Portrait de cinquantenaire
Portrait de cinquantenaire
Par Pierre Sorlut
En ce jour de festivité au Conseil économique et social, sa plus fidèle représentante et véritable cheville ouvrière a le cœur serré. Marianne Nati-Stoffel quittera dans quelques jours ses fonctions de secrétaire générale. Après 43 ans de bons et loyaux services, elle passera le relais, lundi prochain, à Daniel Becker. Avec le sentiment du devoir accompli.
Car Marianne Nati-Stoffel, pour avoir consacré sa carrière au CES, est convaincue d'avoir servi la cause du modèle social luxembourgeois. D'ailleurs, elle le représente même un peu. «Nous sommes parvenus à relancer le dialogue social», assure-t-elle en citant comme exemples les émissions d'avis décisifs sur l'artisanat, le commerce et, plus récemment, la fiscalité.
Le 30 novembre dernier, l'organe consultatif était sorti, une fois n'est pas coutume, de l'ombre dans laquelle il se complaît pour apporter sa pierre à l'édifice, celui de la réforme fiscale promise par le gouvernement. Le CES avait à cette occasion fait l'inventaire général de toutes les statistiques disponibles pour élaborer la réforme, indique la présidente Pascale Toussing. «Nous avions reçu une saisine claire du Premier ministre», indique-t-elle. Ce n'est pas la première fois que l'institution logée rue Erasme (au Kirchberg) intervient en la matière. «Lors de la réforme fiscale de 1989-1990, sous la présidence de Romain Bausch, nous avions émis un avis consensuel et formulé des propositions concrètes qui avaient été reprises dans le texte de loi», se rappelle la secrétaire générale.
C'est en effet au chef de l'exécutif que l'institution se rattache et avec qui elle entretient «une relation particulière», comme le faisait remarquer l'ancien titulaire du poste, Jean-Claude Juncker. Témoin de l'alternance politique dans son rôle d'intermédiaire entre les membres du CES et le gouvernement, Marianne Nati-Stoffel ne voit pas de différence dans l'utilisation de l'institution par le
pouvoir. «Le gouvernement précédent nous a saisis quand cela a été nécessaire. L'actuel opère de la même manière», raconte la future jeune retraitée.
Une légitimité érodée
Elle souligne au passage «l'écoute» dont il fait preuve à la lecture des «positions» produites par le CES. Ce malgré les attaques dont sa légitimité peut faire l'objet depuis plusieurs années. Le Conseil économique et social souffre d'abord d'une désaffection des syndicats. Si le déclin du taux de syndicalisation luxembourgeois (arrivé à 30% aujourd'hui) ne le fait pas chuter au niveau des taux rencontrés chez les voisins français (7%) et allemands (17%), il n'en reste pas moins inquiétant pour la représentativité de l'organe.
L'institution pâtit aussi, au moins de manière symbolique, des échecs répétés ces dernières années des réunions tripartites... laissant un temps croire que l'individualisme né du processus de globalisation avait sonné le glas du modèle social luxembourgeois. Mais Marianne Nati-Stoffel n'y croit pas une seconde. Elle paraît même abasourdie quand on lui pose la question d'une éventuelle suppression du CES. «Sans le CES, il n'y a pas de dialogue social permanent», réplique-t-elle avec une incrédulité désarmante avant de se ressaisir. «Dans le passé, les Verts ont proposé de supprimer le CES pour l'intégrer dans le CSDD, le Conseil supérieur pour un développement durable (une autre institution peu connue du grand public). Mais le Premier ministre de l'époque a estimé que le dialogue social était une nécessité à part entière.» Telle est sa vocation (voir plus bas à quoi sert CES).
«Au sein de la maison des partenaires sociaux, les débats se font à huis clos. Il n'y a pas d'enjeux de pouvoir, l'on se parle plus que l'on s'oppose. Respect, objectivité et sens de la recherche du dénominateur commun y sont des maîtres mots» écrivaient la secrétaire générale et le président Raymond Hencks pour le quarantième anniversaire de l'institution. La recette de la longévité de l'institution se trouve peut-être ici. En s'écartant du tumulte et du court-termisme politique, le CES crée les conditions idoines pour mener un débat de fond sur les sujets liés au monde de l'entreprise et à la société et ainsi constituer un «pont entre la société civile organisée et les décideurs politiques». Et dans la bouche de Mme Nati-Stoffel, le terme «consensuel» n'apparaît plus comme un gros mot.
A quoi sert le CES?
Comme son nom l'indique, l'institution vise d'une manière générale à garantir des considérations sociales dans la politique économique du gouvernement. Il est en effet rattaché au Premier ministre. Par sa composition (18 représentants patronaux, 18 représentants salariaux et trois membres nommés par l'exécutif), il assure la continuité du dialogue social national.
um weitere Bilder zu sehen.
Ses missions spécifiques sont définies par la loi du 15 juin 2014 et consistent notamment à se prononcer, à la demande du gouvernement, sur des affaires d'intérêt général. Avec ses six salariés à plein temps, son budget annuel, de moins d'un million d'euros, ne pèse pas bien lourd. Le CES offre à ce titre une valeur ajoutée remarquable.
Als Abonnent wissen Sie mehr
In der heutigen schnelllebigen Zeit besteht ein großer Bedarf an zuverlässigen Informationen. Fakten, keine Gerüchte, zugänglich und klar formuliert. Unsere Journalisten halten Sie über die neuesten Nachrichten auf dem Laufenden, stellen politischen Entscheidern kritische Fragen und liefern Ihnen relevante Hintergrundgeschichten.
Als Abonnent haben Sie vollen Zugriff auf alle unsere Artikel, Analysen und Videos. Wählen Sie jetzt das Angebot, das zu Ihnen passt.

