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L'intenable promesse de Schneider
Pour "compenser les gains de productivité", le ministre promettait cet été congé et moins d'heures. Quels gains, lui répond l'UEL

L'intenable promesse de Schneider

Gerry Huberty
Pour "compenser les gains de productivité", le ministre promettait cet été congé et moins d'heures. Quels gains, lui répond l'UEL
Wirtschaft 6 Min. 04.12.2018

L'intenable promesse de Schneider

Thierry LABRO
Thierry LABRO
En juillet, le ministre de l'Economie promettait une réduction du temps de travail et une semaine de congé supplémentaire dans le privé. Une promesse intenable que le monde économique dénonce depuis le début de l'année.

Mi-juillet, les militants socialistes avaient écouté leur tête de file leur promettre une réduction du temps de travail à 38 heures par semaine au lieu de 40 sans perte de revenus «pour compenser les gains de productivité observés ces dernières années», avec une sixième semaine de congé payé dans le secteur privé à raison d'une journée supplémentaire par an pendant cinq ans. 

Cette sixième semaine existe déjà dans le secteur public. 

Cela devait permettre au Luxembourg de revenir à la moyenne des pays de la zone euro, expliquait le ministre de l'Economie, en s'appuyant sur les données de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail. 

Rien à redistribuer, dit l'UEL «On est très loin de pouvoir partager des gains de productivité par une évolution des salaires ou une redistribution du temps de travail puisqu'il n'y a tout simplement pas de gains de productivité à distribuer.» 

Dans l'avis que le Conseil économique et social a rendu en avril dernier sur la situation du pays, l'Union des entreprises luxembourgeoises pensait avoir été claire avec l'idée d'une réduction du temps de travail. «Entre 2000 et 2015, l'emploi a augmenté de 53% alors que la productivité n'a augmenté que de 1,8%», ce que la Commission européenne avait aussi noté dans son rapport 2018 pour le Luxembourg. «Entre 2010 et 2017», note encore l'UEL, «la hausse des dépenses en lien avec la rémunération des salariés s'établit à 50%, les dépenses afférentes passant de 2,8 milliards d'euros à 4,2 milliards d'euros, ce qui représente 7,1% du PIB, soit près du double des investissements publics.» Les entrepreneurs dénoncent la tenaille dans laquelle ils sont pris entre l'alignement sur le secteur public et sur la concurrence internationale pour attirer les talents dont ils ont besoin. 

Les coûts salariaux dérapent 

Les coûts salariaux unitaires (CSU) – critère de comparaison internationale ) s'écartent de la moyenne de la zone euro. «De 2000 à 2016, les CSU nominaux ont augmenté de 56% en cumulé, soit près de deux fois de plus que dans la zone euro (28%)», note la Commission européenne. Hausse du salaire social minimum de 1,4%, tranches indiciaires et progression des salaires nominaux dans le public et le privé avec les accords dans la fonction publique et les secteurs accumulés accentuent encore ce phénomène. 

Si le Luxembourg est lanterne rouge de la rentabilité des sociétés non financières, sa compétitivité reste parmi les meilleures au monde selon les quatre rapports majeurs: 19e pour le Forum économique mondial (8e en Europe), 11e pour l'IMD (5e), 14e pour l'Heritage Foundation (4e) et 8e pour la Commission européenne. 

Ces classements, très bons, cachent parfois des données plus alarmantes. Dans celui du Forum économique mondial, par exemple, le Luxembourg n'est plus que 96e sur 137 en termes de coûts du travail. 

Un choc des coûts pour Thelen 

Cette réduction généralisée du temps de travail serait «un choc des coûts», expliquait le directeur de la Chambre de commerce, Carlo Thelen, sur son blog. «Un simple exemple, purement illustratif, permet de le comprendre. Si le temps de travail 'normal' passait de 40 à 38 heures avec maintien intégral du salaire brut mensuel, le salaire brut horaire augmenterait pour l'entreprise concernée de quelque 5,3%», soit une nouvelle perte de compétitivité. A l'inverse, explique-t-il, si on diminuait le salaire brut mensuel en conséquence, «le pouvoir d'achat déclinerait de 5% environ, ce qui affecterait surtout les revenus modestes ou ceux faisant face à des loyers ou remboursements hypothécaires importants.» 

Ce sacrifice, ajoute M. Thelen, «ne s'accompagnerait même pas d'une amélioration de la compétitivité: un coup d'épée dans l'eau.» 

«Un effet de seuil pourrait affecter gravement les petites sociétés. Par exemple, une entreprise comptant 10 employés ne peut aisément embaucher une personne supplémentaire en cas de réduction de 40 à 38 heures du temps de travail – même dans le cas le plus favorable où les salaires mensuels seraient réduits proportionnellement à la durée du travail. Cette PME ferait en effet face avec 11 salariés à une brusque augmentation de sa masse salariale, de quelque 4,5%. Ne pouvant se permettre une telle flambée de sa masse salariale, la PME en question resterait dans les faits 'coincée' avec un effectif (inchangé) de 10 personnes, soit un emploi de 5% inférieur en termes d’heures travaillées à la situation précédant la diminution du temps de travail. Avec en prime une désorganisation de l’activité et un surmenage de la main-d’œuvre…» 

«Un véritable progrès social» 

Ce serait «un véritable progrès social réalisable et réaliste dans le contexte actuel des progrès technologiques, où les processus de fabrication sont de plus en plus abrégés avec à la clé des gains en efficacité et en productivité», dit au contraire la Chambre des salariés dans la sixième édition du Quality of Work qu'elle a publiée le 27 novembre. 

«La majorité des études sur la productivité et les horaires de travail concluent que le temps de travail idéal se situe sous les 40 heures et même proche des 36-37 heures par semaine.» 

Rendre les salariés plus productifs en diminuant leur temps de travail a un coût, que la Chambre des salariés suggère de financer par l'imposition des robots et des algorithmes dans la production.

Il y a juste quelques éléments qui interpellent: d'abord, si la durée légale est de 40 heures, les hommes interrogés affirment travailler 43,7 et les femmes 42,4 en réalité; ensuite, même en travaillant davantage que prévu, «les salariés sont de plus en plus confrontés à des situations marquées par de fortes demandes psychologiques (surcharge informationnelle et émotionnelle, manque de temps, changements d'horaires fréquents, harcèlement moral) tout en ayant un faible pouvoir à contrôler la situation», dit l'étude. 

L'ITM face à une montagne 

Comment garantir que la réduction du temps de travail leur permettra d'être dans de meilleures conditions? 

Dans l'absolu, en renforçant par exemple l'inspection du travail. En pleine réforme, l'Inspection du travail et des mines, 144 personnes dont 48 inspecteurs, est peut-être l'endroit le plus sous pression de tout le Luxembourg. 

Sans ce pion essentiel du dispositif global, ni les entreprises ni les salariés ne gagneront rien de la réduction déjà annoncée du temps de travail.

Cette réforme-là, elle, figure toujours dans le programme de coalition. Mais elle est rendue très difficile par les conditions d'accès au métier d'inspecteur. Et former des inspecteurs à l'incroyable variété des missions qui les attendent prendra du temps et nécessite de l'expérience.


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