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"L'industrie des fonds s'en tire bien"
Wirtschaft 10 Min. 14.09.2020

"L'industrie des fonds s'en tire bien"

Corinne Lamesch: "La confiance dans le secteur financier est restée intacte."

"L'industrie des fonds s'en tire bien"

Corinne Lamesch: "La confiance dans le secteur financier est restée intacte."
Photo: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Wirtschaft 10 Min. 14.09.2020

"L'industrie des fonds s'en tire bien"

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
Corinne Lamesch, présidente de l'Alfi, fait le point sur le secteur des fonds d'investissement et répond aux critiques touchant les fonds immobiliers.

L'Association luxembourgeoise des fonds d'investissement (Alfi) organise sa grande conférence de rentrée à partir de ce lundi, 14 septembre. Les sessions s'étendront jusqu'au 18 septembre, uniquement en mode virtuel. A cette occasion, Corinne Lamesch, présidente de l'Alfi, fait le point sur les conséquences de la crise sanitaire et les perspectives de croissance.

Corinne Lamesch, quel est l'impact de la crise sanitaire sur votre activité?

Le premier semestre a été marqué par une très grande volatilité dans les marchés, surtout au mois de mars. C'est aussi durant le mois de mars que l'impact le plus fort a été ressenti au niveau de l'industrie des fonds; les avoirs ont diminué d'environ 11 % durant cette période et sont descendus à 4.149 milliards d'euros. Je rappelle que les encours sous gestion avaient atteint un niveau record en janvier de près de 4.800 milliards. La baisse a donc été importante au mois de mars. La bonne nouvelle est que cette chute a plutôt été générée par la baisse des marchés et non pas par des rachats massifs d'investisseurs. Ceux-ci n'ont représenté que 2,7 % des encours en baisse.


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La situation s'est-elle améliorée depuis ce temps?

La situation s'est nettement améliorée depuis le mois de mars. Nous sommes aujourd'hui presque proches de notre niveau d'avant-crise et donc de nos chiffres records, puisque nos encours atteignent fin juillet 4.600 milliards d'euros. Si on regarde la période de janvier à juillet, nous avons connu une diminution de 2,15 %. Encore une fois, la bonne nouvelle, c'est que nous avons une injection d'argent frais dans les fonds d'investissement. Entre le mois d'avril et le mois de juillet, nous avons collecté près de 146 milliards d'argent frais.

Quelle conclusion tirez-vous de ces chiffres?

L'industrie des fonds s'en est tirée raisonnablement bien et nous avons bien résisté à la volatilité du mois de mars. Deux facteurs ont joué en faveur du secteur. D'abord les investisseurs n'ont pas paniqué, il n'y a pas eu de rachats massifs et la confiance dans le secteur financier est restée intacte. Ensuite, il faut dire que cette confiance a aussi été générée par les nombreuses mesures budgétaires qui ont été prises par les gouvernements, les mesures des banques centrales, les plans de l'Union européenne. Tout cela a permis de ramener du calme sur les marchés, certains investisseurs ayant même pris l'opportunité de placer leur argent liquide dans des fonds d'investissement.


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Quelles étaient les principaux défis à relever par votre industrie durant cette période exceptionnelle?

Cela se résume à deux choses essentiellement: plans de continuité et télétravail pour tout le monde. Les assets managers disposent de plans de continuité dans leurs entreprises, parfois ils doivent les appliquer pendant quelques jours, mais certainement pas pour l'ensemble des collaborateurs en même temps. Tout cela a donc bien fonctionné. Il faut dire aussi que lorsque nous avons mis en place les mesures de lockdown au mois de mars, il y avait une forte volatilité sur les marchés, ce qui a posé d'énormes défis à notre industrie. Nous avons dû gérer cela en plus des plans de continuité et du télétravail. 

Nous avons dû tenir compte de la volatilité des marchés, celle-ci pouvant mettre sous pression la liquidité des fonds d'investissement. Je rappelle que le rôle de l'asset manager est de gérer les avoirs en bon père de famille et de protéger au mieux les intérêts des investisseurs. Pendant cette période de crise, notre défi  était donc de gérer au mieux les risques de marché et les risques de liquidité. Il faut dire néanmoins que la place du Luxembourg était bien préparée. Depuis des années, nous avons construit des mesures de gestion de liquidité et de risques qui sont aujourd'hui beaucoup plus solides qu'au moment de la crise financière de 2008. 


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Quels ajustements ont été nécessaires pendant la crise?

Plusieurs mesures, essentiellement techniques, ont été mises en place: l'espacement de temps dans les rachats, un arrêt temporaire des rachats ou encore le swing pricing. Le mécanisme du swing pricing permet d'ajuster la valeur nette d'inventaire des fonds (VNI) par un facteur correctif en fonction de la position vendeuse ou acheteuse d'un fonds, et des spreads dans le marché – ceci afin de protéger les investisseurs. Certains fonds en ont fait usage durant la crise. C'est un mécanisme de protection des investisseurs qui restent dans le fonds. Le Luxembourg a une longueur d'avance sur beaucoup de juridictions en Europe en la matière.

Notre industrie peut encore s'améliorer sur certaines choses, mais ce dont on a vraiment besoin, c'est de la stabilité, une prévisibilité sur le processus législatif sur les années à venir.

Quels changements implémentés lors de la crise aimeriez-vous voir perdurer dans votre industrie?

Il y en a beaucoup, mais il y a une chose qui me tient particulièrement à coeur, c'est la signature électronique. Elle gagne du terrain au Luxembourg, mais resten encore largement sous-utilisée, alors qu'elle présente bien des avantages, lorsqu'on doit demander la signature à quelqu'un qui ne peut pas être présent physiquement. Ensuite, la tenue des assemblées générales en format virtuel constitue une avancée positive. Finis les délais d'attente des envois papier, des documents de réunion,... là aussi le vote virtuel a été une très bonne chose. Le télétravail aussi est un mode de travail qui a bien fonctionné dans notre secteur et que nous continuerons à soutenir après la crise.

Et au niveau réglementaire, quels changements sont à prévoir?

Notre secteur a pris de l'ampleur, de l'importance et continue d'attirer l'attention des décideurs politiques, qui se soucient de la protection des investisseurs, des risques systémiques que notre secteur peut poser. Il y a aujourd'hui des débats sur la propriété commune, sur la liquidité. La crise ayant  bien été gérée, nous pensons qu'une sur-réglementation ne serait pas justifiée pour notre secteur. Nous demandons à que les textes soient clairs, qu'il y ait une hiérarchie des normes, un processus de consultation, un principe de proportionnalité. Certes, notre industrie peut encore s'améliorer sur certaines choses, mais ce dont on a vraiment besoin, c'est de la stabilité, une prévisibilité sur le processus législatif sur les années à venir.


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Au niveau européen, deux gros dossiers vont affecter notre secteur prochainement, puisqu'il y aura une revue de deux directives, les plus importantes qui règlent notre secteur, à savoir la directive sur les fonds alternatifs, sortie en 2013, et la directive sur les OPCVM, qui a déjà plus de 30 ans. Nous attendons maintenant une consultation de la Commission européenne sur les fonds alternatifs en automne. Pour nous, cette législation européenne marche très bien, nous pouvons exporter nos fonds dans le monde entier. Pour cela il est important pour nous de savoir ce qui va changer concrètement dans les années à venir.

Les fonds alternatifs constituent un véritable enjeu pour les années à venir et font partie de vos priorités pour les cinq prochaines années...

Les fonds alternatifs sont en train de se développer énormément. Private equity, immobilier, infrastructures, dettes, hedge funds: les fonds alternatifs regroupent une myriade de stratégies de placement et vont continuer à gagner la faveur des investisseurs. Ils constituent en effet l'une de nos priorités pour les prochaines années. 

Plusieurs autres tendances se dessinent dans notre secteur. Il y a d'abord les changements démographiques avec une population vieillissante qui aura besoin d'épargner davantage pour pouvoir garder son niveau de vie. Il faudra pour cela mettre en place des produits adaptés pour répondre aux besoins d'épargne à long terme.

Nous voyons également des changements au niveau climatique avec des investisseurs qui ne se focalisent plus seulement sur le rendement mais aussi sur l'impact positif qu'ils peuvent avoir sur l'environnement et les sociétés. La transformation digitale est une autre grande tendance qui va s'accélérer après la crise. Ensuite, un des grands objectifs de l'Union européenne, dans le cadre de la Capital Markets Union (l'Union des marchés de capitaux), est de pousser notre secteur à acheminer de l'épargne vers le secteur privé. C'est un projet très large qui englobe beaucoup d'activités visant à drainer plus d'argent vers l'économie réelle et à créer ainsi plus d'emplois au sein de l'Union européenne.


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Enfin, nous sommes un des plus grandes centres d'OPCVM et l'un de nos objectifs va aussi être de continuer à ouvrir l'accès à nos produits partout dans le monde. 

Ce sont de belles perspectives pour votre secteur, vous restez confiants dans l'avenir de la place?

Oui, il y a de réelles opportunités dans notre secteur. Si nous nous focalisons sur des produits pour lesquels il existe une réelle demande, et si nous arrivons à être à l'avant-garde de l'innovation, je crois que nous aurons de nouvelles opportunités de croissance dans les années à venir. 

Au sein des fonds alternatifs, les fonds immobiliers font aujourd'hui l'objet de fortes critiques, étant donnée que la fiscalité liée à cette classe d'actifs permet d'échapper à certains impôts. Quelle est votre position sur ce sujet?

La position de l'Alfi est que nous n'avons pas vocation à émettre un avis sur une décision qui est à prendre par le gouvernement et le législateur. S'il y a un problème, que le problème soit analysé et que la solution soit trouvée. Il y a effectivement certains types de fonds qui sont détenus par des investisseurs luxembourgeois, qui investissent dans l'immobilier luxembourgeois. 

Le système de fiscalité tout à fait officiel et actuel à Luxembourg fait qu'il y a une non-taxation de certains revenus dans le chef des investisseurs. C'est quelque chose sur laquelle nous n'avons pas vocation à nous prononcer, le changement doit venir d'une décision politique qui est d'ailleurs reprise dans le programme de coalition du gouvernement. Le législateur prendra les décisions qui conviennent. Le seul message que nous faisons passer en tant qu'Alfi, c'est qu'il est hors de question de remettre en question, avec ce problème ponctuel, qui peut être résolu assez facilement, le secteur des fonds en général. 

Si jamais on remettait en question l'utilisation du principe de l'existence de ces fonds, ce serait une catastrophe économique pour l'ensemble de notre industrie.

C'est un type de fonds alternatifs en particulier qui est visé...

C'est un problème de fiscalité luxembourgeoise, pas de véhicule ou de statut fiscal du FIS. Le fonds d'investissement spécialisé (FIS) est une structure tout à fait légitime, largement utilisée à Luxembourg et également par des investisseurs d'autres pays. 

Si jamais on remettait en question l'utilisation du principe de l'existence de ces fonds, ce serait une catastrophe économique pour l'ensemble de notre industrie. On parle quand même de quelque chose qui représente une bonne partie du fonds de commerce du Luxembourg et qui est tout à fait légitime. Vous avez l'équivalent en Allemagne avec le Spezialfonds qui est encore beaucoup plus largement répandu en Allemagne qu'au Luxembourg. Donc il faut éviter de teinter l'ensemble de l'industrie avec un problème ponctuel, qui peut être résolu rapidement.  




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