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Face à l’empire du Mal
Leitartikel International 3 Min. 26.03.2015

Face à l’empire du Mal

Leitartikel International 3 Min. 26.03.2015

Face à l’empire du Mal

Marcel KIEFFER
Marcel KIEFFER
Roberto Saviano, auteur à succès italien et grand expert du crime organisé dans son pays, avait posé en quelques mots le défi auquel le pape François allait se voir confronter à l’occasion de son voyage à Naples, le samedi dernier.

Roberto Saviano, auteur à succès italien et grand expert du crime organisé dans son pays, avait posé en quelques mots le défi auquel le pape François allait se voir confronter à l’occasion de son voyage à Naples, le samedi dernier. «Ou bien l’Eglise se tait et elle est complice, ou bien elle réagit.» Qu’on ne se trompe pas sur les propos de celui pour qui la lutte contre les milieux mafieux en Italie, à travers ses écrits et articles, dont notamment son roman d’investigation à succès «Gomorra» sur l’empire de la violence et du Mal à Naples justement, est devenu le combat de sa vie. Cet écrivain et journaliste ne fait pas partie de ceux qui se plaisent à toujours montrer du doigt l’Eglise à propos de toutes les tares qui défigurent le monde sans rappeler leur responsabilité aux autres instances de nos sociétés – la politique, les pouvoirs publics, le monde économique, tous les détenteurs autodéclarés des principes de la solidarité collective et des bonnes vertus d’un humanisme moderne et soi-disant laïque. Roberto Saviano s’était fait un ardent défenseur de la visite du souverain pontife en Sicile, arguant que «sa force c’est de parler de ce dont personne ne veut entendre parler en Italie». Et l’espoir qu’il avait placé en François ne fut pas déçu.

Les armes du pape et de l’Eglise étant les mots, François a frappé fort, une fois de plus. Fustigeant une corruption «puante» et notamment «ceux qui prennent la voie du mal (et) volent un morceau d’espérance à eux-mêmes, à la société, à la bonne réputation de la ville, à son économie», le chef de l’Eglise catholique a encore lancé un appel très politique à la face du monde. Et il ne l’a pas fait sans montrer l’issue devant le constat de l’ampleur du problème. En avertissant que «tous nous avons la possibilité d’être corrompus et de glisser vers la délinquance», il a opposé à la dépravation de l’homme son plus grand atout: sa liberté fondamentale, celle de pouvoir choisir entre le Bien et le Mal. Si tout homme est faillible, susceptible de faire un mauvais choix qui l’égare et le conduit à la perte, au déshonneur et au crime, il ne lui appartiendra pas moins de prendre la bonne voie vers une vie honorable, juste et paisible. C’est donc un message d’espoir que le pape offrit aux fidèles à Naples quand il leur signala qu’ «il est toujours possible de retourner à une vie honnête». Ceux qui n’ont qu’un sourire dédaigneux pour ce qu’ils considèrent comme une naïveté angélique du pape quand il inclut les pires parrains de la mafia dans son appel à renoncer au Mal et «à se convertir à l’amour et à la justice», se rendent-ils compte à quel point ils méprisent l'Homme?

Entretenir l’espoir en l’Homme pour l’encourager à prendre les bons choix implique une responsabilité à laquelle les dirigeants de nos sociétés ne peuvent se soustraire. Il appartient à eux de créer les conditions qui permettent à l’homme de faire les bons choix et de voir respecter sa dignité inaliénable, ainsi que – comme François l’avait rappelé en novembre aux députés européens à Strasbourg –, les droits «dont elle ne peut être privée au gré de certains, et encore moins au bénéfice d’intérêts économiques». En quoi d’autre consistent le rôle et l’obligation de la politique si ce n’est qu’à favoriser la dignité de la personne, à placer au centre de tous les efforts la dimension de bien commun et de communauté sociale? C’est donc avant tout à la politique, qu’il importe d’adresser le défi que Roberto Saviano a si bien formulé: Si elle se tait et ne réagit pas, omettant d’employer les armes qui sont les siennes, elle se fait complice.


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