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Capitaine courage
International 1 6 Min. 26.09.2019 Aus unserem online-Archiv

Capitaine courage

Jacques Chirac en 2014, affaibli par la maladie.

Capitaine courage

Jacques Chirac en 2014, affaibli par la maladie.
Photo: AFP
International 1 6 Min. 26.09.2019 Aus unserem online-Archiv

Capitaine courage

Gaston CARRE
Gaston CARRE
A la mort de Jacques Chirac, deux traits de sa personne nous resteront en mémoire: sa culture et son cran, assortis de l'habileté à toujours cacher son moi.

Jacques Chirac n'est plus, et alors que se multiplient les hommages à l'ancien président, trois aspects de son personnage resteront chers à notre souvenir: sa culture, son courage et l'humilité qui porte à ne faire étalage ni de l'un ni de l'autre.

Le savoir d'abord: Chirac était fin connaisseur des arts d'Asie. Non pas un «amateur éclairé» – il y en a tant – mais bien un connaisseur: des experts le consultaient, on allait le voir, de loin parfois, pour lever quelque incertitude sur la classe générique d'un vase Ming ou d'une céramique Song. Vous l'ignoriez? C'est qu'il n'en faisait pas un fromage, Chirac, il était homme de culture mais, à rebours d'un Mitterrand, ne l'inscrivit pas en frontispice de son magistère.

Féru d'«arts premiers» surtout, Chirac inaugura en 2006, sur le quai Branly à Paris, un musée qui leur est dédié. Lecteur des grands paléontologues, comme Yves Coppens, Chirac croyait en l'unicité du genre humain.

De l'Afrique, il dit un jour qu'elle était «le berceau de l'humanité», à une époque où d'autres estimaient que cette même Afrique n'était pas entrée encore dans l'Histoire. Est-ce sa culture de l'ancien qui nourrit son respect du passé et les égards qu'on lui doit? Chirac fut l'homme du «devoir de mémoire», qui reconnut la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs.

Plongée parmi les fellaghas

Le courage ensuite. L'épisode figure dans une vieille biographie par Franz-Olivier Giesbert, nous citons de mémoire. Chirac est capitaine, il sert en Algérie. Les fellaghas, en Algérie, se terrent dans des trous, comme le feront les Vietcongs plus tard en Asie.

Un seul moyen de les dénicher: y aller, dans le trou. Y descendre comme le chasseur de cobras au Rajhastan va au nid. Trop grand était le risque pour qu'on y commît un homme d'office: on demandait un volontaire. Qui répondait à l'appel? Oui: Chirac! Le courage non pas comme vertu platonicienne mais comme consentement à risquer sa peau.

Vaillance donc, et refus d'en faire étalage. Et c'est parce qu'il «en avait», comme on dit dans l'univers volontiers grivois de Chirac, qu'il ne ressentit pas, contrairement à Sarkozy plus tard en Libye, contrairement à Hollande plus tard en Syrie, le besoin de poser en va-t-en-guerre, de jouer les hussards et de foncer sabre au clair.

En 2002, Jacques Chirac, aux côtés de Georges W. Bush.
En 2002, Jacques Chirac, aux côtés de Georges W. Bush.
Photo: AFP

Chirac est l'homme qui en mars 2003 se prononce contre la guerre en Irak. Si son veto n'évitera pas l'entrée en guerre des Etats-Unis, il conduit toutefois les Nations Unies à ne pas donner l'aval à cette intervention. C'est le savoir, encore, qui aura pesé en cette affaire: Chirac connaissait le monde arabe, et savait qu'une intervention finirait en «merdier». Il ne s'est pas trompé.

Le savoir et quelques amitiés: Chirac est l'homme, aussi, qui en 1981 livre un réacteur nucléaire à Saddam Hussein! Il faudra que l'aviation israélienne aille détruire la chose, au terme d'un vol Négueev – Bagdad sans escale, et à une époque où le GPS n'était pas né. Israël s'en souviendra, du réacteur d'Osirak, qui pèsera lourd dans ses relations avec la France.

L'appel de Cochin

L'Europe aussi se souvient de Chirac, avec des sentiments pareillement mitigés. Car Chirac, c'est d'abord l'homme de l'Appel de Cochin. En 1976, président du RPR, il prend ses accents les plus gaulliens pour dénoncer les premières élections au Parlement européen. Chirac fustige la politique fédéraliste vers laquelle tendait Valéry Giscard d’Estaing avec son mouvement l’UDF, que Chirac nomme le «parti de l’étranger».

Jacques Chirac, aux côtés de Valery Giscard d'Estaing.
Jacques Chirac, aux côtés de Valery Giscard d'Estaing.
Photo: AFP

En 1983 toutefois il réoriente le mouvement gaulliste en fonction des thèses du Club 89, un think-tank animé par un certain Alain Juppé. Juppé prône un alignement sur les politiques de dérégulations économiques et sociales, façon Thatcher en Grande-Bretagne ou Reagan aux États-Unis. Mieux, et plus étonnant encore dans une perspective gaulliste: Chirac finit par plaider pour une Europe de la Défense. Ceci pour dire que Chirac, qui eut mille vertus, n'eut pas celle de la constance.

Les vaches et les poules

Constant par contre fut-il dans son aptitude à concilier une image double: celle du Chirac esquissé ci-dessus, dans son panache, dans sa flamboyance, et par ailleurs le Chirac du Bébête-show, l'amateur de tête de veau et de jarret de porc, qui au Salon de l'agriculture savait mettre la main au cul des vaches. Faisons un arrêt sur images au Salon cependant, pour imaginer la tête d'Edouard Balladur, au temps où les deux hommes étaient amis encore: imaginer sa tête au côté de Chirac dans la bouse, Balladur dans sa componction d'Ancien régime, qu'on verrait bien en guêtres et chausses blanches, Balladur, perruque poudrée et fraise au cou, maniant l'imparfait du subjonctif quand Chirac, lui, sait commettre de ces gauloiseries qui lui apportent la sympathie de la «France profonde». Qui aujourd'hui à l'Elysée oserait dire «ça m'en secoue une sans remuer l'autre»?

Edouard Balladur, Premier ministre de Jacques Chirac ici, en 1984.
Edouard Balladur, Premier ministre de Jacques Chirac ici, en 1984.
Photo: AFP

Dans ses mémoires, parus en 2009, Chirac consacra de longues lignes à la rupture, devenue fameuse, entre les deux amis. «Edouard Balladur se voyait contraint de me reconnaître une autorité politique dont il était jaloux», écrit-il.

Reste qu'en 1986, lorsque Chirac devient Premier ministre pour la seconde fois, inaugurant une inédite cohabitation avec le président socialiste François Mitterrand, c'est à Edouard Balladur qu'il fait appel pour mener une campagne de privatisations depuis Bercy. Par contre, il ne supportera pas que son ami puisse, une fois arrivé à Matignon, rêver de l'Elysée.

«Le drame de ma vie»

Chirac, on aurait voulu le voir un peu encore, ces temps derniers. Mais il était malade, la maladie souvent n'est pas belle à voir et Bernadette ne voulut point le montrer diminué, lui qui fut bel homme, d'une virilité telle qu'on ne la fait plus, front haut, mâchoire carnassière et cheveu gominé. Ajoutons qu'il a souffert, Chirac, et que la pire épreuve qui puisse être infligée à un homme, la perte d'un enfant, aura buriné plus profond encore son visage.

Le 14 avril 2016, les Chirac perdent leur fille Laurence, 58 ans. On ne savait rien de Laurence, sinon qu'elle était gravement dépressive. Les parents l'avaient tenue à l'écart des médias, Bernadette quelquefois évoquait une «anorexie mentale». Chirac a vécu avec cela, et de cela aussi il ne fit pas étalage, c'était un stoïque, il fut vaillant devant l'adversité intime comme devant les revers en politique. Il faudra attendre ses Mémoires pour apprendre que Laurence fut «le drame de ma vie».

Jacques et Bernadette Chirac, en 1975 avec leurs deux filles, Claude et Laurence.
Jacques et Bernadette Chirac, en 1975 avec leurs deux filles, Claude et Laurence.
Photo: AFP

Il était grand, Chirac. Grande gueule, grande destinée, grandes œuvres. La classe! Au service d'une France qui fut grande aussi, droit dans sa pompe. C'était avant Sarko, avant que le sceptre ne fut remplacé par le karcher...

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