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En Pologne, la forêt primaire de Bialowieza à nouveau menacée
International 6 Min. 15.05.2021

En Pologne, la forêt primaire de Bialowieza à nouveau menacée

La forêt primaire de Bielowieza en Pologne est classée patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979.

En Pologne, la forêt primaire de Bialowieza à nouveau menacée

La forêt primaire de Bielowieza en Pologne est classée patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979.
Foto: Getty Images
International 6 Min. 15.05.2021

En Pologne, la forêt primaire de Bialowieza à nouveau menacée

Le gouvernement polonais a autorisé la reprise des coupes forestières à Bialowieza, la dernière forêt primaire de plaine en Europe.

Par Patrice Senécal (Białowieza)

Le traumatisme, même quatre ans plus tard, persiste. C’est sous le choc que Katarzyna Paterek raconte l’épisode des coupes forestières à Bialowieza, dernière forêt primaire de plaine en Europe.  „C’était comme une guerre…“, se souvient-elle, attablée autour d’un thé dans une ancienne école à Teremiski, devenue repère d’écologistes surnommé le „Camp de la Forêt“. C’est qu’en 2017, pas moins de 190.000 mètres cubes d’arbres y ont été abattus, sous la supervision du gouvernement du parti national-conservateur Droit et Justice (PiS). De quoi provoquer la colère d’amoureux de la forêt, comme Katarzyna, qui s’étaient interposés pour freiner l’avancée des coupes. À l’instar de cicatrices, sont encore visibles les ornières des abatteuses de l’époque.

Patrimoine mondial de l'Unesco

Le prétexte alors invoqué par les autorités? Couper pour stopper la propagation d’un scolyte qui s’attaque à l’écorce des épicéas Białowieża. Les scientifiques, eux, n’ont pas été convaincus: cet insecte xylophage, selon eux, a toujours fait partie de cet écosystème vieux de 10.000 ans.

Un secteur de la forêt où les coupes forestières ont été le plus sévères, en 2017.
Un secteur de la forêt où les coupes forestières ont été le plus sévères, en 2017.
Photo: Patrice Senécal

Białowieża n’est pas une forêt comme les autres. Abritant le dernier sanctuaire des bisons d’Europe et une faune et flore sans pareil, pas étonnant que ces 150.000 hectares de végétations soient classés patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Un véritable laboratoire à ciel ouvert, donc. „Cette forêt a un je ne sais quoi de magique. Le simple fait de toucher ses arbres forêt, de fouler son sol entrainent en moi une sérénité“, poursuit Katarzyna.

En 2018, cette psychothérapeute de formation a cependant pu pousser un soupir de soulagement: sous la menace d’une sanction financière s’élevant à 100.000 euros par jour, brandie par la Cour de Justice de l’UE en cas de poursuite des coupes, le pouvoir polonais s’était résigné à battre en retraite. Depuis, aucune exploitation à visée commerciale n’y a été effectuée.

Le biologiste Adam Bohdan.
Le biologiste Adam Bohdan.
Photo: Patrice Senécal

„Białowieża a repris son caractère sauvage“, se réjouit Adam Bohdan, biologiste qui étudie Białowieża depuis plus de dix ans. „On voit plus de cervidés, et les arbres morts sont plus abondants dans la forêt, ce qui est essentiel à sa régénération!“

Sauf que les tronçonneuses reprendront bientôt du service. Tout un symbole, alors que cette année marque le centenaire du parc national de Białowieża, une zone de 10.500 hectares strictement protégés, côté polonais. Mardi 9 mars, Varsovie a autorisé la reprise des coupes forestières dans deux secteurs de la forêt, totalisant 4.300 m3 de bois prévus pour la vente. Le déboisement ne commencera qu’en septembre, une fois la période d’accouplement des oiseaux terminée, s’est tenu à préciser Edward Siarka, le vice-ministre de l’Environnement qui en a fait l’annonce.

En 2017, des activistes s'enchaînaient au bois abattu en signe de protestation.
En 2017, des activistes s'enchaînaient au bois abattu en signe de protestation.
Photo: Getty Images

Reste que „la forêt est déjà morte, elle doit être sauvée“, croit savoir l’homme politique, qui assure que le nouveau plan d’abattage n’est pas en violation de la réglementation européenne. Une affirmation nuancée par la Commission européenne, qui indique par courriel que celui-ci est toujours „en cours d’analyse“…

Nouvelles coupes en vue

Se faufilant entre de grands épicéas, Adam Bohdan nous conduit dans un secteur de Białowieża visé par les coupes annoncées. L’ampleur du nouveau plan d’abattage est à des lieues de celui d’il y a quatre ans, mais l’activiste n’en reste pas moins sur le qui-vive. „Ce sera une exploitation intensive avec des conséquences écologiques: elle s’échelonnera sur trois mois seulement. Et puis, ils ont promis de ne pas couper des arbres centenaires, mais nous n’avons aucune raison de les croire, ayant déjà menti à ce sujet en 2017.“

Ce sera une exploitation intensive avec des conséquences écologiques.

Le biologiste Adam Bohdan

Ça et là, des arbres ont été marqués d’une croix. Jumelles autour du cou, Adam vient de détecter un spécimen rare, fixé à la cime d’un épicéa: le Lobaria pulmonaria, „un lichen très sensible à la pollution de l’air“. Il tapote aussitôt sur son GPS, en documente les coordonnées. „Évidemment, les forestiers ont omis cette espèce, pourtant sous stricte protection de la loi polonaise. Cette zone doit être préservée, nous enverrons donc ces informations à l’Unesco pour sonner l’alerte“, explique Adam.

L'entrée du parc national Bialowieza:
L'entrée du parc national Bialowieza:
Photo. Patrice Senécal

Dompter la forêt ou la laisser reprendre ses droits: voilà deux conceptions qui déchirent les 2 .000 habitants du village de Białowieża. Venue s’y enraciner il y a cinq ans, Marcelina Zimny est vite tombée sous le charme de cette biodiversité vieille de 10.000 ans. Un „trésor scientifique“ pour cette paléontologiste de 44 ans, qui souligne néanmoins que vivre à Białowieża n’est pas paisible tous les jours. „Plusieurs habitants ne comprennent pas l’importance de protéger cet endroit, comme en élargissant le parc national à toute la forêt. Le dialogue s’envenime rapidement.“

Plusieurs habitants ne comprennent pas l’importance de protéger cet endroit.

Marcelina Zimny, paléontologiste et habitante de Bialowieza

Au pied de son entrepôt à bûches, aux confins du village, Michail est de ceux qui voient en cette forêt une mine de ressources à portée de main. „Il faut d’abord donner ces arbres morts aux habitants, ensuite on pourra parler de l’élargissement du parc national…“, s’agace ce retraité, veste carottée sur le dos.


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Plus loin, sur la rue principale, cet argument est aussi porté par Ola, 82 ans, qui habite Białowieża depuis toute petite. „C’est honteux que je doive acheter du bois plus cher venant à 100 km d’ici pour me chauffer. Si c’en était que de moi, il y a longtemps que ces épicéas morts auraient été retirés de la forêt, n’en déplaise aux écologistes!“

La Marche pour la journée de la forêt organisée par un groupe écologiste en mars dernier.
La Marche pour la journée de la forêt organisée par un groupe écologiste en mars dernier.
Photo: Patrice Senécal

Comme Ola il y a 60 ans, Łukasz Synowiecki, la quarantaine, vient d’obtenir sa licence de guide dans la réserve du parc national. Lui, toutefois, se dit prêt à protester „dès que des coupes se reproduiront, car la meilleure façon d’aider la forêt, c’est de la laisser tranquille“. Autre génération, autre vision de la forêt.


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Łukasz quitte le „Camp de la forêt“ de Teremiski, un repère d’activistes à l’orée des bois, pour rejoindre un petit groupe d’amoureux de la nature. Car c’est jour de célébration pour les mordus de Białowieża, en ce 21 mars, journée internationale de la forêt. Sous la neige, entre les arbres, passent un tigre, puis un papillon, puis une vache… À l’origine de cette joyeuse promenade déguisée: Grażyna Chyra, 38 ans. Une façon pour cette ex-Varsovienne de montrer que Białowieża représente „notre joie de vivre. Et que nous n’accepterons pas qu’un arbre de plus y soit tronçonné.“

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