher des recettes supplémentaires –, il avait de bonnes raisons pour le faire. Comment imposer aux Français de nouvelles mesures de rigueur sans risquer à la fois de jouer le jeu du Front national et de s'attirer encore davantage l'ire des frondeurs dans ses propres rangs? Tant que l'Europe n'est pas fédérale – et elle est encore loin de faire l'unanimité sur cette question – elle continuera d'avoir des difficultés pour faire le grand écart entre l'économie, relevant toujours du domaine des Etats, et le chantier de la monnaie commune. Et tant que cette situation dure elle ne peut se ficher des conséquences de son rigorisme pour les intérêts légitimes des gouvernements et du climat social dans les pays qui la composent. Elle a une responsabilité à assumer et ne se gouverne pas du haut d'une tour d'ivoire.

Les chantres de l'orthodoxie budgétaire peuvent brandir l'argument d'une Europe condamnée d'avance si par ses actes par trop généreux elle contredirait ses propres règles et principes. Or, sans transiger sur ses principes, elle pourra toujours infléchir les rythmes imposés. Ce qui lui éviterait de contredire ses propres, tout récents aveux à l'issue de la crise grecque qui l'a vue imposer à toute une nation une rigueur au-delà des plus élémentaires considérations sociales. N'a-t-elle pas promis de ne pas renouveler ses erreurs, de rendre ses mécanismes, comme la Troïka, plus démocratiques et plus transparents, donc moins intransigeants – et Jean-Claude Juncker d'appliquer le pacte de stabilité avec la flexibilité appropriée?

L'idée de l'Europe ne peut prospérer au dépens des intérêts même immédiats de ses citoyens. Elle en serait sa première victime, et c'est là toute l'étendue de son dilemme. Si tous les pays sont égaux, en droits et en devoirs, en Europe – et les traités le leur garantissent – où en serait la justice, si celui qui a fait de la rigueur et de la discipline budgétaire sa raison d'Etat, pourrait faire la loi tout seul? Et que dire d'une Europe qui, fixant le regard droit devant elle, poursuivrait ses objectifs dans l'ignorance des dégâts qu'elle cause?


Lesen Sie mehr zu diesem Thema

Editorial: Vacance de zèle
Vivons-nous dans le pays des bisounours? Loin de vouloir paraphraser l'égérie des extrémistes français, Marine Le Pen, la question mérite d'être posée au regard de la faiblesse apparente de la présence policière et militaire quelques jours seulement après les attentats meurtriers de Bruxelles.
Editorial: Quelle brutalité!
Le feuilleton procédurier qui ébranle depuis un certain temps le Front national en France montre jusqu’à quel degré la politique peut conduire les hommes à un comportement brutal et impitoyable.
Défense du secret
Après l'écoute de Merkel, après l'écoute de Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ce sont des indiscrétions des services secrets américains à l'endroit de Pierre Moscovici et François Baroin qui viennent d'être révélées par des interceptions de Wikileaks.
Briefe an die Redaktion: Un pas est franchi
La perte de leur emploi des 80 salariés des restaurants de la galerie d'«Utopolis» à Kirchberg a de quoi frapper les esprits. Nous avons connu des pertes d’emploi par faillite frauduleuse ou non et de mises au chômage pour accident, incendie ou intempérie, mais le licenciement pour fin de bail est un cas de figure rare, surtout que les commerces concernés ont l’air de ne pas manquer de clients.