Après cinq ans et deux mandats à la tête de l'Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois n'est officiellement pas candidat à sa propre succession. Il l'a dit et répété depuis le début de l'année.
En février, il expliquait avoir connu dans ses fonctions «beaucoup d'irritation, de nombreuses déceptions» même si «ce n'est pas la raison» de son départ. Du coup, les supputations autour de sa succession sont allées bon train.
Toujours en février, plusieurs noms circulaient déjà: le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, semblait alors avoir les faveurs de Bruxelles tandis qu'Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques, aurait cherché à savoir s'il avait une chance.
Mais début mars, c'est le nom de Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, qui prend le dessus. «Si Schäuble est candidat il l'emportera», expliquait alors à l'AFP un diplomate de Bruxelles.
Le souci, c'est que l'homme est trop libéral pour les socialistes européens et que deux Allemands ont été nommés récemment à des postes économiques importants: Werner Hoyer a pris en janvier la tête de la Banque européenne d'investissement et Klaus Regling a été nommé à l'été 2011 à la tête du Fonds européen de stabilité financière (FESF).
Aucun autre candidat sérieux n'émerge. Pour autant, Jean-Claude Juncker continue de décliner l'offre d'un troisième mandat et soutient officiellement Wolfgang Schäuble.
Mais refuserait-il réellement le poste ou veut-il simplement modifier ses attributions? C'est un des autres scénarios qui tient la corde. Quand le Premier ministre avait annoncé qu'il ne souhaitait pas rempiler, il avait aussi plaidé pour que son successeur ait un statut renforcé, qu'il devienne un «président à temps plein», sans mandat national.
Un statut qui donnerait un poids plus important au président de l'Eurogroupe dans une Union européenne qui dispose désormais d'un président, Herman van Rompuy. Or, Jean-Claude Juncker avait un temps été tenté par le poste de van Rompuy.
En mai, l'arrivée de François Hollande à la présidence française a quasiment ruiné les chances de l'Allemand Schäuble, le socialiste français étant hostile à sa nomination.
Les pressions se sont donc faites plus fortes autour de Juncker. Fin mai, le ministre français de l'Economie, Pierre Moscovici, que la rumeur avait aussi fait candidat à l'Eurogroupe, avait laissé entendre qu'il soutiendrait Juncker. Mi-juin, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a officiellement souhaité que Juncker reste à la tête de l'Eurogroupe.
Mardi, la nomination du Premier ministre luxembourgeois ne semblait plus guère faire de doute. Reste à savoir si Jean-Claude Juncker obtiendra un mandat renforcé comme il le demandait.
S'il l'obtient, ce serait alors au Luxembourg que les choses changeraient. Avec un poste à plein temps à l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker laisserait la voie libre à son successeur désigné, Luc Frieden, pour devenir le prochain Premier ministre CSV du Luxembourg.
Se poserait aussi la question de la nomination de Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne (BCE). L'actuel président de la Banque centrale du Luxembourg (BCL) fait toujours figure de favori mais deux Luxembourgeois à des postes financiers importants en Europe, cela semble difficilement envisageable.
Linda Cortey