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Fermeture de l'hôtel Alfa: Reding abat ses dernières cartes
Les soixante pages qu'a présentées Rolphe Reding, ici à droite au côté du directeur de son hôtel, Willem Dullemond, change l'image du dossier

Fermeture de l'hôtel Alfa: Reding abat ses dernières cartes

Guy Jallay
Les soixante pages qu'a présentées Rolphe Reding, ici à droite au côté du directeur de son hôtel, Willem Dullemond, change l'image du dossier
Wirtschaft 5 Min. 27.03.2017

Fermeture de l'hôtel Alfa: Reding abat ses dernières cartes

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Rolphe Reding a abattu ses dernières cartes, lundi après-midi, en mettant sur la table tous les documents qui permettent d'avoir une vue plus neutre du différent entre le mystérieux investisseur suisse et lui dans le dossier de l'hôtel Alfa.

par Thierry Labro

Dans la salle ensoleillée de l'hôtel Park Inn by Radisson, à deux cents mètres de "chez lui", Rolphe Reding se sent seul. De sa main droite, l'ancien professeur de droit et d'économie de Pierre Gramegna, Luc Frieden ou François Biltgen appelle son fidèle directeur, Willem Dullemond, à s'assoir à côté de lui.

Devant cet homme seul à qui la justice a donné tort à deux reprises, un dossier de dix centimètres de haut avec les articles parus sur la fermeture "surprise" de l'hôtel Mercure Alfa, parfois passés au surligneur vert fluorescent et tous les documents nécessaires à laver son honneur. 

Pour celui qui se décrit comme un des derniers vrais Luxembourgeois issus du quartier de la gare, il s'agit de démontrer, au cours d'un monologue de plus d'une heure, comment le mystérieux investisseur suisse, majoritaire dans Alfa Hôtel, se comporte dangereusement avec un hôtel qui retrouvait un rythme de croisière, comment l'avocat luxembourgeois de cette société, Pierre Metzler, semble jouer un rôle troublant, comment Accor, qui était sous contrat de marque avec la société de M. Reding pour la gestion de l'hôtel, paraît prête à se passer des Luxembourgeois pour l'exploiter elle-même.

 "Le méchant, c'est moi!" 

"Les mêmes qui déclarent qu'ils se soucient du personnel et des investissements nous disaient que cela leur était égal", lâche M. Reding après une longue tirade sur l'histoire de cet hôtel mythique. "Sabotage", "destruction", "déguerpissement", le langage est sans détour. Même le représentant de l'OGBL, Romain Daubenfeld, est invité à "choisir son camp".

"Le méchant, c'est moi! J'ai perdu tout ce que j'ai eu". La voix est grave. Reconnaissant être caution personnelle, l'entrepreneur évoque un problème de santé pour dire qu'il ne veut pas en parler, laisse entrevoir une catastrophe entreprenariale. "Je n'ai rien à perdre..."

Dans la soixantaine de pages, des fac similés de documents et de mails qu'il estime pouvoir mettre sur la table sans trop se soucier de la confidentalité, il affirme que "la société bailleresse (Alfa Gestion) a consenti une réduction du loyer mensuel à 57.500 euros hors TVA à partir du moi de mai 2014 - accord qui a cependant été mis en cause par l'actionnaire principal suisse. Il est à noter que le montant convenu de 50.000 euros augmenté de la TVA a été réglé sans exception jusqu'au mois de mars 2017 inclus." 

Sans cet accord de réduction, le loyer se serait monté à 98.000 TTC et "les extraits comparatifs du compte d'exploitation de fin mai 2014 démontrent qu'avec un paiement d'un loyer supérieur à 50.000 euros HTVA, le résultat d'exploitation serait négatif."

Le chiffre d'affaires de l'hôtel, six millions d'euros annuels, aurait pu monter à 9 millions d'euros après les rénovations que le bailleur ne veut, selon lui, pas payer. De quoi dégager "quelques pourcentages de bénéfice", une fois qu'est payé le "gros tiers de frais de personnel, le petit tiers de marchandises et le tiers pour tout le reste". 

La réouverture de l'hôtel Alfa pourrait prendre plusieurs mois
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Guy Jallay

Une offre à 42 millions d'euros bloquée 

M. Reding précise aussi qu'il fait tout pour payer le salaire de ses 70 à 80 salariés afin d'éviter une faillite de la société, espérant profiter de ce temps supplémentaire pour poursuivre les discussions avec le groupe Accor. 

Car Alfa Hôtel ne discute plus avec la filiale belge, selon lui, c'est à Paris et avec Serge Bazin, le p.-d. g. d'Accor Hôtels, et Gérard Pélisson, le fondateur du groupe hôtelier et dirigeant de l'Institut Paul Bocuse, que les tractations se poursuivent. "Ils n'étaient même pas au courant", affirme-t-il, ajoutant aussitôt "comme cela peut se passer dans les grands groupes internationaux."

Non seulement, ajoute-t-il, la société du Suisse n'a jamais investi un euro dans l'hôtel mais le Suisse a, par l'intermédiaire de son avocat à Luxembourg, bloqué toute évolution de l'actionnariat. 

Il cite une offre à 42 millions d'euros pour la reprise d'Alfa Gestion. Dans une copie d'un mail du 28 février dont il est impossible de vérifier l'authenticité, Rolphe Reding rassure Nico Rollinger que plus de 25 millions d'euros, par le fonds d'investissement AINA, sont disponibles pour cela auprès de la BIL. Le fonds "exige le plein maintien opérationnel en place et dans les lieux, de l'exploitant actuel".

Un avenir impossible à prédire

Dix jours plus tard, Reding écrit au patron du fonds d'investissement, Jaume Tapies, que le rapport fait par Me Metzler à son confrère suisse Werner Würgler, "est loin de rendre correctement les explications et les confirmations" que tous les acteurs ont données le 2 mars. Autrement dit que le doute plane sur la sincérité de leur offre. C'est le Suisse qui a peur de se voir débarqué de la structure.

Que peut-il se passer? Soit Accor abandonne son offre et le Suisse regarderait peut-être différement l'offre de rachat. Soit Accor maintient la sienne et on ignore la suite. Soit M. Reding ne peut plus faire face à ses charges et sa société sera mise en faillite. Le bailleur (suisse) devra alors se remettre en quête d'un nouvel exploitant, ce qui peut prendre quelques mois. Quelques mois au cours desquels l'hôtel restera fermé.

Même s'il confie que le ministère de l'Economie suit le dossier avec attention, on imagine mal une implication autre qu'un coup de téléphone au camp suisse.


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