Débat Macron - Le Pen : La lutte finale
Par Gaston Carré, journaliste politique
Qu'on le salue ou qu'on le déplore, la France a consacré la tradition d'un débat télévisé entre les finalistes au second tour de l'élection présidentielle. Le duel de mercredi soir était particulièrement attendu. Parce qu'il opposait une Marine Le Pen qui, en dépit de ses tentatives de normalisation, demeure un «phénomène»; et un Emmanuel Macron encore vert, à l'épreuve d'une interlocutrice connue pour ses prestations musclées.
L'intérêt fut attisé des jours durant par les médias de France, avec la complicité implicite des candidats, Le Pen ayant promis une intervention «sans concessions» tandis que Macron avait annoncé qu'il quitterait le plateau si sa rivale venait à se montrer trop agressive. Macron toutefois est resté jusqu'au bout, les téléspectateurs aussi, sans doute, car la rencontre fut captivante.
Quels étaient, sur le plan de l'image, les enjeux de ce débat? Marine Le Pen était confrontée à une gageure: asseoir son autorité de femme à poigne, tout en modérant sa notoriété de catcheuse par les traits de la normalité tranquille qu'on peut voir esquissée dans sa nouvelle affiche électorale.
Il fallait neutraliser l'héritage des outrances paternelles sans pour autant décevoir un électorat qui encore et toujours veut voir en Le Pen une figure d'autorité batailleuse. Pour Macron par contre, il fallait corriger l'impression suscitée par sa prestation publique au soir du premier tour, qui montra un homme un peu hésitant quant à la conduite à tenir, qui peinait à endosser l'habit de la fonction.
«La France telle qu'on l'aime»
Sourire avenant de Le Pen, salut un peu crispé de Macron, c'est parti. «Marine» attaque bille en tête, accablant le «candidat de l'ubérisation, du cynisme, de la brutalité». Elle, Marine, c'est Marianne, qui «protégera la France telle qu'on l'aime». Mais Macron aussi est punchy, dénonce la tentation du «repli», l'«esprit de défaite», quand lui-même se bat pour l'ouverture et l'«esprit de conquête».
Politique de l'emploi: Macron s'affiche résolument en libéral, prône le pragmatisme et la flexibilité, va jusqu'à proposer, c'est original, un «droit à l'erreur des entreprises face à l'administration». Le Pen: pourquoi n'avez-vous pas appliqué ce que vous proposez quand vous étiez ministre de l'Economie? Et de fustiger la «défense des intérêts privés d'abord», au détriment des entreprises «vendues à l'étranger», tout spécialement – première faute de la part de LP – «à ces amis avec qui vous buvez des coups aux Rotondes». La tension monte, on sent que bientôt ils vont s'invectiver.
Durée du travail: LP veut la négociation par branche, contre Macron qui, dit-elle, la veut par entreprise. Dénonce sa «soumission à l'Europe» pendant que Macron à son tour ironise – les plans de coupe permettent de voir la réaction physique de l'un quand parle l'autre, LP interrompt souvent, tandis que Macron se contente de lui reprocher ses «bêtises».
Retraite: LP la veut à 60 ans, avec 40 annuités. Macron: à partir de quand? LP s'embrouille, se contredit sur des mesures qu'un temps durant elle prétendit mettre en œuvre dès ses premiers jours à l'Elysée. LP donne le change en dénonçant un «ultralibéralisme à la Fillon», Macron défend la retraite par répartition et affirme que la méthode LP mènerait à une augmentation des cotisations.
«Poudre de perlimpinpin»
Pouvoir d'achat: Macron veut des économies pour les faire baisser, refuse une politique lepéniste «que nos enfants paieront», LP par contre veut «rendre l'argent aux Français», fustige paradoxalement le «socialiste» Macron et se définit en défenseure des «pauvres gens». Le Pen: «Je suis la candidate du pouvoir d'achat, vous êtes celui du pouvoir d'acheter»!
On devine que la soirée sera chaude, mais contre toute attente Macron restera frais alors que LP donnera des signes de fatigue à la 35ème minute déjà, quand ses sourires d'abord narquois deviennent crispés, quand sans cesse elle rabat ses mèches sur ses oreilles.
Protection sociale: on se chamaille sur le prix des médicaments. LP dénonce les «lobbies», souvent «des amis de Macron d'ailleurs» – encore. Macron lui signale que 90% des médicaments consommés en France sont produits à l'étranger, difficile donc d'agir sur leur prix. Macron, bizarrement, a des postures et des expressions qui par moments rappellent... Nicolas Sarkozy. Il joue le réalisme cependant, voire une volonté d'humilité, quand à plusieurs reprises il précise que telle ou telle de ses mesures prendra du temps, des années parfois à être mise en œuvre.
Sécurité, terrorisme: on parie que la tension va monter d'un cran encore, et en effet elle monte. LP: fermeture des frontières, déchéance de nationalité, expulsions, tous dehors! Macron: les terroristes sont des kamikazes, Madame, c'est pas le risque d'une déchéance de nationalité qui va les intimider! LP commet un nouvel impair: vous avez, Monsieur, de la complaisance pour les fondamentalistes islamistes – les islamistes vous tiennent (sic).
C'est violent mais Macron fait montre de sang-froid, affirme qu'il faut «prévenir plus que guérir», que la fermeture des frontières «ne sert à rien», clame que les propositions de LP sont de la «poudre de perlimpinpin», commet une faute de goût à son tour quand il évoque, hors contexte, les emplois fictifs de la bande FN au Parlement européen, puis reprend de l'assurance en martelant qu'«en insultant les étrangers vous poussez, Madame, à la guerre civile». Et ainsi de suite...
Faut-il, pour finir, répondre à notre question liminale? L'échange fut-il éclairant? Il le fut, oui, pour le meilleur de l'un et le pire de l'autre.
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