Cette sculpturale blonde de 37 ans aux yeux bleus perçants qui défie le vétéran et favori des sondages Olafur Ragnar Grimsson au pouvoir depuis 1996, est une candidate atypique.
La dernière enquête d'opinion, avec 37% d'intentions de vote, la place juste derrière le président sortant (44,8%) alors qu'il y a quelques mois encore elle n'avait aucune intention de briguer la fonction suprême.
Journaliste réputée, ancienne animatrice de jeux télévisés, guide touristique et sans affiliation politique, Arnorsdottir était enceinte de sept mois quand elle a décidé en mars de se lancer à l'assaut de la présidence.
«Je n'avais pas prévu d'être candidate à la présidence avec un bébé en route», a-t-elle confié au journal norvégien Aftenposten peu avant d'interrompre brièvement sa campagne pour donner naissance à une petite fille, son troisième enfant et le sixième de son compagnon.
Après en avoir parlé avec lui -Svavar Halldorsson est aussi journaliste- Arnorsdottir a estimé que concilier vie de famille et présidence d'Islande était jouable.
«Svavar et moi nous avons une carrière à mener, nous avons des emplois à plein temps, des métiers exigeants, tout en élevant une famille, comme le font la plupart des parents islandais», a-t-elle expliqué à la revue Reykjavik Grapevine.
Si elle gagne elle a dit qu'elle continuera d'allaiter son enfant tandis que son compagnon s'occupera de la maison pendant quelques années.
S'étant forgé une solide réputation de journaliste avec ses enquêtes sur la crise financière islandaise de 2008, Thora Arnorsdottir a regretté que son pays qui a rapidement retrouvé la croissance, ne tire pas de leçon de ses erreurs.
«Nous avons tous senti un fort besoin de changement dans le pays», dit-elle.
Se décrivant comme une candidate qui, à la tête de l'Etat, recherchera le consensus, elle reconnaît que la fonction présidentielle en Islande est surtout symbolique mais qu'elle jouit aussi d'«un grand pouvoir d'influence».
«Le président doit rassembler, il ne doit pas accroître les divisions», dit-elle à l'Iceland Review. Il doit être totalement apolitique, estime-t-elle dans ce qui semble être une allusion aux positions au contraire tranchées du président sortant.
Elle est aussi favorable à une limitation à trois mandats présidentiels de quatre ans alors que son adversaire brigue un cinquième mandat, la constitution ne prévoyant pas de limite.
L'Islande est un pays pionnier dans la défense du droit des femmes et de voir une jeune mère de famille se battre pour la présidence n'est pas totalement insolite dans ce pays.
Vigdis Finnbogadottir a été la première femme de la planète à être démocratiquement élue présidente (1980-1996), la Première ministre Johanna Sigurdardottir est ouvertement homosexuelle, et l'Eglise islandaise vient d'ordonner sa première femme archevêque.
Mais, même en Islande, le jeune âge de Thora Arnorsdottir - seulement deux années de plus que l'âge minimum pour être candidate à la présidence - et le fait qu'elle vienne d'accoucher ont suscité quelques réprobations.
La candidate qui se définit comme «évidemment féministe» rétorque: «Je n'ai jamais laissé les autres me dire ce que je peux faire ou ne pas faire» et «les femmes ne peuvent pas être bloquées par le seul fait d'avoir un bébé».