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Entre mission étatique et responsabilité individuelle : Sécurité: le choix des armes
International 6 Min. 24.10.2015

Entre mission étatique et responsabilité individuelle : Sécurité: le choix des armes

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International 6 Min. 24.10.2015

Entre mission étatique et responsabilité individuelle : Sécurité: le choix des armes

La sécurité est sans doute une valeur universelle, mais divers sont les points de vue sur les responsabilités en la matière, et diverses dès lors sont les pratiques de leur mise en oeuvre. En France ainsi, la sécurité relève d'une mission étatique, alors qu'aux Etats-Unis elle est une prérogative citoyenne.

(gc) - La sécurité est sans doute une valeur universelle, mais divers sont les points de vue sur les responsabilités en la matière, et diverses dès lors sont les pratiques de leur mise en oeuvre. En France ainsi, la sécurité relève d'une mission étatique, alors qu'aux Etats-Unis elle est une prérogative citoyenne. Le libre accès des Américains aux armes, qui ne cesse de choquer de ce côté-ci de l'Atlantique, se comprend au vu de cette approche individualiste.

Entre admiration envieuse et, par ailleurs, d'inavouables interrogations quant à ce qu'aurait été leur propre réaction dans une telle situation, les Français ont fêté les «héros» américains du Thalys, ces jeunes gens qui le vendredi 21 août ont empêché un massacre en maîtrisant un homme s'apprêtant à faire usage de sa kalachnikov dans un train reliant Amsterdam à Paris. Aux trois cow-boys – Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sandler – s'est ajouté le Britannique Chris Norman, tous récompensés d'une Légion d'honneur par François Hollande qui lors de la cérémonie de remise a mobilisé un paradigme proprement américain dans son discours aux sauveurs, déclarant que «Face au mal qu'est le terrorisme il y a un bien, et c'est vous qui l'incarnez».

«Chope-le!»

Il n'est pas sûr toutefois que Spencer et ses amis aient eu conscience, au moment de leur action, d'intervenir contre le Mal et au service du Bien. Il n'est pas sûr même qu'ils aient eu conscience de neutraliser un terroriste. «Nous avons entendu un coup de feu et le bruit d'une vitre se brisant puis nous avons vu un employé du train courir, pris en chasse par un homme ayant une arme dans la main», se souvient Anthony.

Anthony a hurlé «Spencer, chope-le» et Spencer s'est précipité, «naturellement», comme si au plus profond de son ADN était gravée une inclination à réagir de son propre chef, à ses risques et périls, à une situation de danger dans son environnement immédiat, lui-même et ses camarades ayant très vite compris qu'il y avait menace pour la sécurité, leur sécurité et celle de l'ensemble des passagers.

Made in USA

Ce faisant, les jeunes gens ont agi en Américains, ce par quoi nous ne voulons pas insinuer que le courage est une vertu spécifiquement made in USA, mais que des Américains se comportent à l'aune de leur «idéologie» collective en matière de sécurité et de responsabilité dans les cas où elle est menacée.

Qu'est-ce qui face au danger définit un Américain? Qu'est-ce a contrario qui définit un Français, ou la plupart des autres Européens?

L'Américain estime qu'il est de son devoir d'agir de sa propre initiative; le Français considère que «la police s'en chargera». La sécurité aux Etats-Unis est l'affaire de chacun, en France elle est l'affaire de l'Etat. Un hiatus quasi culturel est à l'oeuvre ici, qui articule deux perceptions du danger, deux conceptions de la sécurité, deux approches de la responsabilité face à celle-ci, qui dans le cas des Américains rend largement compte de leur attachement au principe de libre acquisition des armes.

La matrice et le néant

Ces armes par quoi se commettent périodiquement des tueries sur les campus et dans les collèges, ces armes dont la libre possession choque si profondément de ce côté-ci de l'Atlantique, mais que beaucoup d'Américains rangent au catalogue des plus imprescriptibles droits de l'Homme. On ne peut écrire ici une Histoire comparative de la France et des Etats-Unis. Disons, pour aller très vite, que le Français, historiquement parlant, naît dans une matrice étatique largement constituée déjà, et déjà dotée de prérogatives comme de responsabilités. La sécurité, pour le Français, est l'affaire de tous, c'est à tous (la société, l'Etat) qu'il incombe de le protéger; la sécurité pour un Américain est l'affaire de chacun, c'est à chacun qu'il appartient de se défendre lui-même et autrui, conviction ancrée dans le genèse même de l'Amérique et de sa mythologie du pionnier, qui dans la virginité première du Far west se construit dans une sorte de néant originel, construit sa nation et la défend contre la prédation, mythologie qui d'ailleurs sera réactivée par la création de l'Etat d'Israël où de même est fort l'attachement au principe de libre armement individuel, sachant bien entendu qu'un Israélien est confronté à une situation très particulière sur le plan de la sécurité.

En Europe, et en France notamment, il est majoritairement admis qu’il est du ressort de l’Etat d’assurer la sécurité publique. Cette conception du rôle de l’Etat pour la sécurité et la paix civile s’est imposée à l’Angleterre absolutiste, puis à l’Europe à partir du XVIIe siècle.

Le «Léviathan» de Hobbes 

Dans l’histoire des idées politiques, elle est surtout théorisée par le «Léviathan» de Hobbes: livrés à eux-mêmes les hommes s’entredéchirent, tandis que l'Etat souverain est garant de paix civile et, dès lors, de sécurité individuelle. La culture politique américaine, en revanche, invite à la méfiance à l’égard de toute directive émanant de l’Etat fédéral. Rappelons que le président lui-même n’est pas directement élu par les citoyens mais par des «grands électeurs» émanant de chacun des cinquante Etats. Une «culture», un système et des institutions qui font qu'en matière d'armement la marge de manoeuvre d'un Barack Obama, quelle que soit l'indignation dont il a fait montre après les diverses tueries auxquelles il a été confronté, est très réduite.

Bien sûr, l'argumentation favorable au port d’armes n'est pas uniquement imputable au «libéralisme» tel qu'il est compris aux Etats-Unis: cette argumentation est portée aussi par des intérêts économiques, par des stratégies de marketing et de lobbying, sachant toutefois que l'existence du lobbying relève à son tour des libertés fondamentales.

Notons que la question de la sécurité (face au danger) et les points de vue en matière d'accès individuel aux armes ne sont que des cas particuliers d'un ensemble idéologique bien plus vaste, dans lequel on pourrait repérer aussi, entre autres, des approches différenciées face à la «sécurité» sociale. La France ainsi a pour tropisme culturel d'étendre la protection sociale à l'ensemble des Français, alors qu'aux Etats-Unis le gouvernement a longtemps favorisé une approche individualiste excluant de larges pans de la population.

Ronald et les cow-boys

S'agissant cependant de sécurité au sens étroit du terme – sécurité face à la menace terroriste par exemple –, on se souvient du temps où la révolution islamique en Iran engendra dans le monde ses premières paranoïas. Comment la France avait-elle réagi? Comment les Etats-Unis avaient-ils raisonné?

La France avait concocté un lourd dispositif législatif – nos amis français se souviennent sans doute de la fameuse loi Sécurité et liberté (1979) d'Alain Peyrefitte, de l'instauration de la Cour de sécurité de l'Etat ou encore des tribunaux d'exception. Or aux Etats-Unis, à la même époque, un Ronald Reagan affirma que «l'Etat ne peut pas apporter de solution aux problèmes, l'Etat étant lui-même un problème».

Ronald Reagan, un lointain parent des «cow-boys» qui le 21  août 2015 ont empêché (mais à mains nues) le massacre de Français en France?


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