Lifestyle Publié le 04.07.12 09:58

Népal : des rois et des dieux

Voyage au pied du toit du monde. Dans cette Suisse de l’Asie, sourdante de mille et une sources d’eau, rencontre avec un patrimoine empoussiéré, d’un autre âge, mais royal.

Escale à New Delhi, en Inde, mais la destination de rêve est mille kilomètres plus loin, à Kathmandu. Cette capitale de légende évoque aussitôt l'immensité de la chaîne himalayenne, avec ses sommets saillants et ses sherpas, mais aussi les moines tibétains, avec leurs drapeaux de prières et les si typiques « dongs » cuivrés suspendant leur méditation.

Kathmandu, dix heures le matin, un jour d'avril. Ces images de pics scintillants, gavés de neige éternelle, et de trekkings d'altitude déchirants de beauté, qu'on a à l'esprit, se brisent brutalement dans les klaxons et les fumées d'un trafic hallucinant.

Que voir donc ici, dans ces rues grouillantes tapissées de publicité et raccordées entre elles par un enchevêtrement de câbles électriques? Mais, au beau milieu d'un fatras de rues et ruelles crasseuses surgit le quartier sacré de Durbar square, avec ses temples, ses pagodes et son ancien palais royal que les Népalais, livrés à l'urgence de vivre et de survivre, semblent ne plus voir. Ici palpite le Népal authentique. Les marchés aux fleurs et aux fruits, les cyclo-pousses à sonnettes ont comme pris d'assaut, avec indifférence, ces vestiges figés d'une époque autrement plus glorieuse.

À 12 kilomètres de là, Bhaktapur (Badgaon) sonne comme un nom de Roi mythique. Passé royal pour elle aussi, dont témoigne une impressionnante collection de temples et palais. Au delà, le visiteur, plongé dans cette ville tourbillonnante, voyage dans le temps et remonte cent ans en arrière, tant on y voit à l'œuvre des potiers et des tisserands ne faisant appel qu'au feu et à la roue, sans électricité.

À nouveau, l'occidental reste sans voix devant le tumulte quotidien follement klaxonnant, éparpillé dans les traces d'une extraordinaire dévotion, toujours paroxystique et jubilante, toujours bousculante.

On ne peut se rendre au Népal sans vivre l’expérience incroyable de la route. N’importe quel voyage, à défaut d’autoroutes, prend des plombes. Les conducteurs, en guerre permanente avec le frein et la pédale des gaz, sont confrontés à d’incessants dépassements.

Nous avons vécu ce trafic folklorique pour gagner le Royal Chitwan National Park, dans le sud du pays. Dans cette réserve bien gardée, les derniers tigres du Bengale, les rhinocéros à une corne et les éléphants peuvent vivre sans risque de se faire tuer tandis que quelques petits hôtels coupés du monde proposent l’immersion totale dans la forêt, sans clim et quasi sans électricité, ainsi que des safaris secouants à dos de ces pachydermes bien cornaqués.

De retour à Kathmandu, il reste une ultime émotion à vivre, à 5 kilomètres du centre, dans le temple de Pashupatinah. Ici, la foule ondule, croyants et touristes, pour voir le spectacle des défunts ayant souhaité tirer leur révérence au vu et au su de tous, y compris d’une bande de babouins insouciants. Cette crémation en direct saisit, angoisse ou rappelle simplement à l'occidental matérialiste et consumériste cette vérité bien crue : on part nu, sous les fleurs et les hommages des proches, mais on part sans rien.

  • Voir l’Everest

A 4 km du centre de Kathmandu, le site du temple de Swayambhunath, avec ses petits oratoires couverts de cire fondue, noirs de fumée, montre une vie spirituelle intense et d’un autre âge. Son “stupa” doré (monument central du bouddhisme en forme de dôme), frappé sur ses quatres faces du regard sévère du Bouddha, domine le temple et la foule. Impressionnant.

A 18 kilomètres de la capitale, il faut aller voir le village de Changu Narayan, inscrit sur la liste des 7 sites népalais classés au patrimoine mondial. Le village, pittoresque, s’étire jusqu’à son sommet, lieu d’un temple étonnant dédié à Vishnu. Le chemin vers le temple est jalonné de maisons typiques transformées en boutiques d’artisans et d’objets d’art religieux.

Plusieurs villages d’altitude, non loin de Kathmandu, offrent des vues imprenables, par beau temps, sur les plus hauts sommets du massif himalayen. Coup de coeur pour le village d’altitude (2000 mètres) de Nagarkot, à 32 km de la capitale.

On ne peut pas aller au Népal sans monter à bord d’un petit avion de la Yéti Airlines, pour un vol d’une heure et demie (95 euros) qui, à tous les coups, fait soudain surgir l’Everest, le toit du monde, dans le hublot. Fascinant. Emouvant.

Comment y aller? Le nouveau tour-opérateur belge Imagine Travel propose des circuits de 7 jours au Népal, en collaboration avec la compagnie indienne Jet Airways, qui relie Bruxelles à Kathmandu, via une escale d’une nuit à New Delhi.

Pierre Wiame