Un strident cri d'alarme rallie en ces temps le camp hétéroclite de tous les opposants au sarkozysme: l'image de la France et sa réputation comme terre de liberté et d'accueil seraient en péril. Et Nicolas Sarkozy en serait le premier coupable depuis qu'il s'est à nouveau mis à pêcher dans les eaux troubles d'un discours sécuritaire où grouillent tant de convictions inavouables.
S'il est vrai que, comme jadis à la Place Beauvau, au ministère de l'Intérieur, l'actuel locataire de l'Elysée a jugé opportun de s'occuper, dans une posture médiatiquement payante, des soucis d'insécurité d'une partie non négligeable de la population française, l'unanimité de tous les bien-pensants qui se sont alliés au-delà de toutes leurs divergences et oppositions pour s'acharner contre un président politiquement affaibli, ne suscite pas moins de questions pour autant.
Celle-ci tout d'abord: Est-ce que tous ceux qui s'offusquent maintenant contre une soi-disant dérive sécuritaire de l'actuel gouvernement français, jusqu'au point de le rapprocher au nazisme, sont eux-mêmes au-delà du moindre soupçon? Un soupçon... d'hypocrisie ne plane-t-il pas au-dessus du débat, notamment lorsque s'élèvent les clameurs de tous les détracteurs et rivaux de Nicolas Sarkozy (jusqu'à une Rachida Dati, depuis qu'elle est tombée en disgrâce à l'Elysée) qui affichent leur indignation face au choix d'un adversaire politique dont, au fait, ils n'ont fait que subodorer une vulnérabilité aussi soudaine qu'inespérée?
Michel Rocard, par exemple, est-il crédible lorsqu'il affirme aujourd'hui qu'«on n'avait pas vu ça depuis Vichy, depuis les nazis», le même qui à une autre époque voyait le rôle de la France comme terre d'accueil («La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde!» d'un tout autre oeil? Ou encore Ségolène Royal lorsqu'elle condamne la politique de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité qui «produit de la violence», et qui maintient en même temps ses propositions horripilantes sur «l'ordre juste» et l'encadrement militaire des jeunes délinquants? Evidemment tout ceci ne disculpe pas le président Sarkozy et ses «pistoleros» à la Estrosi, Ciotti ou Mariani, d'une dérive outrancière dans le souci légitime de s'en prendre à un climat de plus en plus pesant d'insécurité en France.
Il relève évidemment d'un populisme démagogique d'envisager la déchéance de la nationalité française pour délinquants «étrangers», voire d'une idéologie malsaine de vouloir s'en prendre à toute une communauté étrangère, en l'occurrence Rom, qui s'apparente mal à la noblesse des valeurs et principes que la France continue d'incarner dans le monde. Nul ne peut ignorer que l'offensive sécuritaire sarkozyste repose avant tout sur un choix tactique pour reconquérir les faveurs des Français, sans rester conscient d'un paradoxe évident.
Le style et la méthode sarkozystes ont beau être condamnables, non seulement selon les vues angéliques des bien-pensants, la délinquance et l'insécurité dans les villes et provinces françaises ne sont pas moins une réalité sidérante. Une réalité dont on ne peut nier non plus des liens avec une immigration mal assumée. Il en résout un conflit tragique avec un principe républicain majeur et nullement négociable, à savoir l'égalité de tous les citoyens devant une même loi, commune à toutes les couches de la société. Et il incombe à la politique de la faire respecter en toute dignité et fermeté.