International Publié le 17.08.12 14:38

Les Pussy Riot, condamnées à deux ans de camp pour «hooliganisme»

Les trois jeunes femmes du groupe  de punk rock russe Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camps vendredi pour  «hooliganisme», après une «prière» contre Vladimir Poutine dans une cathédrale.

Les partisans des Pussy Riot ont condamné l'attitude de Vladimir Poutine.
(Photo: Reuters)

La sentence est tombée: les Pussy Riots ont été condamnées à deux ans de camp pour "hooliganisme". Elles avaient organisé une prière "anti-Poutine" dans une cathédrale.

Des rassemblements en faveur des prévenues ont déjà eu lieu en Russie et  sont aussi prévus dans de nombreuses villes à l'étranger, de Varsovie à Sydney  en passant par Paris et New York.  

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria  Alekhina, 24 ans, sont «coupables de hooliganisme», a déclaré vendredi la  présidente du tribunal Khamovnitcheski en commençant la lecture du jugement.  

La juge Marina Syrova a en grande partie repris les arguments du procureur  qui avait requis trois ans de camp pour avoir chanté le 21 février, encagoulées,  avec guitares et sonorisation, une «prière punk» dans la cathédrale du  Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine» du  pouvoir.  

La juge a souligné qu'il n'y avait pas eu de «repentir» de la part des  accusées, qui ont «violé l'ordre public» et «offensé les sentiments des  croyants».   Les avocats des Pussy Riot ont demandé leur acquittement. La peine maximum  pour «hooliganisme» est de sept ans de camp.  

Les trois jeunes femmes, debout dans la cage des prévenus, ont écouté dans  le calme la lecture du jugement. Nadejda Tolokonnikova, qui portait un tee-shirt  proclamant «no pasaran», souriait.  

Aux abords du tribunal, un important dispositif policier a été déployé et des barrières métalliques ont été placées de part et d'autre de la rue,  empêchant de fait tout éventuel rassemblement de masse. 

La société russe profondément divisée

Partisans et détracteurs des jeunes femmes ont afflué vers le bâtiment avant  le début de la lecture du jugement. L'affaire a profondément divisé la société en Russie, de nombreux prêtres et  fidèles dénonçant la profanation de la cathédrale et une attaque en règle contre l'Eglise.

Mais d'autres, y compris au sein de l'Eglise, ont jugé les poursuites à leur encontre et leur maintien en détention disproportionnés par rapport aux  faits qui leur sont reprochés. 

Des manifestants ultra-nationalistes et orthodoxes manifestaient devant le  bâtiment. «Je veux que les Pussy et ceux qui les soutiennent brûlent en enfer»,  a déclaré l'un d'entre eux.   Une centaine de personnes scandaient de leur côté «Liberté aux Pussy Riot !», «Liberté aux prisonniers politiques!».  

Parmi les figures du mouvement de contestation du régime du président russe Vladimir Poutine, le blogueur pourfendeur de la corruption Alexeï Navalny a  réussi à entrer dans le tribunal.  

Le chef du Front de gauche Sergueï Oudaltsov a, quant à lui, été interpellé  au moment où il tentait de franchir une barrière près du bâtiment, de même que  deux autres partisans des Pussy Riot.  

A Ekaterinbourg, dans l'Oural, une trentaine de personnes se sont  rassemblées pour soutenir les Pussy Riot.  A Samara, dans la région de la Volga, neuf personnes ont été interpellées  pendant une manifestation.  

Soutien du monde entier

L'affaire a pris une dimension internationale et les trois femmes ont reçu ces dernières semaines de nombreuses marques de soutien du monde entier. Plusieurs artistes tels que Paul McCartney, Madonna, Sting et Yoko Ono, la veuve  de John Lennon, ont exprimé leur solidarité.  

Le jugement intervient la semaine même où l'ex-agent du KGB a passé le cap des cent jours depuis son retour au Kremlin pour un troisième mandat  présidentiel, une période au cours de laquelle il a renforcé le contrôle de la  société civile afin de répondre à un mouvement de protestation inédit à son  encontre.  

Selon un sondage de l'institut Levada, cité vendredi par le quotidien  Vedomosti, la cote de popularité de M. Poutine est au plus bas depuis son  arrivée à la tête de la Russie en 2000, avec seulement 48% de personnes  satisfaites contre 25% d'insatisfaites.

En mai dernier, une enquête d'opinion  faisait état de 60% de satisfaits et de 21% d'insatisfaits. Face à la résonance de l'affaire des Pussy Riot, le chef de l'Etat a semblé  plaider début août en faveur d'une certaine indulgence, estimant que les jeunes  femmes ne devaient pas être jugées «trop sévèrement».  

Dans une interview publiée vendredi par le journal Novaïa Gazeta, les prévenues ont indiqué qu'elles ne demanderaient pas à M. Poutine de les gracier.  

«C'est à lui de nous demander, à nous et à vous, de le gracier», a déclaré  Nadejda Tolokonnikova.   «Nous allons faire appel de tout verdict de culpabilité non seulement en  Russie, mais dans les instances internationales», a prévenu l'avocate Violetta  Volkova, citée par Interfax, avant même la lecture du jugement.  

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