Mardi 4 novembre devait avoir lieu une réunion du conseil d'administration du Musée d'art moderne Grand-Duc Jean, plus connu sous son acronyme «Mudam». Ordre du jour: la désignation du successeur de Marie-Claude Beaud à la tête de l'institution. Cette réunion a été reportée, à la fin de ce mois d'abord, puis sine die. Pourquoi cet ajournement?
Madame Beaud quoi qu'il en soit s'en va. Dans des dispositions d'esprit et vers une destination sur lesquelles il ne nous appartient pas de spéculer ici, mais laissant dans son sillage un établissement qui demeure une pomme de discorde. D'où le Mudam tient-il son potentiel conflictuel? De l'art qu'il expose d'abord, art contemporain qui par définition même est problématique, étant dénué de l'appareil référentiel qui permettrait un discours critique pertinent. Or, si l'on veut bien admettre qu'à rebours de sa dénomination officielle le Mudam a bien pour vocation d'exposer la création contemporaine, force est d'admettre aussi que c'est par le biais de cet art-là que le Luxembourg avait une opportunité majeure de s'inscrire dans le paysage culturel européen. Marie-Claude Beaud nous a-t-elle apporté cette inscription? Oui. Par la présence du Luxembourg à la Biennale de Venise notamment, d'où de surcroît elle nous revint avec un «Lion d'or» en 2003, grâce à l'apport de Su-Mei Tse dont elle assura le parrainage.
Certes, Madame Beaud a placé la barre très haut, et endossa sa charge avec une certaine radicalité. Or, c'est précisément son intransigeance qui aura assis sa crédibilité, car si l'on veut bien, une fois encore, admettre que le Mudam est un musée d'art contemporain, la directrice sortante ne pouvait accepter la moindre concession dans l'approche d'une institution qui faute de «radicalité» n'eût été qu'un musée d'art moderne parmi d'autres. Qui sera appelé à assurer sa difficile succession? Trois personnes restent en lice. Deux candidats français et un candidat autochtone, Enrico Lunghi pour ne pas le nommer. Sachant l'expertise que ce dernier a acquise à la direction du Casino - Forum d'art contemporain, sachant par ailleurs l'inclination générale à la «préférence nationale», l'on peut supposer que c'est Lunghi qui est favori dans la course au Kirchberg. Et l'on peut supposer, de même, que c'est la problématique que sa désignation générerait quant à sa propre succession du Casino qui pour partie fonde les hésitations quant à sa nomination au Mudam.
Si l'hypothèse Lunghi venait toutefois à se vérifier, il lui faudrait mettre à profit son crédit local pour susciter une adhésion populaire à un établissement qui pour l'heure en est cruellement dépourvu. On a reproché à Madame Beaud – et c'est, de toutes les injustices qui lui furent infligées, la plus mesquine – de ne point être du bercail; un successeur de souche luxembourgeoise devra faire fructifier son ancrage autochtone sans pour autant «nationaliser» une institution qui se doit de rester ouverte aux courants d'outre-Pétrusse.
C'est, on le voit, à la quadra- ture du cercle que le directeur nouveau se verra confronté. Au sein d'une institution muséale qui, parce qu'elle est privée d'assise populaire, est entièrement tributaire du bon vouloir des pouvoirs publics, à l'heure même où ces pouvoirs se montrent de plus en plus sourcilleux quant à l'usage que la culture réserve aux deniers qui lui sont octroyés.