International Publié le 17.08.12 07:25

Londres ne veut toujours pas laisser filer Assange

Le blocage pourrait s'éterniser entre le Royaume-Uni et l'Equateur. Londres a affirmé que la décision de Quito d'accorder l'asile à Julian Assange ne changeait rien dans son attitude à l'égard du fondateur de Wikileaks. Le gouvernement britannique n'entend toujours pas le laisser quitter le pays.

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, parle d'une "victoire importante".
Photo: AP

A peine quelques minutes après l'annonce de l'asile politique, le gouvernement britannique avait réagi. Foreign Office annonçait dans un communiqué que Londres était «déçu» par la prise de position de Quito mais que cette décision ne changeait «rien» quant à son obligation d'extrader M. Assange vers la Suède.

Le gouvernement équatorien, quant à lui, a répété jeudi soir avoir réuni de «sérieux indices» accréditant la possibilité de «représailles» contre M. Assange «qui peuvent mettre son intégrité, sa sécurité, et même sa vie en danger».

«Les autorités britanniques sont dans l'obligation de l'extrader vers la Suède. Nous nous soumettrons à cette obligation», a répondu Londres, qui avait déjà prévenu jeudi matin qu'il s'opposerait à une extradition vers Quito.

Recours possible devant la Cour Internationale de Justice

Face à l'inflexibilité de Londres, M. Patino a affirmé dans la soirée ne pas exclure de saisir la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye pour contraindre la Grande-Bretagne à accorder un sauf-conduit à Julian Assange pour qu'il rejoigne l'Equateur. Une option également évoquée par l'ex-juge espagnol Baltasar Garzon, qui coordonne la défense de M. Assange.

De son côté, la Suède a «fermement» rejeté «toute accusation» selon laquelle sa justice ne garantit pas les droits de la défense. Stockholm a même annoncé la convocation de l'ambassadeur équatorien pour qu'il s'explique sur les accusations de son gouvernement.

Branle-bas de combat diplomatique

L'Organisation des Etats américains (OEA), qui regroupe une trentaine de pays, s'est réunie d'urgence jeudi soir à Washington pour traiter des relations entre l'Equateur et la Grande-Bretagne. «Nous avons une proposition pour que les ministres des Affaires étrangères se réunissent le 23 août à Washington», mais la décision finale quant à ce projet sera prise vendredi, a déclaré le président du Conseil permanent de l'OEA, le Jamaïquain Stephen Vasciannie.

Par ailleurs, les ministres des Affaires étrangères de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) et de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba) se réuniront le week-end prochain à Guayaquil, en Equateur, pour analyser la situation.

A Londres, un appel a été lancé sur le réseau social Twitter pour manifester devant l'ambassade d'Equateur, située dans le quartier chic de Kensington, après que l'Equateur eut de nouveau évoqué jeudi une possible prise d'assaut de la représentation si l'Australien n'était pas remis aux Britanniques.

Une cinquantaine de manifestants se sont rassemblés devant l'ambassade dans la journée de jeudi.
Photo: AP

Une hypothèse qu'a semblé écarter le ministre des Affaires étrangères britannique, William Hague, estimant que la bataille diplomatique et juridique autour du cas Assange pourrait prendre un temps «considérable».

Devant l'ambassade, un groupe d'une cinquantaine de manifestants a brièvement fait face à une trentaine de policiers en gilets pare-balles après l'annonce de Quito, mais aucun trouble majeur n'y a été constaté, même si trois manifestants ont été interpellés en fin de matinée.

Assange salue «une victoire importante»

A l'intérieur de l'ambassade, Julian Assange a salué «une victoire importante», ajoutant toutefois que «les choses vont probablement devenir plus stressantes maintenant».

Peu après les déclarations de son ministre, le président équatorien, Rafael Correa, s'était exclamé sur son compte Twitter: «Personne ne va nous faire peur», comme un défi lancé aux autorités britanniques.

Dénonçant «l'arrogance» et «la prépotence» du gouvernement britannique, le Venezuela a pour sa part demandé à la Grande-Bretagne de «respecter non seulement le droit international mais aussi le droit d'asile politique» accordé à Julian Assange.

Soupçonné de viol en Suède

Le fondateur de WikiLeaks, âgé de 41 ans, a épuisé tous les recours juridiques au Royaume-Uni contre le mandat d'extradition lancé par la Suède, où il est soupçonné de viol et d'agression sexuelle. Il est réfugié depuis le 19 juin à l'ambassade d'Equateur à Londres, où il avait déposé une demande d'asile politique pour éviter son extradition.

Selon M. Patino, l'Equateur a considéré que si M. Assange «était placé en détention préventive en Suède se produirait une chaîne d'événements qui ne pourraient éviter son extradition» ultérieure dans un pays tiers comme les Etats-Unis.

S'il est extradé vers la Suède, le fondateur de WikiLeaks dit redouter d'être transféré dans un second temps aux Etats-Unis pour y répondre d'espionnage après la divulgation par son site de 250.000 télégrammes diplomatiques américains.

Aux Etats-Unis, M. Assange «pourrait être jugé par des tribunaux spéciaux ou militaires et il n'est pas improbable qu'un traitement cruel et dégradant lui soit réservé et qu'il soit condamné à la peine capitale», a estimé le ministre équatorien.

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