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"Réformer structurellement la finance"
Wirtschaft 8 Min. 17.10.2018

"Réformer structurellement la finance"

Grégoire Niaudet

"Réformer structurellement la finance"

Grégoire Niaudet
Chris Karaba
Wirtschaft 8 Min. 17.10.2018

"Réformer structurellement la finance"

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
Lors d'une conférence-débat organisée par etika, Grégoire Niaudet (Caritas France) a avancé des solutions pour mettre le secteur financier au service des citoyens.

Remettre la finance au service de l'intérêt général: c'est l'objet d'un rapport publié par le Secours catholique – Caritas France. Fidèle à sa vocation de lutte contre la pauvreté, l'instance rappelle que la finance concerne la vie de chaque citoyen, bien au-delà du seul "système financier". Dans ce rapport, Grégoire Niaudet formule des propositions pour "réorienter les flux vers les activités socialement utiles". L'un des enjeux est de susciter le débat et de mobiliser la société civile.

Grégoire Niaudet, la finance aujourd'hui n'est-elle pas au service de l'intérêt général?

Elle ne l'est pas assez et cela pose plusieurs types de problèmes. D'abord un problème de risques. En cas de défaillance d'un acteur financier, la crise peut être contagieuse à la fois à l'ensemble du système financier, mais aussi sur l'économie et les sociétés comme on l'a vu après 2008.

Cela pose également un problème d'allocation dans le sens où les activités socialement utiles ne sont pas privilégiées dans la façon dont la finance est organisée et orientée. Si on regarde les statistiques au niveau européen, les activités de marché financier des trente plus grandes banques européennes constituent plus de 70 % de leur business alors que moins de 30 % provient des activités dans l'économie réelle. Et sur ces 70 % d'activités financières souvent très spéculatives, il n'y a qu'une infime partie qui est en lien avec l'économie réelle. Si on prend un autre chiffre, on se rend compte que les encours des produits dérivés à l'échelle globale s'élèvent à 15.500 milliards de dollars – c'est une somme énorme, un quart du PIB mondial – il n'y a, encore une fois, que moins de 10 % qui sont liés à l'économie réelle.

Chris Karaba

Cela pose à vos yeux également un problème de démocratie?

Il y a en effet un problème de capture démocratique des acteurs financiers sur les enjeux de politique publique et sur l'économie non financière. Aujourd'hui, les intérêts des acteurs financiers influent trop fortement les politiques et les régulateurs, mais aussi les stratégies des entreprises non financières. Le problème fondamental derrière cela, c'est que le secteur financier est basé sur des logiques de très court terme pour des rendements élevés, alors que les enjeux à la fois dans l'économie classique mais aussi dans nos sociétés nécessitent des financements de long terme.

La finance n'a donc rien appris en dix ans?

Un certain nombre de réformes ont été engagées. D'abord des réformes de sauvetage qui, pour certaines, se sont pérennisées. C'est notamment le cas des politiques d'assouplissement quantitatif (quantitative easing) menées par les banques centrales. Puis, un certain nombre de mesures ont visé la stabilité du secteur financier, afin d'éviter par exemple que la faillite d'un établissement ne se répercute sur l'ensemble de l'économie. Cela dit, nous pensons que ces réformes ne sont pas suffisantes pour faire face à une nouvelle crise financière. Ce qui n'a pas été suffisamment réalisé, c'est de questionner le rôle de la finance et le fait de savoir en quoi ce rôle n'est pas configuré pour pouvoir répondre aux enjeux de société et donc de l'intérêt général, que se soit de la lutte contre les inégalités, du financement de l'économie réelle, de la transition énergétique ou encore du problème du développement dans les pays du Sud. Cette remise en question n'a pas eu lieu, notamment parce qu'il y a un poids trop important des acteurs financiers dans les sphères de décision.

Mais depuis plusieurs années, certaines pratiques tentent de concilier les objectifs de rentabilité financière et d'impact positif sur la société ou l'environnement. N'est-ce pas un vrai progrès?

Il y a des progrès en effet, notamment avec les obligations vertes lancées sur les marchés financiers. Néanmoins, si on regarde ce véhicule financier de plus près, on ne sait pas vraiment ce qui est financé derrière, tout comme il n'y a pas de garantie forte que ce soient réellement des investissements de transition. Et puis ce marché est encore très faible: pour l'instant cela ne représente qu'1 % du marché obligataire mondial et sur ce pour cent il n'y a que 25 % qui sont labellisés. J'ajouterai que cela ne reste qu'un label, ce n'est pas une réglementation. Pour l'instant les acteurs financiers ne sont donc pas tenus de financer vraiment de la transition écologique.

Ce n'est pas suffisant, mais c'est tout de même un début.

Oui, mais tant qu'il existera un système financier basé sur des rendements à très court terme, il sera compliqué pour des financements «durables» de prendre de l'ampleur et d'être à la hauteur par rapport aux enjeux sociétaux. Car un investissement dans la transition ne pourra pas amener autant de rendement qu'un produit dérivé.

Pour que la finance durable devienne quelque chose de structurel, il faut réformer fondamentalement la finance classique.

Mais la finance durable a vocation à remplacer la finance classique, cela prendra du temps...

Mais pour que la finance durable devienne quelque chose de structurel, il faut réformer fondamentalement la finance classique. Cela agit non seulement comme un plafond de verre qui empêche ce qui est «vert et durable» de croître, mais en plus cela peut être empoisonnant. C'est comme quand vous placez une semence bio ou «éthique» dans une petite parcelle: si tous les champs autour sont nocifs ou cultivés avec des OGM, votre parcelle ne pourra pas croître et être aussi compétitive. On ne peut tout simplement pas appliquer les logiques de court terme à nos enjeux de société.

Il y a beaucoup d'imagination aujourd'hui dans les milieux financiers, mais à l'échelle globale, il faut essayer de trouver des mécanismes financiers adaptés à nos enjeux.

Le plan d'action de la Commission européenne pour une économie plus verte et plus propre ne va-t-il pas dans le bon sens?

Cela va dans le bon sens, mais il y a deux dimensions. D'une part, il faut arriver à favoriser les financements dans la transition énergétique, et d'autre part il faut aussi et surtout arriver à stopper ce qui est nocif.

Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui?

Ce n'est pas le cas, parce que l'accent est mis sur le financement vert et durable, alors que nous disons qu'il faut d'abord stopper le financement brun, tout ce qui est nocif, produit spéculatif dangereux, financement des énergies fossiles, etc... Un des enjeux est d'arriver à ce que ce plan européen puisse déboucher sur des règles contraignantes, des obligations, des interdictions.

Le temps est donc venu de pénaliser les actifs «bruns»?

Il faut empêcher ce qui est nocif notamment en désincitant ces investissements par des outils réglementaires financiers.

Quelles autres solutions préconisez-vous?

Le titre de notre livre est "la finance aux citoyens". L'enjeu est de rouvrir les instances de régulation et de pilotage aux représentants d'organisations citoyennes, de renforcer la redevabilité de ces instances vis-à-vis des pouvoirs politiques. Durant ces 40 dernières années, on a rendu ces organes indépendants des pouvoirs politiques, mais on ne les a pas rendus indépendants des acteurs qu'ils doivent superviser.

Il faut donc que les enjeux citoyens puissent être discutés, qu'ils puissent faire l'objet de débats et de décisions au niveau des instances, parce qu'on ne peut pas laisser ce pouvoir-là qu'aux seuls acteurs financiers qui vont d'abord essayer de défendre leurs propres intérêts. Or, la finance est un outil au service de nos sociétés et donc il est important que tous les enjeux de société puissent être sur la table au moment des discussions réglementaires sur la finance.

Mais ce combat n'est-il pas perdu d'avance, notamment quand on pense à l'évolution du shadow banking?

C'est aussi pour s'attaquer au découragement qu'on a fait ce rapport. On ne dit pas que c'est quelque chose de facile et que cela va se régler en quelques jours. Il y a 15 ans, quand beaucoup d'organisations de société civile ont commencé à questionner les enjeux de l'évasion fiscale, on disait qu'on était de doux rêveurs. Dix ans après, on voit bien que beaucoup de propositions portées par la société civile ont été reprises par les instances de régulation.

Il faut donc arriver à mettre sur la table certains sujets qui ne sont pas forcément à l'agenda politique. Ce qu'on essaie de montrer, c'est que si on veut vraiment réussir la transition énergétique et assurer la lutte contre les inégalités, on ne peut pas se contenter de simples ajustements du système financier actuel, mais il faut aussi réformer structurellement la finance parce que les enjeux qui sont devant nous sont à long terme.

Qu'est-ce que vous attendez des citoyens?

Les citoyens doivent se saisir de ces sujets et mieux les comprendre afin de pouvoir interpeller les décideurs sur la façon dont la finance est encadrée. Cela permettra de réorienter les flux vers les activités utiles socialement. Il faut que les banques ne puissent mener que des activités de détail. Tout le reste de l'activité financière de banque d'investissement, de fonds d'investissement doit aussi être encadré, parce que cela ne l'est toujours pas dix ans après la crise financière.

Celui qui milite dans l'action sociale, dans la lutte contre les inégalités ou dans la transition énergétique, doit comprendre qu'il faut d'abord réformer le système financier pour faire avancer les combats. C'est un enjeu de pédagogie, de responsabilisation, de mobilisation et d'interpellation des décideurs politiques.


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