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La société belge toujours plus inégalitaire
International 4 Min. 24.01.2023
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La société belge toujours plus inégalitaire

Dans cette enquête, le contraste est frappant entre l’image de modèle démocratique que veut se donner le pays et la perception qui s'en dégage chez l'homme de la rue.
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La société belge toujours plus inégalitaire

Dans cette enquête, le contraste est frappant entre l’image de modèle démocratique que veut se donner le pays et la perception qui s'en dégage chez l'homme de la rue.
Photo: Shutterstock
International 4 Min. 24.01.2023
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La société belge toujours plus inégalitaire

L'enquête "Noir Jaune Blues" traduit le mal-être d’une population qui refuse majoritairement de faire encore confiance à ses institutions démocratiques.

Par Max Helleff (Bruxelles)

Quelque 66% des Belges aspirent à une gouvernance autoritaire: c'est la «punch line» la plus cinglante de l'enquête «Noir Jaune Blues 5 ans après» relayée par «Le Soir» et la RTBF en ce début de semaine. La réponse aux différentes questions qui ont mené à ce constat ne laisse pas de surprendre. Parmi elles: «Diriez-vous qu'il y a un épuisement du modèle parlementaire traditionnel qui a de plus en plus de mal à prendre des décisions et à maintenir de l'ordre, il faut surtout un vrai chef qui remette vraiment de l'ordre et qui comprend vraiment le peuple?» 69% des sondés ont répondu par l'affirmative.


Antwerp Mayor Bart De Wever delivers a speech at a congress of the Antwerp branch of Flemish nationalist party N-VA, in preparation of the October local elections on May 6, 2018 in Antwerp.  / AFP PHOTO / BELGA AND Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT
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Ce rejet des institutions n'est pas neuf. En 2017, une livraison précédente de l'enquête Noir Jaune Blues avait déjà confirmé le désamour croissant entre le citoyen et sa gouvernance. À l'époque, le pays vivait dans la torpeur de l'après-attentats. Depuis, les choses ont empiré.

On peut également lire dans cette étude que six personnes sur dix sont d'accord avec l'affirmation selon laquelle «pour permettre à un vrai chef élu d'effectuer des changements en profondeur, il ne faut en aucun cas qu'il soit gêné dans son action par des gens non élus c'est-à-dire des juges, des journalistes, des fonctionnaires, des lanceurs d'alerte, des activistes de tous types, des intellectuels critiques, etc.» Sept sur dix estiment encore qu'«un bon système de gouvernement serait d'être dirigé par une personnalité forte qui comprenne vraiment le peuple et ne doive pas nécessairement en référer à un Parlement ou à des élections.» Ce ne sont là que quelques exemples ...

Le contraste est frappant entre l'image de modèle démocratique que veut se donner le pays – avec ses nombreux gouvernements et parlements - et la perception qui s'en dégage chez l'homme de la rue. Pour Benoît Scheuer,  le sociologue à l'origine de «Noir Jaune Blues», le nœud du problème est à trouver dans les inégalités qui minent le pays.

Benoît Scheuer analyse: «Si les individus ont la perception que le pouvoir politique et d'autres institutions ne les protègent plus, laissent les injustices et les inégalités se développer, ils ont peur du déclassement social, pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, se sentent abandonnés». D'où, conclut le sociologue,  un «accroissement de l'aspiration à la retribalisation». Cette aspiration «tribale» est synonyme de repli sur soi et d'essentialisation de l'identité.

Un quart des richesses à 1% des riches

La société belge est «toujours plus inégalitaire», commente Le Soir. Le quotidien cite l'ONG Oxfam qui attribue à 1% des riches qui vivent en Belgique un quart des richesses présentes dans le pays. A contrario, les rangs de la pauvreté gonflent d'année en année. La classe moyenne dite «inférieure» glisse vers la précarité sous le coup des factures d'énergie et de l'inflation. Il y a toujours plus de familles monoparentales et d'étudiants à demander l'aide publique, etc.

Le sentiment qu'il y a une impuissance des politiques face à l'ampleur des crises va croissant.

Le sentiment qu'il y a une impuissance des politiques face à l'ampleur des crises va croissant. Le citoyen pense que ses gouvernants sont sous la coupe de la grande finance et ne fait rien pour s'en dégager. Le scandale de corruption qui traverse le Parlement européen, et concerne pour partie le Parti socialiste francophone de Paul Magnette, risque bien de le conforter dans cette posture.

Un pays bientôt ingouvernable?

L'étude identifie par ailleurs une catégorie de citoyens qu'elle présente comme les partisans de la «société ouverte». Seulement un sondé sur cinq refuse de baisser les bras et cherche à «reprogrammer le monde» dans lequel il vit.

Les conclusions de ce troisième «Noir Jaune Blues» gagnent en intérêt dans la mesure où elles s'articulent autour de trois temps forts de l'histoire récente. L'enquête a été menée en février 2020, juste avant la pandémie. Elle a repris en octobre 2021 après les confinements. Le dernier volet a été réalisé en juillet 2022, après cinq mois de guerre en Ukraine et en pleine poussée inflationniste. Cette évolution confirme les bouleversements endurés par la population et l'installation d'un mal-être durable.


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Enfin, l'enquête confirme d'autres sondages. En cela, elle envoie un énième signal au monde politique au moment d'entrer en précampagne électorale. Les partis gouvernementaux craignent comme la peste que les extrêmes ne rendent le pays ingouvernable au lendemain des élections de 2024. Le même refrain est répété à chaque scrutin depuis les années 90 et la montée en puissance du Vlaams Belang. Mais tant va la cruche à l'eau qu'elle se casse, dit le proverbe.

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