International Publié le 09.07.12 19:33

TPIY: reprise du procès de Ratko Mladic

Le procès de l'ancien chef militaire des  Serbes de Bosnie Ratko Mladic a repris lundi à La Haye, avec la déposition du  premier témoin de l'accusation qui a raconté avec émotion sa fuite devant les  forces serbes dans la nuit du 2 au 3 novembre 1992.

«Vers minuit, le groupe s'est arrêté. Les gens disaient 'taisez-vous,  taisez-vous, les Serbes sont tout proches'», a raconté Elvedin Pasic, un  musulman de 34 ans, aux juges du Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie  (TPIY) à La Haye.  

«Juste une seconde après, les balles ont commencé à siffler, j'étais  pétrifié : j'avais l'impression que c'étaient des grosses mouches, je n'avais  pas compris que c'était des balles», a raconté, entre deux sanglots, le témoin  qui a survécu au massacre d'environ 150 personnes en novembre 1992 dans le  village de Grabovica, dans le nord de la Bosnie.  

Elvedin Pasic, qui avait 14 ans en 1992, était parti avec son père et son  oncle dans la nuit du 2 au 3 novembre d'un village où il séjournait, après avoir  fui le sien, bombardé par les Serbes à la fin du printemps.  

Il se déplaçait en compagnie d'hommes, de garçons et d'une dizaine de femmes  de la région, qui fuyaient les forces serbes de Bosnie.

«Derrière chaque arbre  où l'on essayait de se cacher, on avait l'impression qu'il y avait une balle»,  a-t-il ajouté, en costume sombre, chemise blanche et cravate rayée.  

«Nous avons continué à courir et nous sommes arrivés près d'une rivière», a  continué M. Pasic. «Mais il y avait des mines près de la rivière et 10 personnes  sont mortes», a-t-il raconté, évoquant avec difficulté un compagnon, Besim, qui,  les jambes arrachées par une mine, hurlait «donnez-moi une arme, tuez-moi!  tuez-moi!».  

Un peu plus tard, le groupe de musulmans s'est rendu aux Serbes de Bosnie et  a été conduit à l'école du village de Grabovica. Là, les hommes ont été enfermés  au premier étage, les femmes et les enfants, dont Elvedin Pasic, au  rez-de-chaussée.  

«Je pouvais aller voir mon père au premier étage mais j'étais terrifié, je  n'y ai pas été. J'aimerais tellement y avoir été», a assuré Elvedin Pasic, qui  n'a plus jamais revu son père vivant.   Le lendemain matin, il est monté dans un bus, avec les femmes et les  enfants. «Alors que le bus s'apprêtait à partir, une main au deuxième étage a  fait signe. Je n'ai pas vu qui c'était mais je vois encore cette main dans mes  rêves».

Les 150 hommes restés dans l'école ont été tués, selon l'accusation.  

Ratko Mladic, 70 ans, en costume gris et chemise blanche, a écouté le  témoin, en pleurs, sans manifester la moindre émotion, surlignant régulièrement  en rose des passages d'un document.  

Il doit répondre devant le TPIY de génocides, crimes contre l'humanité et  crimes de guerre durant la guerre en Bosnie (1992-1995), au cours de laquelle  100.000 personnes avaient été tuées et 2,2 millions de personnes déplacées.  

Selon l'accusation, ses hommes avaient tué, violé, torturé, détenu et chassé  des milliers de musulmans et Croates dans plusieurs municipalités en Bosnie,  dont Grabovica.  

Ratko Mladic est également accusé du massacre de Srebrenica, qualifié de  génocide par la justice internationale, au cours duquel près de 8.000 hommes et  adolescents musulmans avaient été tués.  

Le procès de Ratko Mladic, suspendu le 17 mai à la demande de la défense, a  repris lundi, deux jours avant la commémoration dans la région de Srebrenica du  17e anniversaire du massacre commis par les Serbes de Bosnie, où quelques 30.000  musulmans sont attendus.

A cette occasion, quelques 520 victimes, identifiées  depuis un an, seront mises en terre.   En 1995, les cadavres avaient été déposés dans des fosses communes, qui  avaient ensuite été ouvertes avec des bulldozers pour déplacer les cadavres afin  de dissimuler l'étendue du crime. Toutes les victimes n'ont pas encore été  identifiées.  

Arrêté le 26 mai 2011 en Serbie après avoir échappé pendant seize ans à la  justice internationale, Ratko Mladic plaide non coupable. Il encourt la prison à  perpétuité.

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