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Israël comme inspiration: Terre promise aux start-up
L'avenue Samuel Herbert sur le front de mer de Tel Aviv où les touristes se mêlent aux travailleurs.

Israël comme inspiration: Terre promise aux start-up

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L'avenue Samuel Herbert sur le front de mer de Tel Aviv où les touristes se mêlent aux travailleurs.
Wirtschaft 14 Min. 11.11.2017

Israël comme inspiration: Terre promise aux start-up

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Comment l'écosystème entrepreneurial israélien peut inspirer le Luxembourg? Reportage à Tel Aviv et Jérusalem dans la start-up nation.

Par Pierre Sorlut

Jeudi 26 octobre, la nuit tombe sur Tel Aviv. En cette veille de Shabbat, les jeunes se dirigent vers le centre-ville pour y célébrer le week-end. Nous montons dans un taxi acquis de haute lutte sur l'artère Herbert Samuel, le front de mer baptisé en l'honneur du haut-commissaire britannique qui a ouvert la voie à la naissance de l'Etat israélien. Nous remontons le trafic. Destination la proche banlieue de la capitale financière d'Israël dans un incubateur «tendance» dénommé The Mixer. Yael Idan, représentante du Luxembourg Trade and Investment Office (LTIO) à Tel Aviv, nous y attend. Elle nous rassure quant au bon accueil qui nous sera réservé malgré le retard accumulé dans la quête d'un transport. Les Israéliens ne se formalisent pas, nous dit-on. On le constate.

Dans le couloir séparant open spaces et salles de réunion, Shai Ronen se dirige vers nous d'un pas tranquille. L'entrepreneur XXL porte des sandales et affiche un grand sourire. Il ne s'en séparera pas pendant la prochaine heure. Le bonhomme a 48 ans aujourd'hui, mais en paraît 30. Il a piloté des F16 pendant son service dans l'armée israélienne. Après des études en informatique au Technion (le MIT israélien) et un MBA à l'université de Tel Aviv poursuivis par une poignée d'expériences professionnelles dans des grandes sociétés nationales comme Elbit, électronique appliquée à la défense, Shai – on s'appelle immédiatement par le prénom en Israël – a utilisé une technologie de navigation de l'avion de chasse américain qu'il connaît bien pour créer sa start-up. L'application de sa jeune pousse, Navin, doit permettre de se diriger à l'intérieur des bâtiments publics.

Shai Ronen, Fondateur et directeur de Navin, une start-up israélienne qui développe une application pour naviguer à l'intérieur des bâtiments publics.
Shai Ronen, Fondateur et directeur de Navin, une start-up israélienne qui développe une application pour naviguer à l'intérieur des bâtiments publics.
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En sillonnant les halls d'aéroports, les gares ou les centres commerciaux, les utilisateurs de Navin vont progressivement et sans GPS cartographier les allées et répertorier les points de repère. «Cela devrait à terme nous permettre de naviguer de porte à porte dans les espaces clos», résume le sympathique entrepreneur. Ce système de données nourri par la communauté s'apparente à une autre application israélienne: Waze. Le logiciel de navigation et d'informations sur le trafic est de plus en plus utilisé sur les routes européennes. Chaque utilisateur y apporte ses informations. Le principe a plu à Google qui a racheté l'entreprise en 2013 pour plus d'un milliard de dollars.

Waze, qui n'emploie que 300 personnes dans le monde, loge à Tel Aviv dans les locaux de son actionnaire. Les bureaux de Waze et Google dominent la capitale économique d'Israël depuis leurs 11 étages de la somptueuse tour Electra. Un mobilier design encastré dans des lanières de bois, un écran géant Google Maps à 360°, une vue à couper le souffle sur les buildings, les grues, les quartiers d'habitations, la mer et le ciel bleu, le hall de Google au 27e étage donne une idée de ce que la start-up nation israélienne fait de mieux.

Israël est une nation de chercheurs. 12 prix Nobel (dont 2 en économie et six en chimie), une médaille Field (mathématiques) et 3 prix Turing (informatique) ont été remis à des Israéliens. Cela n'a pas échappé aux multinationales. En octobre, le leader chinois du commerce en ligne AliBaba a annoncé qu'il y établira un centre de recherche et développement. La firme de Jack Ma rejoindra un contingent de plus de 300 groupes internationaux. IBM, Microsoft, Apple, Intel, Facebook, Cisco, Samsung, Huawei ou encore Pfizer et Novartis ont posé leurs puces et éprouvettes sur la terre promise.

Tel Aviv compte le plus grand nombre de start-up par habitant au monde»

Les géants se greffent à une véritable fourmilière de jeunes pousses actives dans les nouvelles technologies, notamment dans la capitale économique. Selon Neil Corney, dirigeant de Citi en Israël, «Tel Aviv compte le plus grand nombre de start-up par habitant au monde», une pour 290. Un résident sur dix travaille pour une entreprise high tech. Citi Group y a d'ailleurs installé son laboratoire en technologies financières en 2013 (voir par ailleurs).

Nous multiplions les rencontres avec les entrepreneurs un peu zinzins. Asher Polani est un patron du genre quinqua décontracté. Il détaille des projets qu'on croirait tirés de romans de science-fiction et enchaîne les plaisanteries. Ce savant un peu fou développe, en coopération avec l'université de Valence (en Espagne), une technologie de diagnostic de santé par capteurs non intrusifs.

Une démonstration de l'efficacité des capteurs de Continuse Biometrics par rapport à un équipement hospitalier.
Une démonstration de l'efficacité des capteurs de Continuse Biometrics par rapport à un équipement hospitalier.
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Placés dans un téléphone, ils permettent à un mètre de distance, grâce aux vibrations, de mesurer la fréquence cardiaque, le pouls, la pression artérielle et l'alcoolémie. «Cela fonctionne même avec quatre blousons d'hiver enfilés les uns sur les autres», s'amuse M. Polani. Les émissaires de la banque Citi présents dans les modestes bureaux de Continuse Biometrics lors de la démonstration envisagent eux de placer ces capteurs sur les ordinateurs des traders afin de vérifier leur identité... ou de mesurer leur résistance au stress quand ils doivent prendre des décisions. Asher Polani préfère penser santé.

Les exemples du genre sont légion. Dans un rapport publié cet été, la société de conseil EY relève qu'Israël est le deuxième pays du monde à coter ses entreprises sur les bourses étrangères (en volume). 25 start-up israéliennes figurent au Nasdaq, l'indice new-yorkais des valeurs technologiques. Une prouesse. D'autant plus lorsque l'on sait que Tel Aviv ne compte que 438.000 habitants et dispose d'une superficie plus petite encore que Manhattan (52 km² contre 59).

Jérusalem n'est néanmoins pas en reste. Son joyau Mobileye a été racheté par Intel en mars pour 15 milliards de dollars. Ses quelque 700 employés répartis dans 50 pays ont pour objectif «d'enlever le volant» des voitures dès 2021. Rencontré en ses bureaux de la capitale israélienne (officiellement, mais pas reconnue comme telle par tous les Etats), le directeur du développement des affaires de l'entreprise développant des équipements pour voitures autonomes prédit que celles-ci coûteront vite le même prix que les voitures qui ne le sont pas aujourd'hui. Le marché est prometteur.

Genèse de la start-up nation

Mais comment expliquer cette effervescence entrepreneuriale? La raison la plus souvent avancée est la prégnance de l'armée dans la vie économique et sociale en Israël. Les hommes accomplissent trois années de service militaire. Les femmes deux.

Samuel Vlodinger, un homme d'affaires israélien actif au Luxembourg via sa société Raval, explique.  «On devient responsable de la vie des autres à l'âge de 19 ans. Pour réussir dans l'armée, il faut développer une capacité à prendre des décisions. On ressort du service bien plus armé que des gens du même âge dans n'importe quel autre pays», constate l'entrepreneur rencontré au Dan hôtel, établissement emblématique faisant face à la mer Méditerranée.

Au cours d'un dîner la veille, Alon Livshitz avait narré sa propre expérience au sein de l'unité 8200, un département de l'armée israélienne spécialisé dans le renseignement. Entre 18 et 21 ans, il s'est trouvé coresponsable de la collecte des données nécessaires à la mise en œuvre d'opérations militaires. «C'est beaucoup de pression» a témoigné celui qui a depuis fondé Essence intelligence, une société spécialisée dans des solutions automatisées pour l'industrie financière. «La nécessité de développer des produits nécessaires à la défense du pays est la meilleure école qui soit», résume Rapha Cohen, directeur de développement chez Waze, «une technologie initialement destinée à poursuivre les terroristes».

D'autres paramètres entrent en compte. Dès les années 1960, l'Etat israélien s'est impliqué dans le développement de la vie économique. Désireux de s'émanciper de la tutelle américaine, il a financé l'émergence de conglomérats tels qu'Israel Corp (chimie), Elbit (défense) ou Tadiran (communication). Dans les années 1980, le gouvernement israélien a créé une sorte de mécanisme incitatif pour lever du capital-risque auprès des banques.

«Beaucoup d'argent des fonds de pension arrivait parallèlement en provenance des Etats-Unis ou de l'Union européenne», raconte Sam Vlodinger. «Les gouvernements ont fait preuve d'inventivité. Ils ont aussi investi dans des incubateurs (des espaces de travail aux loyers bon marché et où des tuteurs encadrent les jeunes entrepreneurs, ndlr.) mais cela n'explique pas tout», détaille-t-il. «Il fallait une soif de réussite individuelle. Or, les entrepreneurs ont commencé à se concurrencer les uns les autres, générant une sorte d'émulation.» Le recours aux marchés boursiers a servi de catalyseur.

Olivier Wolf, un Luxembourgeois rencontré à Tel Aviv où il s'est établi, admire les réussites économiques israéliennes. Ce chercheur en droit invite toutefois à gratter la couche de vernis. Un article publié cette semaine dans l'un des principaux quotidiens du pays, Haaretz, souligne par exemple le creusement des inégalités en cours. «Israël s'est divisé en deux nations, la start-up nation et le reste de la nation», écrit la journaliste Meirav Arlosoroff. Un processus qui inquiète les acteurs économiques et politiques. Ils engagent des actions pour lutter (voir par ailleurs).

Une inspiration pour le Luxembourg

Au Luxembourg, on regarde Israël avec intérêt depuis une quinzaine d'années. L'entrepreneur à succès Norbert Becker connaît bien le pays et ses habitants. Il voit en eux «une fibre entrepreneuriale» liée à l'histoire et à la géographie (voir plus bas). «Israël est quand même assez isolé», témoigne-t-il. «Vivre dans l'adversité génère un état d'esprit différent par rapport à ceux qui ont toujours connu la paix», explique également Daniel Schneider, consul honoraire d'Israël au Luxembourg. Son père, Pierre, avait travaillé au rapprochement des deux pays. Samuel Vlodinger se souvient avoir rencontré des émissaires gouvernementaux par son truchement. Leurs noms ne lui reviennent pas tout de suite. «Un grand mec («big guy») et un joueur de foot». Les ministres de l'Economie Henri Grethen et Jeannot Krecké, auxquels il fait référence, se sont en effet inspirés du modèle israélien. Des mesures ont été prises, mais beaucoup reste à faire.

La jeune pousse israélienne

Tel Aviv/Jérusalem. L'Etat d'Israël a déclaré son indépendance en 1948 suite à la Deuxième Guerre mondiale, notamment marquée par l'Holocauste, dans un contexte tumultueux lié au renoncement du mandat britannique en Palestine, au plan de partage du territoire par les Nations unies en 1947 et à la guerre israélo-arabe qui s'ensuivit.

La nation israélienne s'est développée malgré les résistances souvent armées des pays arabes voisins (en 1948 et 1967 notamment) et par vagues d'immigration successives, dont un million de juifs originaires d'URSS dans les années 1990. Depuis une trentaine d'années, les gouvernements ont délaissé les politiques économiques d'inspiration socialiste, dont les kibboutzim en sont l'illustration, pour un libéralisme dans lequel l'Etat joue un rôle important. Israël rassemble 8,3 millions d’Israéliens. 75 % sont juifs, 17,6 % musulmans, 2 % chrétiens et 1,6 % druzes. 53 % de la population a entre 15 et 54 ans. 28 % entre 0 et 14.

Israël a connu une croissance économique moyenne de 5 % entre 2004 et 2013 avec un léger ralentissement par la suite. Le produit intérieur brut par habitant s'élève à 37.799 dollars (32.596 euros). Le taux de chômage s'établit à 4,8 % de la population active. Les inégalités sont relativement élevées. L'indice Gini les mesurant place Israël, à 0,365 (0 étant l'égalité parfaite) entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en queue de peloton des pays de l'OCDE.

Les secteurs économiques clés à l'export sont le diamant, la haute technologie et la chimie. Israël importe du pétrole, des équipements militaires et des matières brutes. Le pays accuse une balance commerciale substantiellement déficitaire que le tourisme et les investissements directs de l'étranger viennent toutefois redresser.

La ville de Tel Aviv a été créée en avril 1909. 66 familles réunies sur les dunes à proximité de Jaffa se sont alors distribué des parcelles de terrain pour permettre aux populations juives de s'établir. D'aucuns confèrent un gène «entrepreneurial» à cette ville devenue une bulle progressiste en Israël.

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La banque Citi pionnière des technologies financières à Tel Aviv

 La banque américaine Citi a invité le «Luxemburger Wort» à couvrir une présentation de ses activités novatrices en Israël et notamment à Tel-Aviv. L'établissement bancaire opère à Tel-Aviv son innovation lab dédié aux technologies financières, Fintech, «le premier du genre» dans la capitale économique d'Israël à son ouverture en 2013 selon Ornit Shinar, responsable de la structure aujourd'hui en sus des activités des investissements en capital risque de Citi en Israël. Selon ses promoteurs, l'Innovation lab de Citi n'est pas voué à rapporter de l'argent. Ce «centre de coûts» a pour mission de «faire passer l'idée en production», pour reprendre les termes du responsable de son département sécurité Shai Rubin.

Le laboratoire de Citi développe notamment des solutions pour la banque privée (gestion de fortune), la conformité et la cybersécurité. Les chercheurs du «lab» travaillent sur l'intelligence artificielle et particulièrement sur la reconnaissance de motifs. L'étude des milliards de données fournies par le groupe (plus de 300.000 employés à travers le monde) permet de dégager des règles pouvant servir plusieurs objectifs comme la détection de fraudes. Les produits développés dans le laboratoire sont ensuite conçus puis testés avec et dans les départements concernés.

La réalité virtuelle pour les banques

Pour mieux comprendre les recherches menées, on s'équipe d'un casque et de gants et l'on pénètre dans la réalité virtuelle. Les chercheurs y associent les objets du monde réel et la flexibilité du virtuel pour mener des investigations en réseau. L'on se saisit d'un document et le place sur un mur face à son collaborateur qui à son tour le lie à des éléments dont il dispose.

Parmi les entreprises membres du programme de l'incubateur (lequel dure quatre mois) figure notamment Big ID. La start-up commercialise un logiciel qui permet aux entreprises de classifier les données clients et prospects dont elles disposent afin de mieux se plier aux réglementations en vigueur. Le règlement général sur la protection des données entrera en vigueur en mai 2018 sur tout le continent. Les entreprises s'y préparent pour ne pas être poursuivies. «Les entreprises collectent les données et ne les effacent pas. Le secteur financier s'avère particulièrement exposé», constate Nimrod Vax, cofondateur de BigID, entreprise qui a récemment participé à un événement start-up chez PwC à Luxembourg. Citi emploie 315 personnes en Israël, dont 200 dans son Innovation Lab.

La banque cofinance également le programme Presentense destiné à encadrer les entrepreneurs en herbe dans les districts où vivent des couches de la population exclues de la «bulle» (autre nom donné à Tel-Aviv) high-tech. Les districts de Jaffa (vieille ville jouxtant Tel-Aviv au sud et Haifa au nord). Khouloud Ayuti, coordinatrice du programme Made in Jaffa, souligne le besoin d'initiatives visant à accélérer la convergence ou limiter les inégalités entre les populations intégrées à la start-up nation et celles qui en sont exclues. «Je suis très contente de pouvoir vivre à Jaffa, mais la vie est terriblement chère ici», où 44 % des habitants vivent avec moins que le salaire minimum.


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