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Best of 2015: Satellite: SES, le pari fou de la "Souris qui rugit"
Pierre Meyrat, Pierre Werner et Jacques Santer à l'heure de la réussite d'un projet fou

Best of 2015: Satellite: SES, le pari fou de la "Souris qui rugit"

Photos: archives LW sauf mentions particulières
Pierre Meyrat, Pierre Werner et Jacques Santer à l'heure de la réussite d'un projet fou
Wirtschaft 2 18 Min. 24.12.2015

Best of 2015: Satellite: SES, le pari fou de la "Souris qui rugit"

Trente ans après, plongée dans ces instants où le géant mondial des satellites n'était encore qu'une intuition de quelques hommes. Ou comment le Luxembourg, cette "souris qui rugit", a bousculé industriels, politiques et financiers pour y arriver.

«Ce satellite, s'il se réalise, dérangera certaines habitudes! Mais le gouvernement est d'avis que personne ne peut nous contester le droit de participer à l'essor de nouvelles technologies qui, comme telles, modifient profondément le paysage de la réception des ondes hertziennes!» Une fois de plus, en ce mois de décembre 1983, le Premier ministre, Pierre Werner, est obligé de défendre le projet de satellite que le gouvernement a repris à son compte pour profiter des cinq fréquences attribuées en 1977 par la Conférence mondiale administrative de la Radio à Genève. L'année a été animée, tant les discussions de la tripartite sidérurgie occupent la population, l'opposition, les syndicats et la une des médias. 

Mais il a assez attendu! Cinquante ans après que le Luxembourg a pu s'inscrire sur la carte mondiale en devenant un centre de diffusion de programmes de radio, Pierre Werner rêve de pouvoir, une fois encore, réussir un fameux coup avec le satellite. «Seulement la CLT, qui diffuse RTL Radio, compte avec Havas indirectement le gouvernement français comme actionnaire de référence», raconte un acteur de cette époque, qui préfère rester anonyme. «Les Français ont investi beaucoup pour un satellite national, le TDF, tout comme les Allemands, avec TV Sat. Alors à Luxembourg, Gust Graas, le patron de la CLT, a un peu les pieds et les poings liés.» Il tergiverse, affirme à la commission parlementaire sur le satellite qu'il veut attendre de savoir comment le projet français va se développer, qu'il ne peut pas répondre aux demandes du gouvernement. «C'est dommage», affirme notre témoin, «car Graas est un pionnier, un visionnaire. Bien qu'il soit du même bord politique que Pierre Werner, il a dû en passer par ce moment difficile!» 

Adrien Meisch, 
ce «pianiste hors pair» 

Adrien Meisch et Candace Johnson
Adrien Meisch et Candace Johnson

Fille d'un général américain spécialisé dans les satellites et détaché par l'US Air Force auprès de la Maison Blanche, Candace Johnson est, en 1978, responsable d'un programme de musique classique et s'occupe de syndication de contenu chez Parkway. «Tout le monde me disait que je devrais faire un reportage sur Adrien Meisch, un pianiste hors pair.» La jeune femme rencontre donc l'ambassadeur de Luxembourg aux Etats-Unis à Washington. Ils deviennent amis… et se marient trois ans plus tard. 

«A cause de la Guerre froide, il n'était pas si évident qu’un ambassadeur puisse se marier à une Américaine», se souvient-elle. «Alors je suis venue au Luxembourg pour la première fois. Le Premier ministre, Pierre Werner, m'a accueillie chez lui et m'a montré ce qu'était le Luxembourg. Un pays de châteaux. Le lendemain, j'ai vu la ministre des Affaires étrangères, Colette Flesch. Je n'avais que 28 ans et comme la plupart des politiques étaient plus âgés – j'avais moi-même 23 ans de moins que mon futur mari – ils avaient invité la jeune génération, comme Lydie Polfer, pour le déjeuner. Je suis repartie aux Etats-Unis avec une lettre de recommandation!» 

Convaincue de l'avenir du satellite depuis que son père lui a ramené pour Noël une réplique du Spoutnik 1, lancé 25 ans plus tôt par l'Union soviétique, elle entend parler de Clay T. Whitehead, qui préfère qu'on l'appelle Tom. 

Clay T. Whitehead était passé par le cabinet de Richard Nixon
Clay T. Whitehead était passé par le cabinet de Richard Nixon
http://claytwhitehead.com/

A peine sorti du prestigieux Massachusett Institute of Technology, en 1968, le jeune homme avait directement intégré la garde rapprochée du président Nixon. Dans une note politique, il explique au président américain empêtré dans le Watergate qu'un programme de satellites permettrait l'émergence de nouveaux acteurs des médias et donc de desserrer l'étau autour des affaires de la Maison Blanche. Elle l'appelle pour le convaincre de rencontrer les Luxembourgeois, du 5 au 8 avril 1983. Whitehead a quitté l'administration américaine en 1979 pour un poste sur mesure dans une société créée pour lui par l'aventurier-aviateur Howard Hughes, à la tête de la Howard Hughes Communication. 

    Dat do ass quatsch!

Whitehead, un homme discret 
à la voix monotone

Alors que la communication hertzienne offre des fréquences en nombres limitées et sous contrôle des autorités nationales, la diffusion directe de programmes de télévision grâce à des satellites auprès d'antennes individuelles permettrait de complètement bouleverser le marché. L'Américain est certain de l'évolution du secteur vers des satellites plus puissants, des paraboles plus petites, davantage de canaux et le copositionnement de plusieurs satellites autour d'une position orbitale. 

«Quand Tom Whitehead a débarqué au Luxembourg en 1983», en avril, se souvient Paul Zimmer, alors commissaire de gouvernement, «c'était un Américain discret à la voix plutôt monotone. Il a présenté son projet au Premier ministre. Cela semblait hautement invraisemblable du point de vue technologique. D'ailleurs, lorsque Pierre Werner en parla aux ingénieurs des P&T, ils répondaient que le projet contredisait tout leur savoir en la matière.» 

Joseph Heinen, Adrien Meisch et Charles Dondelinger
Joseph Heinen, Adrien Meisch et Charles Dondelinger

 «Dat do ass quatsch!», répondent en choeur les Joseph Heinen, Charles Dondelinger, Marcel Gross et Marcel Heinen. Normal, parce que l'Américain a construit son projet sur son expérience américaine, alors que les Européens ont autant de projets que de pays. Le front dégarni, la mèche de cheveux à droite et de grosses lunettes noires, Tom Whitehead suggère de construire un satellite de communication pour diffuser la télévision sur des bandes de fréquence différentes. Et au lieu des quatre répéteurs du satellite imaginé par la CLT, il suggère seize répéteurs pour autant de chaînes! Ce qui aujourd’hui semble presque anodin est une révolution: à ce moment-là, les Français ont deux chaînes, publiques, les Allemands deux et les Britanniques une. Quatre fois plus de chaînes, on ne sait même pas ce qu'on pourrait en faire. 

Au directeur général adjoint des P&T, Charles Dondelinger, qui explique pendant un quart d'heure à M. Werner que «malgré ses mérites, le projet de Whitehead allait générer une opposition énorme et insurmontable en Europe», Whitehead répond lui-même du tac au tac: «Si nous faisons un parcours sans faute, nous réussirons!» Ni une, ni deux, le Premier ministre décide de le faire. A l'Union internationale des télécommunications qui tente de remettre de l'ordre dans le ciel et qui a donné au Luxembourg cinq fréquences et une position orbitale à 19 degrés Ouest, le Premier ministre dira qu'il accepte cette licence, rebaptisée «GDL». 

Le Premier ministre et son chef de la diplomatie, Colette Flesch, décident d'écrire aux président français François Mitterrand et chancelier allemand Helmut Kohl pour leur expliquer le point de vue mais le dossier va prendre plus de temps que prévu: la demande des nouvelles fréquences qui arrive en Suisse… comporte des erreurs et est retoquée. Elle devra être réécrite et renvoyée à l'automne 1983. 

Personne en Europe n’a encore vraiment compris où voulait en venir le Luxembourg et les cadres de l'entreprise des Post et Communications doivent se battre pour défendre leur idée à EutelSat, fédération des administrations des P&T de 28 pays européens. «Les discussions sont allées très loin, parfois jusqu'au milieu de la nuit. Je n'ai plus jamais vécu des instants aussi épuisants», raconte Charles Dondelinger, le directeur adjoint. «Une nuit, le directeur d'EutelSat, Andrea Caruso, a cassé sa chaise de rage. Mais nous avons fini par faire passer le projet. Tout juste!» 

Entouré par Margaret Thatcher, François Mitterrand, Wilfried Martens et Helmut Kohl, le Premier ministre, Jacques Santer, a dû passer des heures à convaincre
Entouré par Margaret Thatcher, François Mitterrand, Wilfried Martens et Helmut Kohl, le Premier ministre, Jacques Santer, a dû passer des heures à convaincre


L'Américain est revenu au début de l'été 1983 pour poursuivre les discussions. Jusqu'à la création au Luxembourg d'un bureau d'études, la Coronet. Suscitant le premier véritable grincement de dents: Coronet était pour Whitehead la traduction de «petite couronne», en référence à la monarchie luxembourgeoise… Une condescendance mal ressentie... 

Roland de Kergolay, 
un comte qui s'investit sans compter 

Une autre personnalité joue un rôle important à ce moment-là: le comte belge Roland de Kergolay, ambassadeur de l'Union européenne aux Etats-Unis, que Meisch et son épouse connaissent personnellement, dont le contrat se termine et qui veut rentrer en Europe. Le comte apporte directement un million de dollars à l'aventure Coronet. Il active aussi ses réseaux européens pour faire avancer la compréhension et l'adhésion au projet. Il faut réaliser que celui-ci doit être mené rapidement, dans le plus grand secret pour éviter que d'autres n’aillent plus vite que le Luxembourg et que le gouvernement ne peut assumer publiquement le financement total de cet audacieux pari. 

L'argent du Comte fut un élément clé d'autant que son engagement sera réaffirmé à de nombreuses reprises. En face de l'hôtel Royal, dans un local qui abritait un magasin de copies, l'ingénieur américain emmène quand même un ami avec lui, Steve Koltai, de la Goldman Sachs, et un cabinet d'avocats. Trois jeunes Luxembourgeois sont recrutés: Mario Hirsch, Carlo Rock et Ferdinand Kayser. «Nous étions des aventuriers», raconte ce dernier, «dans nos petits bureaux, les étagères étaient vides, signe que nous avions tout à écrire!» 

  Our story was the stuff of a Hollywood movie! I should know, I was at Warner Bros for almost 10 years!  In the end, though, we pioneered an extraordinary change.

 Steve Koltai  

L'opposition française et allemande surtout, britannique aussi, est très forte. On ne s'embarrasse guère de diplomatie pour décrire ce «Coca Cola satellite» et le risque qu'il fait peser sur la culture européenne. Ce que le gouvernement ne sait pas encore, c'est que Whitehead a déjà signé un accord avec HBO Time Warner qui, contre 250.000 dollars, entend obtenir des parts dans la future société qui sera créée au Luxembourg. De leur côté, les décideurs imaginent la SLS, pour Société luxembourgeoise de satellites. 

Jacques Santer 
face au néant 

Quelques-uns des artisans du succès de la SES
Quelques-uns des artisans du succès de la SES

L'année suivante, en 1984, année d'élections, Pierre Werner décide de se retirer de la vie politique et de confier les clés de la maison Luxembourg à son successeur et confident, Jacques Santer. «Nous étions face au néant sur le sujet du satellite», se souvient ce dernier. «Le jour de mon assermentation chez le Grand-Duc, j'ai convoqué tout le monde, chez moi, pour une réunion de crise. Nous avons décidé d'aller encore plus loin que ce que nous avions décidé jusque-là en prenant 20% du capital.» Nous sommes le vendredi 20 juillet 1984 et Jacques Santer vient de prendre le pari le plus osé de l'histoire moderne. «Nous aurions pu payer les 74 millions de francs luxembourgeois engagés et renoncer au projet», raconte-t-il dans l'ouvrage réalisé il y a cinq ans à l'occasion du 25e anniversaire de la SES. «Ou bien nous pouvions prendre un risque et créer quelque chose sans précédent.» 

Le gouvernement garantira plus tard les 3,6 milliards de francs luxembourgeois (100 millions de dollars) nécessaires au lancement du satellite, argument qui sera là encore 
décisif pour rassurer les investisseurs. «Il a aussi discrètement tordu les bras des banquiers de la place, notamment les Allemands en leur expliquant qu'après avoir profité de la fiscalité luxembourgeoise, ils pourraient difficilement ne pas participer financièrement à l'aventure», raconte le témoin anonyme. 

De fait, au côté de Corneille Brück, alors directeur de l'inspection des finances et futur administrateur de la SES, et de Raymond Kirsch (SNCI), Meinhard Carstensens pour la Dresdner Bank et Ekkehard Storck pour la Deutsche Bank acceptent, le milliardaire suédois Jan Stenbeck – le seul à intervenir à titre d'investisseur privé et non bancaire ou financier – et la SGB, complètent le tour de table. La légende dit que la Société générale n'a jamais déboursé un seul centime mais que l'argent venait des deniers personnels du comte de Kergolay. Il a en tout cas obtenu de l'aide de son ami, le Vicomte Etienne Davignon, alors vice-président de la Commission européenne en charge de l'Industrie jusqu'en 1984 qui rejoindra en 1985 la Société générale de Belgique. Seul privé de l'aventure, Stenbeck a un contrat particulier qui «l'invite» à réinjecter d'éventuels bénéfices au Luxembourg et au Luxembourg seulement, d'où la création plus tard du spécialiste du paiement à la carte de crédit, de Millicom International et de l'opérateur GSM Tango à partir du Grand-Duché. Loin des réticences politiques, les businessmen avisés défilent. 

«On a vu arriver au Luxembourg ceux qui allaient devenir des superstars des médias, les Silvio Berlusconi, Ruppert Murdoch et Leo Kirch. Eux avaient bien compris que ce premier satellite d'une société privée, même adossée à un gouvernement, pouvait révolutionner le paysage audiovisuel en permettant le lancement de nouvelles chaînes privées!» En réalité, ils sont cinq à être invités à venir à Luxembourg: mais le Belge Albert Frère, actionnaire de la CLT, et le Nancéien André Rousselet ne semblent pour l'instant pas très chauds à l'idée de devenir les premiers clients de ce projet. La situation est compliquée pour le Français, à la fois l'ami personnel du président français, François Mitterrand, le plus hostile au Coca-Cola Satellite, et le père de Canal +, la célèbre chaîne privée et cryptée. Alors que les premiers quittent l'aventure Coronet, comme le jeune Ferdinand Kayser, qui y aura passé neuf mois, pour aller… chez RTL, la Société européenne des satellites voit officiellement le jour le 1er mars 1985 à la rue de Strasbourg. 

Pierre Meyrat, un producteur suisse de cinéma
Pierre Meyrat, un producteur suisse de cinéma

Dès janvier suivant arrive un directeur européen. Suisse. Pierre Meyrat. Ce producteur de cinéma, à qui l'on doit quelques jolis succès comme Pourquoi Paris? avec Charles Aznavour et Annie Girardot en 1962, Une fille pour l'été en 1959 ou Si tous les gars du monde en 1955, venait de commercialiser le premier réseau câblé, Telenet. Il va véritablement faire entrer le projet dans une nouvelle dimension, celle du marketing. Directeur du New Media Group de NewsCorp, John Tydeman, qui connaît le projet depuis que Murdoch lui en a parlé, a déjà sauté dans l'aventure, surpris qu'autant de questions restent ouvertes, dira-t-il plus tard. «Mais Meyrat avait compris qu'un budget marketing pour ce projet nous aurait coûté au moins cent millions de dollars alors il avait préféré tenter de trouver des alliés qui nous aiderait à rendre le projet plus populaire.» 

Avant de renoncer à aller plus loin, faute de trouver des financements européens et face à la méfiance qu'ils suscite, Tom Whitehead retourne aux Etats-Unis. Il a cédé toutes les études techniques, jugées pertinentes par ceux qui tirent les ficelles en coulisses, pour deux millions de dollars, là encore probablement payés par le comte de Kergolay. Et l'assurance de pouvoir toucher 5% des bénéfices pendant vingt ans à condition de ne rien faire qui puisse être considéré comme de la concurrence au projet luxembourgeois. Meyrat a débauché un autre spécialiste du marketing, Markus Bicknell, passé de CBS à la maison de disque A&M, qui avait réussi à populariser Supertramp, Genesis et Police en Europe. 

«Nous n'avions rien! Ni fréquence, ni régulation, ni client, ni programme, ni satellite», se souvient Bicknell. «Quand je suis arrivé dans cet appartement de la rue de Strasbourg, la cuisine et le salon étaient occupés. Nous étions une douzaine, deux techniciens, un chef comptable et des secrétaires. Et nous avons cherché à recruter partout! Quand les gens ont commencé à nous rejoindre, il a fallu imaginer déménager et c'est par hasard que nous avons atterri dans une résidence du Grand-Duc qui n'était pas occupée: le château de Betzdorf». «Nous savions comment faire! Nous avons conseillé à Jacques Santer devenu Premier ministre d'aller expliquer le projet partout et tout le temps et de ne pas laisser l'idée du Cheval de Troie de l'impérialisme américain s'installer. Le Luxembourg devenait la ,Souris qui rugit‘ au milieu de tous ces chats qui guettaient…» 

  Kohl et Mitterrand nous ont menacés de sanctions si nous importions les « télés Coca-Cola » en Europe avec ces satellites ! Aujourd’hui, la SES fait des choses extraordinaires, notamment dans le bio-médical. Et les chaînes françaises et allemandes utilisent aussi ces satellites.

Jean-Claude Juncker dans un entretien au Soir (27/14/2014)

«Nous avons trouvé un accord?
 Champagne!» 

«Je me souviens de deux anecdotes», dit M. Bicknell, administrateur de la SES. «D'abord, il y a avait une étude McKinsey qui disait que notre projet était une hérésie! Une nouvelle étude qui nous a coûté 60.000 dollars a complètement changé la donne et lancé un cycle de séminaires et de réunions qui ont petit à petit permis de persuader. Nous allions partout, sur toutes les foires, dans toutes les réunions!» Lancés dans une guerre de communication, «nous n'hésitions pas à appeler des opérateurs clients des satellites existants pour leur expliquer qu'ils faisaient une erreur stratégique en signant avec ces fabricants et leurs lanceurs et leur demander s'ils ne préféreraient pas la technologie du futur.» La voix est rieuse de celle d'un gamin qui aurait réussi une bonne blague. 

Astra 1 allait révolutionner les satellites de communication pour la télévision
Astra 1 allait révolutionner les satellites de communication pour la télévision

 La SES a commandé la construction de son premier satellite, Astra 1, aux Etats-Unis et pousse la démocratisation des antennes paraboliques individuelles, sans quoi proposer des dizaines de programmes n'auraient eu aucun intérêt. Ce qui frappe les non-Luxembourgeois qui travaillent sur le projet, c'est l'extrême détermination des Luxembourgeois. 

«Au cours d'un des conseils d'administration qui ne se passait pas super bien», glisse M. Bicknell, «Etienne Davignon, qui avait quand même de l'orgueil et n'était pas n'importe qui, venu en hélicoptère, se leva pour quitter le conseil. Il regarda Pierre Werner et lui dit: la prochaine fois, j'enverrai un de mes adjoints. Non!, lui a répondu fermement son interlocuteur. Un non ferme et décidé!» 

«A un autre moment», se souvient-il aussi, «nous avions reçu au moins trois fois le directeur financier et le directeur technique de Thames TV avec Paul Zimmer. Devant l'hésitation des Britanniques, Paul avait appelé Santer. Il nous avait demandé d'emmener tout le monde au Cercle Munster. Quand nous sommes arrivés, nous sommes montés au deuxième étage, devant la cheminée allumée. Santer leur a dit: j'ai appris que nous avions trouvé un accord, champagne! Le verre à la main, c'est comme si nos visiteurs étaient éblouis. Le lendemain, ils signaient! Devenant nos premiers clients!» 10 décembre 1988. 

Le satellite Astra 1A rejoint le pas de tir d'ArianeEspace à Kourou en Guyane. «Trois ans de travail et trois ans d'efforts personnels de nos équipes mais aussi de tous ceux dont nous n'avions jamais parlé», raconte Pierre Meyrat, «tout le monde avait les yeux rivés sur les 58 mètres de haut de cette fusée. La tension était énorme.» La première nuit, le compte-à-rebours est interrompu quand les techniciens détectent une pièce à changer. Au Luxembourg, la retransmission programmée chez RTL à la Villa Louvigny, tourne court. «Je n'ai pas dormi de la nuit», expliquera Jacques Santer, resté au Luxembourg. 

A Kourou, le grand-duc héritier Henri est tout sourire, Astra1A vient rejoindre l'espace. Avec 24 heures de retard
A Kourou, le grand-duc héritier Henri est tout sourire, Astra1A vient rejoindre l'espace. Avec 24 heures de retard

Le lendemain, Astra 1 décollera en compagnie d'un satellite espion britannique, le SkyNet 4B. C'est à Betzdorf que ceux qui ne sont pas sur place célèbrent le début du succès. A Kourou, le casque collé sur une seule oreille, le grand-duc héritier Henri, peut souffler. Comme l'ex-Premier ministre, Pierre Werner, à côté de lui. «C'est un énorme succès pour notre pays», commente Henri, sans quitter la salle de lancement, quelques instants plus tard. 

La start-up de «la souris qui rugit» a décollé.

La première retransmission d'Astra 1

Pour aller plus loin:

Cet article a déjà été publié en mars 2015.