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Grandes Figures du monde Arabo-Musulman: Hassanal Bolkiah, sultan en or massif
International 6 Min. 20.02.2017 Aus unserem online-Archiv

Grandes Figures du monde Arabo-Musulman: Hassanal Bolkiah, sultan en or massif

Le sultan Hassanal Bolkiah: belle prestance en costume occidental comme en tenue d'apparat.

Grandes Figures du monde Arabo-Musulman: Hassanal Bolkiah, sultan en or massif

Le sultan Hassanal Bolkiah: belle prestance en costume occidental comme en tenue d'apparat.
AFP
International 6 Min. 20.02.2017 Aus unserem online-Archiv

Grandes Figures du monde Arabo-Musulman: Hassanal Bolkiah, sultan en or massif

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le monde compte deux grands sultanats. Oman d'une part, dont nous avons présenté le sultan dans une précédente livraison de cette série de portraits, et Brunei d'autre part, dont on va découvrir ici le flamboyant et sulfureux dirigeant Hassanal Bolkiah.

Par Gaston Carré

Il fut un temps, à Brunei, où ni le plaquage en or massif des limousines ni les extravagances les plus dispendieuses ne suffisaient à écouler les revenus du pétrole, qui coulaient sur le sultanat comme la myrrhe et le miel ruisselaient sur les rois de la bible. Ce temps est révolu, et le sultan Haji Sir Hassanal Bolkiah Muizzadin Waddaulah est l'homme à qui il échoit désormais de gérer un sous-sol en voie d'assèchement. Pour l'heure cependant ses sujets sont heureux encore, les rémunérations sont généreuses, les impôts quasi inexistants et maints maux du monde font halte devant Brunei. On sait gré au sultan de tant de félicité, cet homme qui faute d'être véritablement aimé est apprécié.

Culte de la personnalité: le sultan est accueilli avec faste dans les capitales asiatiques – cette jeune Cambodgienne attend avec impatience la visite de Hassanal Bolkiah.
Culte de la personnalité: le sultan est accueilli avec faste dans les capitales asiatiques – cette jeune Cambodgienne attend avec impatience la visite de Hassanal Bolkiah.
AFP

Un monarque absolu

Moustache et barbiche bien taillées, regard franc, le sultan porte avec autant d'aisance le costume occidental que ses rutilants uniformes d'opérette. Le visage ces temps-ci s'affaisse un peu, sous le poids des ans, mais le sultan reste bel homme, et fait preuve d'une assurance que peut lui envier Qabous, le timide régent d'Oman. C'est sa longévité sans doute qui le met à l'abri du doute: Haji Sir Hassanal Bolkiah Muizzadin Waddaulah, né le 15 juillet 1946, est le 29e sultan de Brunei depuis 1967, et il règne en monarque absolu depuis l'indépendance du sultanat en 1984.

Bolkiah a étudié à l'Institution Victoria de Kuala Lumpur, en Malaisie, puis se forma à l'Académie royale militaire de Sandhurst. Le 4 octobre 1967, à l'âge de 21 ans, il accède au trône à la suite de l'abdication de son père. Son spectaculaire couronnement aura lieu le 1er août 1968.

On ne nous pardonnerait pas ici de ne pas évoquer la fortune du sultan, qui est légendaire. Voilà un rapide inventaire. Il était considéré comme «l'homme le plus riche du monde» par le magazine Forbes en 1997, avec une fortune dépassant les 40 milliards de dollars. C'est le deuxième chef d'Etat le plus riche de la planète, propriétaire d'un palais trois fois plus grand que celui de Buckingham et de 5 000 voitures de luxe dont une recouverte de diamants à 4,3 milliards d'euros.

Sultan Hassanal Bolkiah lors de la fête nationale à Bandar Seri Begawan à Brunei.
Sultan Hassanal Bolkiah lors de la fête nationale à Bandar Seri Begawan à Brunei.
REUTERS

L'heureux monarque possède quelques palaces à Paris aussi, mais si vraiment vous insistez pour le parc automobile, en voici quelques fleurons: 531 Mercedes-Benz, 367 Ferrari, 362 Bentley, 185 BMW, 177 Jaguar, 160 Porsche, 135 Toyota, 130 Rolls-Royce, 79 Aston Martin, 62 Lexus, 42 Land Rover, 32 Jeep, 20 Lamborghini, 9 McLaren F1, 4 Bugatti EB110. Pour des raisons que l'on ne s'explique pas, il possède également deux... Renault 5, qui sans doute paraissent un peu cheap quand il en prend le volant après être descendu de son Boeing 747 plaqué or, également possession privée. On trouvera dans la presse spécialisée les mille et une autres expressions de cette fortune; on se contentera de signaler que le palais royal, à Bandar Seri Begawan, compte assez de salles de bain pour épancher les incontinences les plus obstinées: 257, selon les «sources» de Paris Match.

Un yacht nommé «Tits»

Certes il y eut des fuites dans cet océan de prospérité. C'est Jefri, son frère cadet, qui fit des misères au sultan. Début des années 2000 le flamboyant Jefri fut accusé d’avoir détourné 16 milliards de dollars des caisses de l’Etat alors qu'il était ministre des Finances. Plaidée en grande partie à la Haute Cour de Londres, l’affaire a révélé des détails très embarrassants sur les dépenses et les goûts douteux du prince, à l’image d'un yacht de cinquante mètres que l'homme avait baptisé «Tits» – le mauvais goût est, parmi les privilèges qu'offre la très grande richesse, le plus apprécié de ceux qui en sont pourvus. Après avoir passé douze mois à Singapour, le prince Jefri fut réadmis à Brunei, où il était revenu à plus de modestie pour prévenir l'accusation de haute trahison qui pesait sur lui dans le sultanat.

Une Miss USA accusa le sultan de l'avoir séquestrée dans son palais.

Le sultan lui-même fut maintes fois parfumé de soufre par une rumeur publique qui, attisée par sa fortune et les mystères qui l'entourent, fit état de débordements face auxquels il reste difficile de faire la part du réel et du fantasme. Parmi les affaires les plus retentissantes: la plainte de Shannon Marketic, une Miss USA qui l'accusa de l'avoir séquestrée un mois dans son palais. Il l'aurait droguée avant d'abuser d'elle dans une des 1 788 pièces de son palais. Fin du chapitre «people».

Bolkiah en ses jeunes années, en effigie sur un timbre officiel du sultanat.
Bolkiah en ses jeunes années, en effigie sur un timbre officiel du sultanat.
Shutterstock

Sur la côte nord de l’île de Bornéo, le sultanat de Brunei, petit pays enclavé en Malaisie, est un ancien protectorat britannique, il est l'un des membres du Commonwealth que dirige symboliquement la reine Elizabeth II du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

En plus des fonctions de chef d’Etat et de chef du gouvernement, le sultan cumule les statuts de Premier ministre, ministre de la Défense, ministre des Finances, recteur de l’université, chef de la police, chef suprême des Forces armées et commandeur des croyants. Sa monarchie est de droit divin, ce qui signifie que le sultan n'a de comptes à rendre qu'au ciel. Là, force est de reconnaître qu'il n'est pas irréprochable: Hassanal Bolkiah traîne une lourde image d'autocrate débauché, dans un sultanat dont les scandales ont régulièrement alimenté la presse à sensation.

Le coran  comme amendement, pour purger une image de débauché.

C'est pour s'amender sans doute que le sultan a restauré la charia. «Je place ma foi dans Allah le tout-puissant et lui rends grâce pour annoncer que le 1er mai sera réalisée la première étape de l'application de la charia», a-t-il déclaré en 2014, en dépit des critiques étrangères et des craintes de la minorité non-musulmane – 10 % des habitants de Brunei sont chrétiens, 13 % sont bouddhistes. Le sultanat de Brunei, composé en majorité de musulmans, utilise déjà des éléments du droit islamique pour régler des différends matrimoniaux, mais cette fois-ci la charia s'appliquerait tant au niveau du droit pénal que civil. Le monarque tout-puissant a fait taire les minorités catholiques et bouddhistes qui ont exprimé leurs craintes sur les réseaux sociaux. Il s'agit pour Hassanal Bolkiah d'opérer la transition d'un système pénal hérité de l'empire britannique vers une législation islamique qui constitue pour lui un «pare-feu» contre les influences occidentales.

Trois femmes, 12 enfants

Pour Joseph Chinyong Liur, spécialiste de l'Islam, «le sultan est à un moment de sa vie où il doit se mettre en règle avec son identité religieuse, tant pour lui personnellement que pour le pays». Selon lui, les musulmans d'Asie du Sud-Est aspirent à refermer pour de bon le chapitre colonial de leur histoire par un retour aux fondamentaux de l'Islam.

Trois épouses sont/étaient aux côtés de Bolkiah à la tête de son sultanat polygame – Anak lui a fait 6 enfants, après Mariam (4) et Azrinaz (2). Douze jeunes «altesses royales» au total, dont l'aîné, Al-Muhtadee Billah, a été désigné prince héritier.