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Laboratoires réunis 2 – Etat 0: Nouvelle défaite pour Mutsch
Le LNS ne peut conserver le monopole sur les analyses anatomopathologiques, a redit la Cour à Lydia Mutsch.

Laboratoires réunis 2 – Etat 0: Nouvelle défaite pour Mutsch

Photo: Pierre Matgé
Le LNS ne peut conserver le monopole sur les analyses anatomopathologiques, a redit la Cour à Lydia Mutsch.
Wirtschaft 5 Min. 27.12.2017

Laboratoires réunis 2 – Etat 0: Nouvelle défaite pour Mutsch

Thierry LABRO
Thierry LABRO
La ministre de la Santé, Lydia Mutsch, a encore perdu dans le contentieux qui l'oppose aux Laboratoires réunis: le Laboratoire national de santé ne peut – pour l'instant – avoir le monopole de l'anatomie pathologique. Un enjeu d'avenir sur lequel l'Etat avance.

Par Thierry Labro

La ministre de la Santé, Lydia Mutsch, a encore perdu dans le contentieux qui l'oppose aux Laboratoires réunis: le Laboratoire national de santé ne peut – pour l'instant – avoir le monopole de l'anatomie pathologique. Un enjeu d'avenir sur lequel l'Etat avance.

L'anatomie pathologique est le cœur de la médecine de demain... et une source de profits inépuisables. Avec les échantillons de tissus provenant de corps humains, les professionnels pourront de mieux en mieux détecter les maladies aussi graves que le cancer mais aussi les devancer ou permettre de les éviter.

La puissance publique veut en conserver le contrôle autant que possible afin de garantir que la recherche sera menée au bénéfice de la totalité de sa population. Les acteurs privés savent la valeur des échantillons auprès des géants de la santé – notamment pharmaceutiques. Selon Business Insider, le marché des «biospécimens» croît de 20 à 30 % par an depuis dix ans et représenterait près de trois milliards de dollars.

Comme dans la plupart des pays, ces analyses sont aussi celles qui coûtent le plus cher et sont remboursées au même haut niveau, ce qui explique l'intérêt des laboratoires privés.

Ne cherchez pas, l'origine du conflit qui oppose les Laboratoires réunis à la ministre de la Santé est là. Depuis 2015, Lydia Mutsch refuse d'autoriser le laboratoire privé à pratiquer l'anatomie pathologique... compétence qu'il commercialise pourtant déjà dans une filiale en Belgique.

De 45 à 18,8 % d'analyses externalisées à l'étranger

La ministre appuie sa décision sur deux arguments principaux: le rôle du Laboratoire national de santé (LNS), suffisant selon elle pour absorber les besoins luxembourgeois, et la force de frappe du LNS qui assure une stabilité dans la qualité de ces analyses qu'un laboratoire ayant moins de pathologistes ne pourrait assurer.

La ministre suit les recommandations du Conseil d'Etat. Il y a un an, dans leur avis sur la nouvelle loi hospitalière, les sages recommandaient que «ces deux activités respectives de laboratoire (la génétique médicale et l'anatomie pathologique, ndlr.) soient centralisées au niveau national auprès d'un seul acteur et qu'il serait judicieux que cette tâche soit confiée à un établissement public, tandis que des raisons impérieuses d'intérêt général justifieraient une telle restriction à la liberté d'établissement».

Les Laboratoires réunis avaient gagné en première instance et, le 30 novembre, ils ont à nouveau gagné en appel. La différence, c'est que davantage de chiffres ont été mis sur la table pour appuyer les deux points de vue opposés.

Selon le professeur Michel Pétein, cité par le ministère, plus de 50.000 analyses de ce type pour une population de 540.000 habitants ne nécessitent pas d'avoir un autre laboratoire au pays qui travaille sur ce domaine. Pour la petite histoire, rappelle la Cour, le professeur Pétein est le directeur général de l'Institut de Pathologie et de Génétique, «un laboratoire privé» en Belgique selon la justice – une association sans but lucratif en réalité – où le LNS fait justement faire une partie de ses analyses... Et comme l'Etat contestait à propos de l'externalisation – à l'étranger – l'utilisation par les Laboratoires réunis du terme «d'une grande part» de ces analyses, il a dû lâcher un peu de lest. La part des examens externalisés à l'étranger est passée de 45 % au dernier trimestre 2016 à 18,8 % en juin. «A défaut de chiffres plus récents, cette tendance n'a pas pu être utilement confirmée», balaie la Cour administrative.

Pour l'avocat de l'Etat, il fallait aussi tenir compte du renforcement progressif du LNS, déjà évoquée en janvier. «Le service d'anatomie pathologique du LNS a bénéficié au cours des années 2014 et 2015 d'une augmentation considérable en terme de personnel notamment en ce qui concerne les médecins spécialistes en anatomie pathologique (5,75 équivalents temps plein). Par ailleurs, il est prévu d'engager en 2016 un anatomopathologiste supplémentaire tout comme trois techniciens et un secrétaire. Suite à ces recrutements, le nombre de médecins spécialistes en anatomie pathologique en activité au NS se chiffre à 11 équivalents temps plein», a-t-il expliqué.

L'IBBL en plein boom pour préparer l'avenir

L'Etat n'a pas plus justifié que la spécificité de ces analyses écartaient un laboratoire privé, ajoute la Cour en substance, comme en première instance. La Cour constate qu'aucun obstacle ne semble s'opposer à un partenariat public-privé entre le LNS et les Laboratoires réunis. Il faudrait juste les accréditer et leur confier les analyses que le LNS ne peut pas absorber... Ce qui revient à peu près à la même chose que ce qu'ils demandent, à l'exception près que l'Etat pourrait plafonner les ressources tirées de cette activité.

Pendant ce temps-là, l'Institut «Integrated BioBank of Luxembourg» – la biobanque luxembourgeoise – poursuit son impressionnant développement. Initié en 2008 et ouvert en 2011, il comptait il y a une semaine plus de 500.000 échantillons, dont une grande majorité de sang, au moment du déménagement de ses 50 employés et chercheurs vers son bâtiment, connecté au LNS et au Laboratoire de médecine vétérinaire.

Les 6,6 millions d'euros du ministère de l'Education et de la Recherche ont permis cette année-là d'engager près de 70 projets de recherches, dans différents domaines, comme le cancer, la maladie de Parkinson ou le diabète. Catherine Larue, la directrice générale de l'IBBL, est aussi à la tête du consortium luxembourgeois sur la médecine personnalisée... né en 2011, signe que l'Etat n'a pas compris le problème hier.

Qu'importe, les laboratoires privés ont pris l'habitude de mettre un pied dans la porte. Et de la pousser jusqu'à entrer...


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