Un mois et demi après la défaite de leur champion Nicolas Sarkozy à la présidentielle, l'UMP et ses alliés du Nouveau centre, qui disposaient d'une large majorité de 340 députés, perdraient plus de 100 sièges, selon les estimations, et n'enverraient plus que 221 à 231 élus au Palais-Bourbon.
Au premier tour, la droite parlementaire, avec 34,1%, avait déjà réalisé son plus mauvais résultat depuis le début de la Ve République, en 1958.
Avec moins de 250 élus dans la nouvelle Assemblée, elle enregistre sa plus forte défaite depuis 1981. Alors que 24 ministres du gouvernement Fillon étaient candidats, le second tour a été fatal à plusieurs d'entre eux, comme Claude Guéant et Nadine Morano, propulsée au coeur de la polémique pendant l'entre-deux tours pour ses appels du pied très insistants aux électeurs du Front national. Marie-Luce Penchard avait, elle, été battue dès le premier tour.
D'autres ténors de l'UMP se sont retrouvés au tapis, comme l'ancienne ministre Michèle Alliot-Marie et le secrétaire général adjoint de l'UMP Hervé Novelli.
A l'inverse, Xavier Bertrand, en ballottage délicat, a sauvé son siège d'extrême justesse (50,25%). D'autres responsables ont été réélus beaucoup plus largement, comme François Baroin, Bruno Le Maire, Bernard Accoyer, Christian Jacob, Laurent Wauquiez et le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé.
L'ex-Premier ministre François Fillon devait être élu dans la 2e circonscription de Paris, acquise à la droite. En revanche, son ancien fief sarthois a été ravi haut la main par le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll (PS).
M. Copé a aussitôt pris «acte de la victoire de la gauche» et s'est engagé à incarner une «opposition responsable mais vigilante». «C'est une victoire nette du Parti socialiste (...) et donc c'est une défaite nette de l'UMP», a renchéri Alain Juppé.
Plusieurs responsables, tel M. Copé, ont appelé à ouvrir «une vaste réflexion sur (les) valeurs» de l'UMP. «Une réflexion de fond est indispensable sur ce qui nous rassemble, sur le socle de nos valeurs et sur notre projet commun», a prévenu M. Juppé.
De fait, toute la campagne d'entre-deux-tours de l'UMP a été polluée par la question de sa stratégie vis-à-vis du parti d'extrême droite et le débat autour de sa consigne du ni-ni (ni FN, ni gauche), le PS l'accusant même de préparer une «alliance stratégique» avec le FN.
Les responsables de droite se sont retrouvés pris en tenaille entre la volonté de maintenir les digues érigées sous Jacques Chirac et un électorat majoritairement demandeur d'alliance avec le parti de Marine Le Pen.
Tout comme Nadine Morano, la Droite populaire, l'aile droite de l'UMP dont certains membres ont fait des oeillades au FN, a subi de lourdes pertes, ce qui pourrait donner des arguments aux tenants d'une ligne très ferme vis-à-vis de l'extrême droite.
«Le ni-ni (ni FN, ni gauche) ne suffira pas sur le long terme», avait prévenu dès vendredi Bruno Le Maire.
Les langues pourraient se délier à l'UMP, alors que la bataille pour la présidence du parti, déjà dans toutes les têtes, va s'engager. Conscient du risque, M. Copé a appelé dimanche à faire de la session extraordinaire du Parlement une «priorité absolue» et à éviter à tout prix les «querelles de personnes».
Une allusion au futur congrès de l'UMP, dont M. Copé a confirmé qu'il se tiendrait en novembre. Les quelque 240.000 militants seront appelés à y élire leur président, poste «gelé» pendant tout le bail élyséen de Nicolas Sarkozy. La bataille promet d'être féroce entre M. Copé et son rival François Fillon.
D'autres ténors pourraient entrer dans la danse, comme MM. Juppé ou Wauquiez.