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Le fondateur est décédé: Beckerich, une success-story en deuil
Le fondateur de la société des Eaux de Beckerich, Pierre Papillaud, est décédé mardi. Il s'était engagé très vite pour une success-story luxembourgeoise.

Le fondateur est décédé: Beckerich, une success-story en deuil

Source: YouTube / Rozanna
Le fondateur de la société des Eaux de Beckerich, Pierre Papillaud, est décédé mardi. Il s'était engagé très vite pour une success-story luxembourgeoise.
Wirtschaft 5 Min. 16.06.2017

Le fondateur est décédé: Beckerich, une success-story en deuil

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le fondateur des Eaux de Beckerich, Pierre Papillaud, est décédé mardi. Retour sur l'origine d'une success-story luxembourgeoise adossée au numéro 1 français de l'eau minérale.

par Thierry Labro

L'histoire des «Eaux de Beckerich» ne commence pas le 19 juillet 1985 à Redange-sur-Attert, comme le disent ses statuts. Mais trois ans plus tôt à Beckerich: cinq des neuf membres du collège échevinal décident de ne pas se représenter aux élections communales de 1982, deux des quatre autres ne seront pas réélus et le conseil échevinal change complètement de têtes. 

Bourgmestre de Beckerich, Jos Seyler est entouré de deux gamins du village, Camille Gira et Lucien Bertemes, pour former le plus jeune collège échevinal de l'histoire. 

«Les caisses étaient vides et la population quittait le village. Il n'y avait rien. Nous ne pouvions pas attendre du gouvernement central qu'il se préoccupe de notre région», se souvient Camille Gira, âgé alors de 23 ans. «Parmi les projets prioritaires», raconte le secrétaire d'Etat au Développement durable et aux Infrastructures, joint par téléphone hier, «figurait la rénovation du réseau d'eau potable, sous la conduite de l'administration des Ponts et chaussées». 

Personne n'en veut au Luxembourg 

Poussé par un ouvrier communal, le bourgmestre, qui travaillait à l'Administration des services techniques de l'Agriculture, revient un jour à la commune avec des bouteilles. 

A droite, les analyses de la source Mëlleschbur, qui coule depuis la colline du Kuelebierg. 

A gauche, celles des eaux comme Evian et Vittel. 

«Le bourgmestre nous a dit: notre source est au moins aussi bonne que celles-là!» 

A l'automne 1984, l’eau de la Mëlleschbur reçoit la dénomination d’eau minérale. Seyler frappe aux portes des grandes brasseries, de Rosport, des Soutirages luxembourgeois, personne ne veut mettre un centime de franc luxembourgeois dans l'aventure. 

Le bourgmestre s'entête et file à Paris, au printemps 1985, à un salon de l'embouteillage. «Il avait ça en tête! Produire notre propre eau minérale», s'amuse le ministre qui dit «s'être douché à l'eau minérale». 

Trois exigences luxembourgeoises satisfaites

Dans la capitale française, le Luxembourgeois traîne dans les allées, discute matériel et processus quand un monsieur lui tape sur l'épaule. Il y a déjà 26 ans que Pierre Papillaud a rejoint la société d'embouteillage d'eau de source Roxane à La Ferrière-Bochard dans l'Orne, en Normandie. «Ca pourrait m'intéresser!», lui glisse l'homme d'affaires, aussi malin que tenace. 

Sa société livre déjà à Metz, Nancy et Strasbourg mais elle ne parvient pas à s'imposer au Luxembourg et il sait déjà que ce serait plus pratique de ne plus trimballer des bouteilles d'eau sur des centaines de kilomètres jusqu'à l'Est de la France. 

Au moment de créer la société devant le notaire de Redange, Frank Molitor, les Luxembourgeois ont obtenu ce qu'ils voulaient: conserver 15% des parts de la société et les dividendes qui iront avec, devenir propriétaires des sources et imposer une taxe sur les mètres cubes d'eau extraits de la commune. 

Le Français prend 12.750 des 25.000 actions et emmène avec lui trois amis, les Français Dominique Sauvalle et Pierre Mignot (à la tête de Katell Roc, autre société qui a commercialisé de l'eau jusqu'en 1990) et un Allemand Armin Philipp. Le début de la success-story. 

Treize millions de bouteilles sont vendues la première année, quand Lucien Bertemes quitte la Spuerkeess pour diriger la société au Luxembourg, poste qu'il occupe toujours aujourd'hui. 

Nestlé et Danone voient d'un mauvais oeil ces entrepreneurs qui grignotent des parts de marché, d'autant plus qu'ils ont souvent dédaigné l'eau de leurs sources. Les deux leaders mondiaux lui ferment les portes de la grande distribution... 

Papillaud se retranche sur les Lidl, Norma et Aldi. Ca tombe bien: les frères Albrecht, qui ont connu un bel essor en Allemagne, se lancent à l'international. 

Thierry Lagoda, l'actuel bourgmestre de Beckerich, est le petit-fils de Jos Seyler, par qui tout est arrivé.
Thierry Lagoda, l'actuel bourgmestre de Beckerich, est le petit-fils de Jos Seyler, par qui tout est arrivé.
Pierre Matge

Un homme au caractère fort 

«Les deux pieds dans son industrie, il n'avait pas fait du bénéfice le plus important», dit Gira. Le patron qui a créé la marque Cristaline au début des années 1990, rachète tour à tour plusieurs marques déjà réputées, dont Vichy Célestins, St-Yorre et Thonon, puis dans les années 2000, Courmayeur et Rozana, apparaissant en personne dans les spots publicitaires de cette dernière. 

«Il était à la fois très humain et très dur dans les négociations! D'une redoutable efficacité», assure Gira. 

«C'était un très très grand bonhomme», renchérit le directeur de Beckerich, Lucien Bertemes. «Ses coups de gueule ou sa franchise ont toujours fait partie de son caractère!», explique-t-il en partance vers la dernière demeure du capitaine d'industrie pour aller représenter le Luxembourg et bénir le corps une dernière fois. 

32 ans plus tard, Bertemes, Sauvalle et Philipp sont toujours dans l'aventure, rejoints par un membre du directoire de Cristaline, Luc Bayens, qui sera le prochain directeur général du groupe, et... Thierry Lagoda, le bourgmestre de Beckerich. 

Comme un retour aux sources: le bourgmestre est le petit-fils de celui par qui tout a commencé, Jos Seyler! 

14 millions de bouteilles par mois

  • Aujourd'hui, le site des eaux minérales se compose de trois sociétés: «Eaux minérales de Beckerich», «Eaux gazéifiées de Beckerich» et «Beckerich préformes», qui produit lui-même ses bouteilles. 
  • La production comprend des eaux Ophélie, Beckerich et Cristaline ainsi que des marques distributeur. 90 % de l'eau de Beckerich est exportée vers la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Irlande. 
  • Là où 13 millions de bouteilles ont quitté du site la première année en sortent 14 millions par mois! Douze fois plus en direction des clients historiques, comme Aldi et Lidl ou Norma mais aussi pour Cactus, Colruyt ou Delhaize. 
  • Avec ses 65 employés en basse saison, Beckerich prend 28% des parts de marché au Luxembourg. La société des Eaux de Beckerich apporte grosso modo chaque année 300.000 euros aux finances communales, un budget de 10 millions. 
  • Au niveau international, le groupe Roxane, qui produit également des boissons sucrées, dont les sodas Pschitt! et Steff, affirme sur son site internet que «plus de 4 milliards de bouteilles» sortent chaque année de ses 40 usines réparties en Europe.