Wählen Sie Ihre Nachrichten​

A Bagdad, une boutique figée dans le temps
International 3 Min. 26.12.2020

A Bagdad, une boutique figée dans le temps

Youssef Abdelkarim, 52 ans, a commencé à réparer des montres à l'âge de onze ans.

A Bagdad, une boutique figée dans le temps

Youssef Abdelkarim, 52 ans, a commencé à réparer des montres à l'âge de onze ans.
Photo: AFP
International 3 Min. 26.12.2020

A Bagdad, une boutique figée dans le temps

Youssef Abdelkarim répare des montres à Bagdad. Une rencontre.

(AFP) - Entrer dans la petite boutique de Youssef Abdelkarim, c'est comme faire un voyage dans le temps. Littéralement. Située dans une rue historique de Bagdad, elle est remplie d'un impressionnant bazar où trois générations sont venues faire réparer leurs montres. 

La petite boutique de Youssef Abdelkarim dans la rue Rachid à Bagdad est remplie de montres.
La petite boutique de Youssef Abdelkarim dans la rue Rachid à Bagdad est remplie de montres.
Photo: AFP

D'innombrables montres dans tous les recoins. Dans la vitrine poussiéreuse, une rangée de modèles classiques dans leur boîte de velours. Derrière, d'autres empilées de façon hasardeuse. Par terre, des modèles entassés dans des valises ou même des seaux, et des centaines d'autres sur les étagères ou accrochées aux murs. 

Chaque montre a sa propre personnalité.

Youssef Abdelkarim

Au fond de la boutique, derrière un vieux bureau en bois, le quinquagénaire, portant des lunettes à l'épaisse monture noire, scrute une vieille pièce. „Chaque montre a sa propre personnalité. J'essaie de préserver ça autant que je peux, comme si c'était mon propre enfant“, confie-t-il à l'AFP. 

L'artisan raconte avoir réparé des modèles suisses très chers, dont des montres Patek Philippe.
L'artisan raconte avoir réparé des modèles suisses très chers, dont des montres Patek Philippe.
Photo: AFP

Youssef Abdelkarim, 52 ans, a commencé à réparer des montres à l'âge de onze ans. Son grand-père, aujourd'hui décédé, avait ouvert la boutique en 1940 rue Rachid, une artère jadis huppée du centre-ville. Il avait ensuite passé le relais à son fils qui a lui aussi appris le métier à Youssef. 

La montre de Saddam

L'artisan raconte avoir réparé des modèles suisses très chers, dont des montres Patek Philippe. Il pense avoir même réparé un modèle ayant appartenu à Saddam Hussein, maître de l'Irak pendant plus de 20 ans, jugé puis exécuté en 2006. 

Sa vue commençant à défaillir, M. Abdelkarim ne répare plus que cinq montres par jour.
Sa vue commençant à défaillir, M. Abdelkarim ne répare plus que cinq montres par jour.
Photo: AFP

„C'était une montre rare qui m'a été amenée du palais présidentiel, avec la signature de Saddam à l'arrière.“ Il l'a réparée pour 400 dinars, l'équivalent de plus de 1.000 dollars dans les années 1980, mais moins d'un dollar aujourd'hui.  Beaucoup d'autres choses ont changé depuis.

Les Irakiens ont troqué leurs montres analogiques contre des modèles électroniques, avant d'adopter les téléphones portables.

L'élégance d'un homme commence avec sa montre. Et ses chaussures.

Youssef Abdelkarim

Mais pour Youssef Abdelkarim, une montre n'est pas un objet du passé. „L'élégance d'un homme commence avec sa montre. Et ses chaussures“, glisse-t-il avec un clin d'oeil. ll pourrait bien avoir raison car, malgré tout, son magasin reste plein de clients de tous âges et styles, des ex-ministres aux costumes rutilants aux collectionneurs en quête d'objets vintage. „Chacun trouve ce dont il a besoin ici.“ 


(FIELS) A picture taken on November 15, 2011 shows the mother of Mohamed Bouazizi, the fruitseller whose self-immolation sparked the revolution that ousted a dictator in Yunisia and ignited the Arab Spring, Manoubia Bouazizi (C) and her daughters Leila (R) and Basma (L) posing posing with posters of Mohamed, in Tunis. Slogan reads: "The spark of the revolution -- martyr Mohamed Bouazizi." Bouazizi, a 26-year-old university graduate who has only been able to find work as a fruitseller, sets himself alight on December 17, 2010 to protest harassment and unemployment. Two days later rioting breaks out. Bouazizi dies from his burns on January 5, 2011. During the unrest some 300 people are killed, according to the UN, and hundreds are arrested.     AFP PHOTO/ FETHI BELAID
Le début du «Printemps arabe», il y a dix ans
L’immolation de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, comme allégorie d’une «révolution arabe» encore en cours.

Sa vue commençant à défaillir, il ne répare plus que cinq montres par jour. A ses dires, il en réparait ou vendait environ 500 par jour dans les années 1980. A cette époque, la rue Rachid bouillonnait de vie en journée et faisait la fête la nuit.  Youssef Abdelkarim se rappelle encore des théâtres, des cinémas et des cafés: „ils ne fermaient jamais!“.

Ne pas toucher!

Les boutiques de réparation de montres qui lui faisaient concurrence ont commencé à fermer dans les années 1990, quand les sanctions internationales ont frappé les Irakiens.  Ensuite, il y a eu l'invasion américaine de l'Irak en 2003 et les violences communautaires. Et la rue Rachid a été souvent secouée par des attentats.


(FILES) In this file photo taken on October 22, 1987, a US Navy minesweeping helicopter leads the way for the 12th US reflagged Kuwaiti tanker convoy, as two tankers, Gass Prince and Ocean City, are being escorted by four US war ships (Haws, Ford, Raleigh and Standley) and the US helicopter carrier Guadacanal, heading out of the Gulf three days after US ships bombed two Iranian oil platforms, amid the Tanker War. - On September 22, 1980, Iraqi dictator Saddam Hussein sent troops into neighbouring Iran, starting an eight-year war in which hundreds of thousands were killed. (Photo by Norbert SCHILLER / AFP)
Vor 40 Jahren begann der erste Golfkrieg
Mit einem Angriff auf den Iran begann der irakische Diktator Saddam Hussein vor 40 Jahren den ersten Golfkrieg. Der LW-Nahostkorrespondent wurde damals nach Bagdad eingeladen. Ein Rückblick von Michael Wrase.

Youssef Abdelkarim est allé vivre dans un quartier plus sûr mais ne voulait pas fermer sa boutique. Même en 2019, quand la rue Rachid a été fermée pendant des mois en raison des manifestations antipouvoir, il ouvrait „une ou deux fois par semaine“. Tout autour, les magasins de vêtements et librairies ont mis la clé sous la porte, transformés en entrepôts ou magasins d'accessoires automobiles.

„Chacun trouve ce dont il a besoin ici“, assure Youssef Abdelkarim.
„Chacun trouve ce dont il a besoin ici“, assure Youssef Abdelkarim.
PHoto: AFP

„Les caractéristiques de la rue ont été effacées et la plupart de mes amis ont déménagé. Mais il n'en reste pas moins qu'elle a quelque chose de différent par rapport au reste de Bagdad“, dit-il. 

Le quinquagénaire refuse de rénover sa boutique.
Le quinquagénaire refuse de rénover sa boutique.
Photo: AFP

Le quinquagénaire prépare aujourd'hui ses fils, Yehya, 24 ans, et Moustafa, 16 ans, à reprendre l'affaire familiale. Mais, insiste-t-il, pas question de transformer le magasin avec du rangement, des travaux de rénovation ou même du ménage. „Ce magasin est resté inchangé pendant 50 ans, c'est pour ça que les gens continuent de venir. C'est ce qui préserve son identité.“

Folgen Sie uns auf Facebook, Twitter und Instagram und abonnieren Sie unseren Newsletter.


Lesen Sie mehr zu diesem Thema

Beirut, vier Monate nach der Explosion
Die Einwohner des Libanons werden von einem korrupten Machtkartell sich selbst überlassen. Um zumindest das grösste Leid zu lindern, rufen Frankreich und die UNO die internationale Gemeinschaft zu mehr Krisenhilfe auf.
-- AFP PICTURES OF THE YEAR 2020 --

A view shows the aftermath of yesterday's blast at the port of Lebanon's capital Beirut, on August 5, 2020. - Rescuers worked through the night after two enormous explosions ripped through Beirut's port, killing at least 78 people and injuring thousands, as they wrecked buildings across the Lebanese capital. (Photo by Anwar AMRO / AFP)
Vor 40 Jahren begann der erste Golfkrieg
Mit einem Angriff auf den Iran begann der irakische Diktator Saddam Hussein vor 40 Jahren den ersten Golfkrieg. Der LW-Nahostkorrespondent wurde damals nach Bagdad eingeladen. Ein Rückblick von Michael Wrase.
(FILES) In this file photo taken on October 22, 1987, a US Navy minesweeping helicopter leads the way for the 12th US reflagged Kuwaiti tanker convoy, as two tankers, Gass Prince and Ocean City, are being escorted by four US war ships (Haws, Ford, Raleigh and Standley) and the US helicopter carrier Guadacanal, heading out of the Gulf three days after US ships bombed two Iranian oil platforms, amid the Tanker War. - On September 22, 1980, Iraqi dictator Saddam Hussein sent troops into neighbouring Iran, starting an eight-year war in which hundreds of thousands were killed. (Photo by Norbert SCHILLER / AFP)