Rachat de Lotus par Renault

Gerard Lopez: "Je suis fier!"

Gerard Lopez restera dans la future structure de Renault
Gerard Lopez restera dans la future structure de Renault
Nicolas Bouvy

Cela fait des mois que les rumeurs entourent votre écurie, notamment sur ses difficultés financières. J'imagine que cette annonce doit vous "soulager"?

Gerard Lopez: Je ne dirais pas cela comme ça. Je suis content que ce processus entamé au printemps aboutisse. Il n'y avait que trois options: rester une écurie de Formule 1 indépendante, mais nous ne sommes pas constructeurs et il y aurait au moins 180 personnes de trop [l'équipe compte actuellement quelque 480 personnes, ndlr.] Nous aurions eu une bonne petite écurie sans trop de chance de nous hisser sur le podium; ou bien nous adresser à des investisseurs financiers et nous étions courtisés au Moyen Orient ou en Chine mais un point de vue financier sur la F1 restera toujours un point de vue financier; ou devenir constructeur.

Et c'est là que Renault intervient...

Oui, l'offre s'est stabilisée au cours de discussions pragmatiques autour du futur de la Formule 1 dans deux, trois, quatre ou cinq ans. Il y a eu une convergence de vues autour d'une dynamique différente et positive. Après, comme toujours dans ces dossiers-là, il faut en passer par quatre phases. L'approche, l'analyse des questions légales et financières, les négociations plus émotionnelles et la clôture...

Le nombre d'articles et de rumeurs qui évoquent la mauvaise santé financière de Lotus F1... Ca ne doit pas aider...

J'ai halluciné! Nous sommes la seule équipe de F1 quasiment à l'équilibre. Les gens préfèrent prendre de vieux chiffres que les derniers pour alimenter le sensationnalisme. Il ne doit pas être si difficile de trouver les bons, pourtant...

"Je suis fier de ce que nous avons fait en cinq ans"
"Je suis fier de ce que nous avons fait en cinq ans"
Guy Jallay

Concrètement, presque à l'équilibre, ça veut dire combien de déficit? Sinon, vous auriez dit "bénéficiaire"?

Sur un budget annuel de 140 à 150 millions d'euros, nous avons une dette de 700.000 euros à un million. Ce n'est rien et surtout dû à des amortissements. Après,  nous aurions pu procéder à une augmentation de capital et boucler les budgets avec quarante millions d'euros de bénéfice. Tout le monde aurait dit "super! Ces mecs-là font un truc extraordinaire!"

Le 7 décembre, vous avez toujours rendez-vous devant la Haute Cour de justice à Londres pour des arriérés fiscaux. C'est dans le package Renault?

Les contrats sont signés mais il faudra attendre une semaine à dix jours avant qu'ils aient une valeur effective. Les dettes en Angleterre ont été réglées il y a deux mois.

Vous avez toujours indiqué vouloir rester dans l'aventure. Qu'allez-vous y faire?

Déjà, nous sommes en ligne avec la stratégie de l'actionnaire. L'organigramme est en cours de discussions. Il faudra patienter un peu pour voir comment cela va se décanter. Nous allons conserver une toute petite participation, minoritaire, dont je n'ai pas le droit de parler pour l'instant. Me concernant, je veux être utile là où j'ai un effet levier intéressant pour l'équipe et que cette fonction soit réaliste par rapport à mon emploi du temps...

Nous avons amené à la Formule 1 des sponsors qui n'y étaient pas. Pour 400 millions de dollars. C'est aussi une belle réussite!"

Donc pas forcément dans le paddock...

Quand tu es seul aux manettes, tu dois préparer le budget de l'année suivante, tu dois te remettre en question tout le temps. L'arrivée de Renault s'inscrit dans la durée. C'est intéressant de voir le p.-d.g., Carlos Ghosn, affirmer qu'il prend la tête du projet. Ca ouvre des portes. Quand le patron est là, sur du long terme, c'est un gage de réussite. La victoire ne viendra pas tout de suite mais cela permet d'avancer...

Ce qui ne nous dit toujours pas ce que vous voudriez faire...

La F1 est sans arrêt chamboulée en fonction des règlements. De mon aventure, j'en parlais avec mes associés, Eric Lux, Andy Ruhan et Anthony Steve, nous avons quand même eu une belle réussite: en cinq années de Formule 1, nous avons fait rentrer dans nos partenaires des sociétés qui n'étaient pas forcément intéressées par ce sport qui partage avec le football de l'audimat, de l'audience. Microsoft, Unilever ou Coca-Cola par exemple. Pour 400 millions de dollars à peu près.

Pourquoi? Comment?

Parce que nous ne tenions pas le même discours que les autres. La F1, ce n'est pas qu'une vingtaine de voitures qui se tirent la bourre! Il y a du relationnel, de la communication et de la technologie. Microsoft a complètement revisité notre système de gestion et de contrôle avec un produit qu'ils ne vendaient pas. On ne leur a pas mis un autocollant sur la voiture. Mais on a communiqué sur le savoir-faire chez nous.

Il y a donc des chances qu'on vous retrouve dans la dimension "sponsors" et "partenaires"?

Oui, quelque chose comme ça.

Ce premier chapitre qui se termine, vous en gardez quoi, vous le dingue de bagnoles et de sport automobile?

J'ai de la fierté! Pour tous les gars qui travaillent dans l'équipe. C'est un truc que tu peux raconter dans vingt ou vingt-cinq ans. Là où des autres sont arrivés avec de gros moyens sans jamais rien gagner, nous avons été l'écurie privée, purement privée, à signer le plus de podiums, 24 ou 25, à gagner même une course. C'est beau.

Propos recueillis par Thierry Labro