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La jeune pousse et la vieille dame
Wirtschaft 7 Min. 08.07.2019

La jeune pousse et la vieille dame

Titres financiers, les tokens (jetons digitaux) sont émis et distribués via la plateforme de Tokeny Solutions.

La jeune pousse et la vieille dame

Titres financiers, les tokens (jetons digitaux) sont émis et distribués via la plateforme de Tokeny Solutions.
Photo: Shutterstock
Wirtschaft 7 Min. 08.07.2019

La jeune pousse et la vieille dame

Marc AUXENFANTS
Marc AUXENFANTS
La start-up Tokeny s'allie à la bourse multicentenaire Euronext pour placer la finance sur un nuage

Tokeny Solutions, la start-up Fintech luxembourgeoise, et Euronext, le géant boursier franco-belgo-luso-irlando-norvégo-néerlandais, peaufinent leur récente union. Trois jours après avoir annoncé le 1er juillet dernier une entrée du second dans le capital de la première – à raison d’une participation de 23,5% contre 5 millions d’euros d’argent frais – les deux protagonistes se retrouvaient déjà au Luxembourg pour discuter du nouveau partenariat. 

Au menu de la rencontre figuraient les modalités de la collaboration entre les deux mondes: celui d’une jeune pousse, qui a lancé il y a deux ans sa plateforme de conversion et de distribution d’actifs (actions, obligations, biens immobiliers, métaux précieux…) sous forme de jetons digitaux (tokens), et qui ne jure que par la blockchain.

En face, un mastodonte né 400 ans avant l’ère digitale, qui affiche 1 300 émetteurs et une capitalisation boursière de 4 000 milliards d’euros. Concrètement, comment les deux comptent-ils concilier leurs activités et modèles d’affaires? «Nos produits technologiques et services financiers respectifs sont différents», répond Luc Falempin, le CEO de Tokeny. «Nous fournissons la technologie et nos solutions aux émetteurs, aux gestionnaires d’actifs et aux banques d’investissement. Pour sa part, et selon la feuille de route envisagée, Euronext pourrait lui jouer le rôle d’opérateur boursier, pour les produits tokénisés de la start-up: «Avec leur portefeuille d’émetteurs, notre partenaire peut nous aider à nous développer commercialement, notamment sur le marché secondaire», ajoute M. Falempin. 

De son côté, Euronext se dit convaincu que la tokenisation des titres est susceptible d’avoir un effet majeur à long terme sur l’industrie financière. «Nous souhaitons accompagner cette transformation à la fois sur les marchés primaires – où les entreprises émettent des tokens – , mais aussi sur les marchés secondaires, où les tokens sont échangés entre investisseurs», affirme Anthony Attia, CEO d’Euronext Paris et membre du Managing Board de l’opérateur boursier.  

Perte d'âme?

Les deux protagonistes se veulent avant tout pragmatiques dans leur approche. Ils estiment d’ailleurs que des synergies existent. Selon eux en effet, leurs métiers sont complémentaires. Ils visent en outre les mêmes cibles de clients, tant chez les émetteurs que les investisseurs. Les premiers ainsi visés sont des entreprises de moyenne taille, qui recherchent un accès plus facile à des capitaux pour leur développement, sans passer par des canaux de levées de fonds plus traditionnels, lourds et coûteux. Les seconds sont notamment des fonds d’investissement immobiliers ou de placements privés, des structures essentiellement fermées dont le capital est bloqué sur plusieurs années, et qui souhaitent avoir des titres en portefeuille plus facilement transférables. 

«Tokeny permet aux émetteurs de capitaux, aux investisseurs et aux intermédiaires d’émettre, de gérer et de transmettre des titres tokenisés dans une blockchain publique», explique Anthony Attia. «Ces solutions apporteront davantage de transparence et d’efficacité opérationnelle aux entreprises qui souhaitent financer leurs activités et aux participants du marché, tels que nos clients». À terme, les deux partenaires ont dans l’idée de couvrir toute l’intégralité de la chaîne de services financiers, sur tout le cycle de vie du titre-jeton, depuis son émission jusqu’à sa rédemption. 

Quand on a du capital, on peut faire les choses dans l’ordre (Luc Falempin, CEO Tokeny Solutions)


Paradoxalement, pour sa propre levée de fonds, Tokeny a préféré la voie plus traditionnelle, que celle proposée aux sociétés émettrices qu’elle courtise: «Nous avions fortement pensé à faire une STO. Mais pour notre développement, il nous fallait un partenaire stratégique, qui nous aide à passer au stade supérieur», justifie son CEO. «Tokéniser des start-up n’a pas de sens. En tant que jeune entreprise nous avons des perspectives de croissance énormes. Aussi, nous étions trop petit pour diluer notre actionnariat et vendre nos parts à des centaines, voire des milliers d’investisseurs. En ce sens, Euronext est un acteur central et un partenaire stratégique, qui nous ouvrira énormément de portes». 

Démystifier la tokénisation

Avec cet argent frais, la start-up souhaite entamer rapidement la phase suivante de son développement: «Quand on a du capital, on peut faire les choses dans l’ordre, passer plus de temps avec des partenaires stratégiques, aller plus loin dans la relation commerciale, et proposer des solutions qui couvrent un large spectre de besoins», détaille Luc Falempin. «Concrètement, il s’agira de continuer à développer notre clientèle, nos produits et nos services, et à entrer sur de nouveaux marchés». 

Pour réaliser ses propres objectifs, la start-up de 24 salariés envisage de doubler son staff d’ici 2020, et d’embaucher des commerciaux, des développeurs et du personnel dans les fonctions support et opérationnelles. Cependant, avec l’arrivée d’un géant de la finance traditionnelle dans sa gouvernance, la start-up ne risque-t-elle cependant pas de perdre son âme ou de voir son modèle d’affaires originel disparaître? Voire d’être purement et simplement phagocytée par son nouvel actionnaire?  

«Euronext est présent dans notre conseil d’administration, avec deux sièges et 23,5%. La participation reste minoritaire, ce qui est important pour nous. Nous devrions donc bénéficier de leurs réseaux et de leur expertise, sans être gêné par des aspects politiques internes inhérents aux grands groupes», rassure Luc Falempin. «Tant que nous pouvons garder notre agilité et qu’ils n’ont pas peur de secouer le marché... L’étiquette blockchain nous le permet. Je ne crois pas que les émetteurs et investisseurs traditionnels seront choqués si les processus métiers changent, ou bien si on arrive avec des solutions auxquelles les gens ne s’attendent pas nécessairement.  


Wirtschaft - Start-up MySardines - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
Une devise sauce poisson
La start-up MySardines.com propose une cryptomonnaie basée sur des boîtes de sardines.

  L’intérêt de la blockchain est de simplifier et d’ouvrir l’accès aux marchés financiers, pas de recréer de nouveaux silos (Anthony Attia, CEO Euronext Paris)

Pourtant le plus dur demeure pour la start-up: faire connaître la tokénisation des actifs financiers auprès de ces clients potentiels: «Les gens commencent à comprendre la blockchain et les possibilités qu’elle offre. Cependant, ils ne savent pas encore par où, ni comment commencer. Pour cette raison, nous venons vers eux avec des solutions de contrôle et de compliance qui peuvent les rassurer», précise M. Falempin. «La blockchain est un nouveau marché, tout reste à construire: les canaux digitaux de distribution, et de cotation», poursuit ce dernier. «Et le fait d’avoir à bord un acteur central comme Euronext, qui organise le marché de par sa position, donne de la légitimité à la fois à la blockchain en tant qu’infrastructure, à Tokeny en tant qu’acteur sur ce marché, ainsi que des garanties aux émetteurs et investisseurs en termes de solidité et de réglementation». 

«L’intérêt de la blockchain est de simplifier et d’ouvrir l’accès aux marchés financiers, pas de recréer de nouveaux silos», ajoute pour sa part le CEO d’Euronext. «Pour cette raison, nous pensons que la bonne approche est de travailler de manière ouverte, collaborative et non exclusive avec l’ensemble de l’écosystème ; ainsi, nous pourrions à l’avenir travailler avec d’autres parties prenantes désireuses comme nous de faciliter l’émergence de la tokenisation».


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