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Scandale 1MDB: La justice passe à l'action
Plusieurs milliards de dollars se sont évaporés du fonds souverain malaisien. Plusieurs centaines de millions ont atterri au Luxembourg.

Scandale 1MDB: La justice passe à l'action

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Plusieurs milliards de dollars se sont évaporés du fonds souverain malaisien. Plusieurs centaines de millions ont atterri au Luxembourg.
Wirtschaft 5 Min. 20.07.2016

Scandale 1MDB: La justice passe à l'action

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Aux Etats-Unis, la justice veut récupérer un milliard de dollars. Au Luxembourg, 90 enquêteurs investissent les locaux de la banque privée Edmond de Rothschild.

Par Pierre Sorlut (avec AFP)

La justice américaine a lancé ce mercredi l'offensive dans le scandale du fonds souverain malaisien, 1MDB, dont le parquet luxembourgeois s'est déjà saisi en mars. A Washington, le procureur général américain Loretta Lynch en a d'emblée donné la mesure. «La plainte déposée aujourd'hui constitue le résultat de la plus grande action jamais conduite par l'Initiative pour la récupération des actifs de la kleptocratie». C'est le nom de l'équipe de choc qui lutte depuis début 2015 contre la criminalité financière aux Etats-Unis. Elle compte dans ses rangs des représentants du ministère public américain et travaille avec l'aide du FBI (Federal Bureau of Investigation).

Des appartements de luxe, un jet privé et même les droits du film «Le Loup de Wall Street»: les autorités américaines veulent saisir un milliard de dollars d'actifs liés au fonds souverain malaisien (voir liste détaillée présentée par le Department of Justice plus bas). Selon la plainte , de 2009 à 2015, plus de 3,5 milliards de dollars ont été détournés de 1Malaysia Development Berhad par ses dirigeants et des tiers.

Le Premier ministre malaisien à l'index

«Le système financier américain ne doit pas servir de conduit à la corruption» a fait savoir le procureur Lynch. 1MDB a été créé en 2009 à l'initiative du Premier ministre malaisien Najib Razak. L'homme en est toujours le président consultatif.

Selon la plainte des autorités américaines, ces fonds auraient été illicitement utilisés aux Etats-Unis par des proches du pouvoir malaisien pour mener grand train et laisser libre cours à une frénésie d'achats onéreux.

Ce mercredi à Washington. De gauche à droite: FBI Deputy Director Andrew McCabe, Assistant Attorney General Leslie R. Caldwell, U.S. Attorney General Loretta E. Lynch, U.S. Attorney Eileen M. Decker of the Central District of California, and IRS Criminal Investigation Chief Richard Weber.
Ce mercredi à Washington. De gauche à droite: FBI Deputy Director Andrew McCabe, Assistant Attorney General Leslie R. Caldwell, U.S. Attorney General Loretta E. Lynch, U.S. Attorney Eileen M. Decker of the Central District of California, and IRS Criminal Investigation Chief Richard Weber.
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La liste de leurs acquisitions comprend plusieurs propriétés de luxe à Beverly Hills, en Californie, ou à New York, un jet privé Bombardier et des toiles de Vincent Van Gogh et Claude Monet.

Dans le collimateur des autorités figure notamment Riza Aziz, le gendre du Premier ministre malaisien, qui aurait illicitement perçu 238 millions de dollars et en aurait utilisé une partie pour produire plusieurs films hollywoodiens avec son propre studio baptisé Red Granite.

Léonardo di Caprio dans le réel

Ironiquement, son catalogue inclut notamment «Le Loup de Wall Street» (2013), le film de Martin Scorsese inspiré de la vie d'un courtier qui a construit sa fortune en détournant l'argent de ses clients avant d'être rattrapé par le FBI. Le rôle-titre était campé par Leonardo di Caprio. L'offensive judiciaire américaine va notamment cibler tous les droits «de propriété intellectuelle» liés à la participation de Red Granite dans ce film, détaille le ministère de la Justice dans sa plainte.

Le milliard de dollars ciblé par les autorités américaines ne représente toutefois qu'une portion de ce qui aurait été détourné de 1MDB, qui affichait en 2014 une dette abyssale de 11 milliards, creusée à coups d'acquisitions opaques réalisées à l'étranger.

Selon un rapport parlementaire publié début avril en Malaisie, le fonds a effectué au moins 4,2 milliards de dollars de transferts douteux à l'étranger.

Le Premier ministre malaisien Najib Razak en juin.
Le Premier ministre malaisien Najib Razak en juin.
AFP

Le scandale a conduit à l'ouverture d'enquêtes dans plusieurs pays et a fini par atteindre le Premier ministre malaisien après des révélations du média malaisien Sarawak Report fondé par la journaliste britannique Clare Rewcastle-Brown. Il avait rebondi dans le Wall Street Journal en 2015.

Le quotidien américain avait révélé que 681 millions de dollars avaient été versés sur ses comptes personnels en 2013. En réponse, M. Razak avait affirmé que cet argent était un cadeau de la famille royale saoudienne, dont une bonne partie avait été remboursée.

Une banque luxembourgeoise perquisitionnée

Des établissements financiers sont également éclaboussés par le scandale. Les enquêteurs aux Etats-Unis s'intéressent ainsi au rôle de Goldman Sachs et cherchent à déterminer si la banque d'affaires américaine n'a pas omis d'avertir les autorités de transactions suspectes réalisées avec le fonds malaisien.

Goldman Sachs était en lien avec 1MDB pour lequel il avait notamment souscrit deux émissions d'obligations en 2012, affirme la plainte des autorités américaines.

Le scandale a aussi des ramifications en Suisse où l'autorité de surveillance des marchés a ordonné fin mai la dissolution la banque BSI pour avoir exécuté de «nombreuses transactions» pour le compte du fonds malaisien et dans "des buts opaques".

Les locaux de la Banque privée Edmond de Rothschild au Limpertsberg.
Les locaux de la Banque privée Edmond de Rothschild au Limpertsberg.
Gerry Huberty

La place financière luxembourgeoise est enfin concernée. Le 31 mars, le parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête pour «blanchiment de fonds susceptibles d'émaner de détournement de deniers publics», en l'occurrence de Malaisie. Le 12 avril, la justice luxembourgeoise a reçu de la Suisse une demande d'entraide concernant plus particulièrement «deux anciens agents publics émiratis en charge du fonds souverain d'Abu Dhabi», IPIC.

Les deux noms n'ont pas été communiqués par les autorités suisses et luxembourgeoises. L'on sait cependant que Khadem Al Qubaisi, ancien dirigeant de l'IPIC, a été titulaire - via des sociétés offshore présentes dans les Panama Papers - de comptes logés à la banque luxembourgeoise Edmond de Rothschild.

Un directeur dans l'oeil du cyclone

«Ca bouge ici aussi et l'instruction avance» a fait savoir un représentant du parquet ce mercredi au «Luxemburger Wort». Le 29 juin dernier, 90 enquêteurs de la police judiciaire, accompagnés d'un juge d'instruction et d'un représentant du ministère public ont perquisitionné les différents locaux de la banque répartis au Limpertsberg. «A ma connaissance, aucun dossier financier n'a réuni autant d'enquêteurs» a témoigné une autre source.

Une enquête journalistique réalisée pour l'émission française Cash Investigation désigne l'ancien directeur général de la filiale luxembourgeoise de la banque suisse, Marc Ambroisien, comme principal suspect. Plusieurs documents attesteraient qu'il a personnellement agi pour accueillir plusieurs centaines de millions d'euros à l'origine douteuse dans les coffres de l'établissement.

Les actifs que les Etats-Unis cherchent à récupérer et leurs montants individuels



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