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Indépendance de la Catalogne?: «Nous ne supportons plus l'arrogance de Madrid»
Un membre des «Castellers Joves» s'affiche avec les couleurs de l'indépendance catalane. Les «Castellers», les constructeurs de tours humaines, sont une vieille tradition catalane.

Indépendance de la Catalogne?: «Nous ne supportons plus l'arrogance de Madrid»

REUTERS
Un membre des «Castellers Joves» s'affiche avec les couleurs de l'indépendance catalane. Les «Castellers», les constructeurs de tours humaines, sont une vieille tradition catalane.
International 4 Min. 26.09.2015

Indépendance de la Catalogne?: «Nous ne supportons plus l'arrogance de Madrid»

Ce 27 septembre, des élections législatives sont convoquées en Catalogne qui se transforment en référendum pour ou contre l’indépendance. Un scrutin serré qui pourrait conduire à une rupture entre Madrid et Barcelone.

 Par Laurence d'Hondt

«Mon père a vécu la période qui a suivi la guerre civile. Il en a gardé une peur des oppositions violentes. Mon fils ne peut pas comprendre cette peur. Moi je suis entre les deux : j’ai conscience d’un risque, mais je ne suis plus terrorisée», raconte la maire de la station balnéaire de Roses en Catalogne. Membre du parti nationaliste de centre droit Convergènca Democràtica de Catalunya qui dirige actuellement le Parlement catalan, Montserrat Mindan se positionne clairement en faveur de l’indépendance catalane.

«Nous sommes un peuple avec une culture, un territoire, une langue, une organisation politique», poursuit calmement la maire, «aujourd’hui nous voulons l’indépendance parce que nous ne supportons plus les violences et l’arrogance du pouvoir à Madrid qui nie l’expression de notre volonté».

«Nous voulons l’indépendance parce que nous ne supportons plus les violences et l’arrogance de Madrid»: Mindan Montserrat, maire de la station balnéaire de Roses en Catalogne.
«Nous voulons l’indépendance parce que nous ne supportons plus les violences et l’arrogance de Madrid»: Mindan Montserrat, maire de la station balnéaire de Roses en Catalogne.
Laurence d'Hondt

Comme plusieurs millions de Catalans, Montserrat Mindan se prononcera ce dimanche sur l’avenir de son pays à l’occasion d’élections qui se sont transformées en référendum pour ou contre l’indépendance. Après avoir en vain demandé à Madrid la tenue d’un référendum sur cette question, comme les Ecossais l’ont obtenu de Londres, la Catalogne utilise ainsi sa dernière cartouche légale.

«S’il y a une majorité de parlementaires indépendantistes, nous irons vers une déclaration unilatérale d’indépendance», assure calmement Mindan Montserrat, «cette fois nous sommes prêts, nous n’avons plus peur des intimidations faites par l’Espagne». Posant entre le drapeau catalan et celui qui représente les roses de sa ville, la maire de Roses veut afficher sa confiance.

Un peuple soudé

Cela fait 300 ans que les Catalans s’opposent à Madrid mais depuis le 11 septembre 2012, la fête de la Diada qui commémore la prise de Barcelone par les troupes espagnoles, est devenu un rassemblement annuel d’une ampleur inégalée qui a surpris les Catalans eux-mêmes. 

A Arenys de Munt, près de Barcelone, le monument pour l'Indépendance de la Catalogne.
A Arenys de Munt, près de Barcelone, le monument pour l'Indépendance de la Catalogne.
AFP

Ce jour-là, il y a trois ans, Barcelone s’était soudain rempli d’hommes, de femmes et d’enfants qui, sans soupçonner qu’ils partageaient si nombreux un désir d’indépendance, se sont reconnus comme un peuple soudé, déterminé, en marche vers un nouvel avenir. En 2013, c’était l’exceptionnelle chaîne humaine qui avait frappé l’opinion publique: s’étendant sur 400 km, elle avait démontré la force organisatrice des Catalans qui se tenaient main dans la main de nord au sud de la Catalogne.

Cette année-ci, un million et demi de personnes dessinaient un mouvement de flèche pointant vers le Parlement catalan. «N’est-ce pas une manière démocratique, pacifique d’exprimer notre désir?», interroge Lluis Casadella, membre de l’association culturelle Omnium qui s’est transformée au fil des événements, en mouvement politique indépendantiste , «avons-nous posé une bombe, commis un acte de violence?».

Une farce, selon Madrid

Les derniers sondages placent les uns et les autres au coude à coude. Les indépendantistes se sont rassemblés autour d’une seule liste pour le oui, la Junts pel Si, tandis que les unionistes sont éclatés en trois partis: le PP du président Rajoy, le PSC dépendant du parti socialiste espagnole et la liste Ciudadanos qui milite en Catalogne pour l’unité de l’Espagne et dénonce le projet indépendantiste comme une impasse désuète.

Manifestation électorale: le Premier ministre Mariano Rajoy avec le candidat du PP Xavier Garcia Albiol.
Manifestation électorale: le Premier ministre Mariano Rajoy avec le candidat du PP Xavier Garcia Albiol.
AFP

«Nous considérons qu’au 21e siècle, il ne faut pas construire de murs et que l’unité est l’avenir», explique José Manuel Alvarez, qui représente la liste Ciudadanos dans la petite cité de Roses, «les indépendantistes ne s’occupent que de leurs querelles internes et oublient les vrais problèmes d’ici: la scolarité, l’emploi, la santé». Depuis des semaines, la bataille médiatique est à son comble.

Madrid qui ne décolère pas de voir les Catalans transformer un vote régional en une forme de référendum, pousse à la peur que pourrait susciter l’avenir de la Catalogne en dehors de l’Espagne: elle assure que la Catalogne ne sera jamais reconnue par l’Union Européenne, que les Catalans et Castillans qui vivent en Catalogne perdront leur nationalité et leurs droits et que la Catalogne s’enfoncera dans un no man’s land économique et politique.

L’arrogance de Madrid et l’intransigeance des indépendantistes ne cessent de se nourrir mutuellement. Dans les rues de Roses, si Castillans et Catalans se côtoient, vivent souvent au sein de mariage mixte, la rupture politique entre les indépendantistes et les unionistes est devenue profonde.

Le vote du 27 septembre pourrait encore l’approfondir et envoyer aux rêves indépendantistes d’autres peuples d’Europe, des signes qui ne manqueraient pas d’inquiéter Bruxelles. «Mais est-ce une raison pour empêcher un peuple de se définir démocratiquement?», conclut un militant qui rappelle qu’il est prêt à accepter le verdict des urnes quel qu’il soit. Pour lui, l’Europe démocratique se jouera dimanche à Barcelone.

Un membre des «Castellers Joves» s'affiche avec les couleurs de l'indépendance catalane. Les «Castellers», les constructeurs de tours humaines, sont une vieille tradition catalane.
Un membre des «Castellers Joves» s'affiche avec les couleurs de l'indépendance catalane. Les «Castellers», les constructeurs de tours humaines, sont une vieille tradition catalane.
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