Wählen Sie Ihre Nachrichten​

«La Grèce poignardée en plein coeur»
Wirtschaft 3 Min. 01.07.2015 Aus unserem online-Archiv
Christos Koulovatianos, économiste

«La Grèce poignardée en plein coeur»

Christos Koulovatianos ce jeudi en interview devant les locaux du CREA (Centre for Research in Economics and Management) au Limpertsberg.
Christos Koulovatianos, économiste

«La Grèce poignardée en plein coeur»

Christos Koulovatianos ce jeudi en interview devant les locaux du CREA (Centre for Research in Economics and Management) au Limpertsberg.
Pierre Matgé
Wirtschaft 3 Min. 01.07.2015 Aus unserem online-Archiv
Christos Koulovatianos, économiste

«La Grèce poignardée en plein coeur»

L'économiste grec spécialisé dans les questions de dette souveraine dresse un constat très critique de la situation économique en Grèce. Pour le chercheur, le gouvernement s'est comme «ouvert les veines pour regarder le sang couler».

Professeur Koulovatianos, depuis cette nuit, la Grèce est en situation de défaut de paiement. Elle ne peut rembourser le milliard et demi d'euros qu'elle doit au FMI (Fonds monétaire international). Quelles sont les conséquences d'un tel état de fait?

Je vois deux dommages majeurs dans cette situation. Le premier est celui causé à la réputation du pays, à court, moyen et long terme. Qui voudrait encore investir en Grèce? Le second concerne l'image que renvoient ses gouvernants. Comment pourrait se passer un retour à la table des négociations après avoir exercé un tel chantage auprès de ses créanciers?

Nous vivons un événement à la fois historique et tragique.

Quand, à la surprise générale et sans consulter personne, le Premier ministre Alexis Tsipras a décrété vouloir organiser un référendum sur les mesures proposées par l'Union européenne, la BCE (Banque centrale européenne) et le FMI, c'était comme s'ouvrir les veines pour ensuite regarder le sang couler. Nous vivons un événement à la fois historique et tragique. L'économie de la Grèce est poignardée en plein cœur.

Comment envisagez-vous la suite?

Jusqu'à vendredi dernier, l'exécutif grec a laissé croire à une convergence dans les négociations. Puis cela a été le choc avec ce chantage. Jusqu'à hier, nous pouvions manifester encore un espoir. Aujourd'hui, cela semble trop tard. Un accord est toujours possible, mais peut-on aujourd'hui encore croire que le gouvernement va honorer ses promesses? 

Nous risquons une guerre civile

Nous allons droit vers un référendum. Je le regrette profondément. Si le résultat s'avère affirmatif, ce que je pressens (les derniers sondages réalisés font état d'un affaiblissement du non, mais le oui demeure minoritaire à 46%, ndlr), le gouvernement doit démissionner. Le parti est trop déchiré. Il doit laisser la place à une coalition proeuropéenne, avec ou sans Syriza. Celle-ci devra accepter les conditions de ses créanciers.

Et si le non l'emporte?

Alors nous risquons une guerre civile. Je le dis sérieusement. La division née de la question posée pourrait entrainer un profond désordre social. Le gouvernement pense pouvoir revenir à la drachme sans trop de problèmes. Je vois les choses bien différemment.

Comment cela pourrait-il se passer?

Le gouvernement grec reviendrait à Bruxelles se croyant fort d'un nouveau mandat octroyé par le peuple. Mais ses créanciers ne pourraient que lui proposer une résolution (ou «bail in») comme cela s'est produit à Chypre en 2013. Les avoirs des déposants seraient alors réquisitionnés pour honorer les dettes. 

L'Union européenne pourrait envisager un embargo

Et, double peine, la Grèce serait exclue de la zone euro...

Le jour où la Banque de Grèce se déconnectera du système bancaire européen, le pays se retrouvera avec 89 milliards d'euros de dette de droit britannique libellée en euros.

Oui, mais l'Union européenne ne va pas envoyer l'armée... d'autant qu'elle n'en dispose pas...

Non, mais elle pourrait très bien envisager un embargo comme moyen de pression. Elle l'a bien fait pour la Russie. Nous en sommes presque là. Si tous les ministres des Finances de la zone euro acceptent de se voir quotidiennement en réunions, c'est bien parce qu'ils veulent éviter de graves événements.

Aujourd'hui où en est la liquidité bancaire? Comment cela se passe-t-il avec le gel des circuits financiers?

C'est un enfer. Les entreprises ne vont pas pouvoir payer les salaires. La consommation puis les revenus vont chuter. Cela a déjà débuté hier. Tous les agents économiques ont peur de ce choc de liquidité. Et je serais d'ailleurs très surpris si les banques ouvraient dans les deux semaines (le congé bancaire imposé devrait théoriquement durer jusqu'au lendemain du référendum, le 6 juillet, ndlr). Techniquement cela me paraît difficile. Toute l'activité va être stoppée jusqu'à ce qu'apparaisse la lumière au bout du tunnel. [L'interview intégrale paraîtra dans l'édition du Luxemburger Wort de vendredi]

Interview: Pierre Sorlut

Christos Koulovatianos est un économiste grec enseignant à la faculté d'économie et de finances de l'Université du Luxembourg depuis 2012. Il avait auparavant exercé aux universités de Vienne, de Nottingham et de Francfort. Il est titulaire d'un doctorat obtenu à Rochester (État de New York) et est spécialisé dans la macroéconomie (ménages, famille et information) financière, ainsi que dans les questions de dette souveraine.


Lesen Sie mehr zu diesem Thema

La conférence Global Distribution de l'ALFI s'ouvre aujourd'hui au Centre de conférences. Camille Thommes, directeur général de l'ALFI, détaille les perspectives de développement du secteur des fonds luxembourgeois.
Camille Thommes
Premier monstre sacré du football européen à se rendre au Luxembourg depuis la venue du Real Madrid au Spora en 1989, l'AC Milan suscite un vif engouement au pays. Coup de projecteur sur un club à la recherche de son ADN après des années d'errance.
Gonzalo Higuain a inscrit son premier but en match officiel pour l'AC Milan ce dimanche à Cagliari.
Quinze ans après la loi fondatrice de l’Université, une nouvelle loi doit être votée à la Chambre. Cet acte parlementaire est d’une très grande importance, et ce à double titre...
Les enfants ont parfois des peurs, des angoisses, enfouies au plus profond d'eux-mêmes. Et si les parents n'ont pas le temps ou ne prennent pas suffisamment de temps pour creuser ce qui ne va pas, ces enfants traîneront leur hantise partout avec eux.
Ouverture de la Frankfurter Buchmesse, remise hier du Prix Batty Weber 2014 à Lambert Schlechter au Centre national de littérature, proclamation du prix Nobel de littérature aujourd'hui: l'actualité culturelle se décline autour du livre depuis quelques jours.