22.08.2010 09:00 Uhr




 Leitartikel
«Summerlach»
«L'actualité ne connaît ni vacance ni vacuité»
Gaston Carré
Gaston Carr _

Nombre de nos lecteurs sont en vacances encore, tandis que d'autres viennent de retrouver leur foyer au terme d'un séjour sous des cieux plus cléments. Ceux d'entre eux qui en-deça et par-delà le Grand-Duché ont conservé l'usage de la radio, de la télévision ou de la presse quotidienne auront relevé que l'été fut pauvre en actualités, et que les médias comme chaque année semblent avoir sombré en cette forme de vacuité qu'en langue luxembourgeoise l'on nomme «Summerlach».

Qu'est-ce que le «Summerlach»? Un processus médiatique, et non un phénomène objectif. Car l'événement advient sans cesse, la rotation du monde ne s'interrompt pas à l'approche de l'été et l'actualité dès lors ne connaît ni vacance ni vacuité. Il semble par contre que les médias présupposent un désistement estival de leurs usagers, un relâchement de leur attention, une désinvolture voire une indifférence face à ce qui d'ordinaire suscite leur intérêt, émeut leur sensibilité ou interpelle leur conscience.

Il semble que les médias considèrent que le citoyen, en pliant bagage, prend congé des affaires majeures de ce monde, et qu'il faut, pour retenir son attention en vacance, lui offrir des «informations» qui ne soient pas trop exigeantes. Produits pervers de cette tactique de la moindre sollicitation: le ressassement d'une part, la prévalence du «fait divers» d'autre part.

Le fait divers est un objet légitime dans le champ médiatique, si du moins il demeure en ses marges. S'il vient par contre à être éclairé par des projecteurs excessivement puissants, ce fait divers est élevé à l'exorbitante dignité d'un phénomène de société. Or un infanticide (Villers-au-Tertre en France, fin du mois de juillet) est un drame certes, mais un drame littéralement extraordinaire, un épiphénomène donc, qui dès lors n'appelle pas l'insistant traitement dont il fit l'objet de la part des médias. Un élève agressant un enseignant dans une salle de classe reste un événement rare, et à trop le souligner les médias non seulement faillissent dans leur tâche, qui est d'adéquate pondération, mais de surcroît induisent de fâcheuses extrapolations en laissant accroire que les écoles sont à feu et à sang.

Quant au ressassement, un éclatant exemple nous en fut livré, en France encore, face au dossier Bettencourt. Des semaines durant les médias de France se sont gargarisés de ce dossier, qui n'est devenu «affaire» que par la récurrence de son évocation. Des semaines durant l'attention de la France fut requise par la fortune d'une vieille dame, titillée par des médias qui d'une part flattèrent une trouble fascination pour les grandes fortunes et leurs dérives et qui d'autre part – et cela est plus fâcheux – ont polarisé l'attention collective au détriment de maints événements de plus ample portée ou de plus éminente gravité.

Le «Summerlach» et ses divers produits de substitution répondent-ils bien à une demande? Faut-il croire, vraiment, que lecteurs, auditeurs et téléspectateurs se délestent trois mois durant de leur conscience citoyenne? Certains médias le supposent, et commettent en cela une première faute. Une seconde faute, corollaire mais plus calamiteuse, réside en ceci que ces médias induisent «in fine» ce qu'au départ ils ne font que présumer, générant cette désinvolture qui, à trop être encouragée, finit par devenir réalité.

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