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EY Luxembourg: «Il est temps de voir l'Afrique autrement»
Wirtschaft 7 Min. 06.12.2018

EY Luxembourg: «Il est temps de voir l'Afrique autrement»

L'Afrique se différencie des autres régions du monde par la façon dont elle accapare et exploite les nouvelles technologies.

EY Luxembourg: «Il est temps de voir l'Afrique autrement»

L'Afrique se différencie des autres régions du monde par la façon dont elle accapare et exploite les nouvelles technologies.
Photo: AFP
Wirtschaft 7 Min. 06.12.2018

EY Luxembourg: «Il est temps de voir l'Afrique autrement»

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
Aïssata Coulibaly, senior manager chez EY Luxembourg, explique l'engouement du private equity pour le continent africain.

Après avoir été longtemps absent des radars des investisseurs internationaux, le continent africain est en train de prendre sa revanche et de revenir petit à petit au centre de l'économie mondiale. Avec la forte croissance économique des dernières années, cette région connaît aujourd'hui un net regain d'intérêt pour les fonds de private equity ou capital-investissement. Tendance ou nouvel eldorado? Aïssata Coulibaly, senior manager chez EY Luxembourg et membre de l'association LuxAfrica, évoque les principaux enjeux.

Aïssata Coulibaly, l'Afrique est-elle en train de devenir le nouveau terrain de chasse des investisseurs?

Force est de constater que le continent a pour des raisons très factuelles un potentiel considérable pour les investisseurs de private equity et venture capital. Le continent africain donne en effet accès à 350 millions de consommateurs de la classe moyenne et regroupe six des dix économies en forte croissance à l'échelle mondiale. Il convient également de souligner que les changements au niveau des règles d'allocation d'actifs des fonds de pension en Afrique du Sud, au Nigeria, en Namibie et au Kenya permettent désormais aux fonds de pension de pouvoir investir davantage dans du private equity, ce qui génère des opportunités conséquentes pour les professionnels du private equity d'un point de vue de la levée de fonds. Ces éléments démontrent qu'il y a un potentiel concret, palpable et tangible en Afrique qui nécessite effectivement qu'on s'y intéresse plus tôt que tard.

Cette dynamique dans l'industrie du private equity se concentre donc essentiellement sur quelques pays...

Durant longtemps, l'Afrique du Sud a été la destination incontournable des fonds de private equity désireux d'investir en Afrique. Nous constatons cependant que cette tendance s'inverse car les investissements de fonds de private equity sont progressivement en train de se reporter sur le reste du continent. Au-delà du Nigeria qui est la locomotive économique de l'Afrique occidentale, nous constatons que le Ghana, le Cameroun ou la Côte d'Ivoire, attirent de plus en plus les fonds de private equity. L'écosystème se développe donc de plus en plus sur l’ensemble du continent avec le Maroc qui domine au Maghreb.

Aïssata Coulibaly: «Nous voulons donner la possibilité aux investisseurs aguerris mais encore frileux par rapport à l'Afrique d'être exposés à des faits, des réalités concrètes et des retours d'expériences.»
Aïssata Coulibaly: «Nous voulons donner la possibilité aux investisseurs aguerris mais encore frileux par rapport à l'Afrique d'être exposés à des faits, des réalités concrètes et des retours d'expériences.»
Photo: Guy Jallay

Le secteur qui bénéficie le plus de ces investissements est le secteur technologique. Comment l'expliquez-vous?

Le rôle des téléphones mobiles dans l'accès aux services de bancarisation en Afrique n'est plus à démontrer suite au succès phénoménal des solutions de paiement via téléphones mobiles en Afrique. Les réseaux de téléphonie mobile ont largement contribué à démocratiser l'accès à Internet, qu'il s'agisse des zones urbaines et rurales, voire également celles reculées. Cela a permis d'apporter des solutions à de nombreux problèmes du continent tels que l'accès à l'électricité en zones rurales, ou encore la mise à disposition d'applications de télémédecine. Cela témoigne de l'importance du secteur technologique en général et de la connectivité et du haut débit en particulier comme tremplin vers l'inclusion sociale et économique en Afrique. Il s'est donc développé tout un écosystème de services intégrant le private equity et le venture capital qui permettent à terme d'utiliser cette connectivité à bon escient pour résoudre les besoins de base des Africains.


27.2.2018 Luxembourg, Kirchberg, bâtiment EY, Ernst & Young, ernst and young, HighWave Capital, finTech- startup,  photo Anouk Antony
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Des besoins énormes, surtout en matière d'éducation et de soins de santé...

La connectivité sert également l'éducation parce que les «massive open online courses» (MOOC) que l'on voit beaucoup se développer en Europe sont de plus en plus utilisés en Afrique également. Il existe aujourd'hui beaucoup d'entrepreneurs dans le domaine de l'éducation qui utilisent justement la technologie pour toucher les populations rurales par exemple. En matière de santé, on peut désormais vendre des assurances au travers d'applications mobiles rendant de ce fait les assurances de santé accessibles au grand nombre. 

Mais du côté des infrastructures, les technologies sont un peu plus difficiles à appliquer...

Les dépenses en infrastructures en Afrique sont de plus en plus effectuées au travers du private equity. Selon la Banque mondiale les dépenses en infrastructure en Afrique vont atteindre 180 milliards de dollars d'ici 2025. Il y a donc un énorme potentiel pour ce secteur et bien évidemment les pouvoirs publics des pays africains ne seront pas à même de financer intégralement ces besoins financiers. Ils auront donc besoin de capital-investissement pour pouvoir financer ces projets et atteindre leurs objectifs, d'où les montants importants investis dans ce domaine en Afrique par les fonds de private equity.

Qui investit en Afrique aujourd'hui?

Il existe plusieurs catégories d'investisseurs. Il s'agit d'abord des «development finance institutions» (DFI), notamment la Banque européenne d'investissement et sa consœur la Banque africaine de développement qui soutiennent beaucoup le développement économique de l'Afrique. On retrouve aussi outre le private equity et le venture capital, les high net worth individuals ainsi que les family offices qui commencent à investir directement sur le continent. On constate donc effectivement que de plus en plus d'investisseurs s'intéressent à l'Afrique, mais pas suffisamment pour créer un momentum qui entraînerait de gros investisseurs américains, comme les fonds de pensions par exemple.

Le business modèle du private equity est très favorable à l'intégration de considérations environnementales et sociales.

Qu'est-ce qui les retient?

Il y a encore beaucoup d'idées préconçues par rapport à l'Afrique. Il y a un gros écart entre les sociétés qui opèrent déjà dans la région et celles qui regardent l'Afrique avec un regard très sceptique. Le but d'associations comme LuxAfrica est justement de favoriser le dialogue, de créer des plates-formes et des mécanismes d'échanges pour permettre de croiser les expériences. Nous voulons donner la possibilité aux investisseurs aguerris mais encore frileux par rapport à l'Afrique d'être exposés à des faits, des réalités concrètes et des retours d'expériences. Il y a des investisseurs et opérateurs qui sont très actifs sur le continent et qui arrivent à réaliser des retours sur investissements importants, quand bien même des challenges existent. Ces investisseurs doivent être mis plus souvent sous les projecteurs. Les success stories africaines ne sont pas suffisamment relayées auprès de la communauté d'investisseurs.

Pourtant, il ne faut pas sous-estimer les risques, notamment en matière de transparence vis-à-vis des autorités...

Cela reste en effet un challenge. On a tout de même une classe dirigeante qui s'est renouvelée au cours des dernières décennies. Les standards de gouvernance commencent à être des standards internationaux, voire même un peu plus poussés dans certains cas. Les thématiques environnementales, sociales ou de gouvernance (ESG) sont de plus en plus implémentées sur le continent. On parle beaucoup d'impact investing, de comment investir de façon à créer un impact positif dans la communauté dans laquelle on vit. L'Afrique est très demandeuse de projets qui ont un impact social et environnemental et souhaite voir émerger une classe d'investisseurs soucieuse de ces thématiques.

L'époque de l'Afrique complètement corrompue et de mauvaise gouvernance, elle existe encore dans certains pays, mais elle commence à être révolue. Il est temps de voir l'Afrique autrement. On est à un stade où l'éthique s'installe dans les affaires. Je ne le verrais donc pas comme une grosse difficulté, mais plutôt comme un challenge à considérer par chaque investisseur, mais un challenge qui n'est pas insurmontable.

Quel rôle l'industrie du private equity peut-elle jouer dans ce domaine?

De par sa structure et sa taille l'industrie du private equity peut jouer un rôle important dans la façon dont les considérations ESG sont intégrées dans la finance. Le business modèle du private equity est très favorable à l'intégration de considérations ESG. Il y a d'abord tout ce qui est «screening initial» pour savoir dans quel business un private equity doit investir. Les critères de sélection intègrent également les considérations environnementales et sociales.

Autre point positif pour le private equity: la période pendant laquelle les sociétés de portefeuille sont détenues par les fonds de private equity. En moyenne on parle de cinq ans et demi. Comparé à un portefeuille d'actions en sociétés cotées, la moyenne de détention est un peu moins d'un an. Du fait que le private equity a un terme d'horizon beaucoup plus large, les investisseurs peuvent mieux intégrer les considérations ESG dans le modus operandi de l'industrie. Cela ne peut être que positif pour l'Afrique.


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