La solution pour surmonter la crise est d'avoir «plus d'Europe, et non moins», a affirmé vendredi la chancelière Angela Merkel à l'issue d'un sommet Italie-France-Allemagne-Espagne à Rome.
«Nous devons donner un signal et nous rapprocher dans une union politique. Nous voulons travailler sur une union politique plus importante», a-t-elle insisté.
Le président de l'UE Herman Van Rompuy a été chargé de préparer un rapport sur les moyens de renforcer l'intégration au sein de l'UE. Dans ses conclusions, qu'il soumettra aux dirigeants de l'UE lors du sommet des 28 et 29 juin à Bruxelles, il «est très ambitieux, avec des idées concrètes», a confié un responsable européen.
«Il fonde cette intégration sur une union économique, une union bancaire, une union budgétaire et une union politique», a-t-il souligné.
Le chef du gouvernement italien Mario Monti, de sensibilité fédéraliste, soutient également cette démarche. «Pour sortir dans de bonnes conditions de cette crise de la zone euro et de l'économie européenne, davantage d'intégration est nécessaire», a-t-il déclaré vendredi.
«Avec une Europe fédérale, nous n'aurons plus cette discontinuité dans les processus décisionnels», soutient son ministre en charge des Affaires européennes, Enzo Moavero.
Mais le fédéralisme est «un concept très sensible dans certains pays», car il signifie céder des pans de souveraineté nationale à des instances supérieures européennes, avertit un responsable européen.
Le Royaume-Uni ne veut pas en entendre parler. La France est pour sa part très rétive à toute perte de sa souveraineté. Il n'y aura «pas de transfert de souveraineté sans amélioration de la solidarité», a ainsi averti le président François Hollande lors de la conférence de presse commune à Rome.
«En Europe, il y a toujours beaucoup d'enthousiasme à mutualiser les fardeaux, mais beaucoup de réserves quand il s'agit de céder de la souveraineté à l'échelle européenne», raille l'entourage de la chancelière Angela Merkel.
Ces réserves sont prises en compte. «Le mot fédéralisme n'est pas utilisé dans le document que présentera Herman Van Rompuy, car il ne faut pas réveiller les vieux démons», a expliqué un responsable européen.
«Le président François Hollande ne veut pas raviver» les plaies ouvertes en France après l'échec du référendum sur la Constitution européenne en 2005, a-t-il ajouté.
Aux Pays-Bas, où les électeurs avaient également rejeté le projet de Constitution européenne, des élections législatives anticipées sont prévues le 12 septembre «et il ne faut pas braquer les débats» sur l'avenir institutionnel de l'UE, a insisté ce responsable européen.
«La construction européenne est une suite de compromis», rappelle-t-il. Elle comporte déjà des éléments de fédéralisme, comme la BCE et la Cour européenne de Justice (CEJ), a-t-il souligné.
François Hollande préconise d'avancer «étape par étape». Il l'a rappelé lors de la réunion de Rome. «Les abandons de souveraineté se construiront en fonction des mécanismes de souveraineté que nous pourrons trouver», a-t-il affirmé.
Cette politique des étapes va s'appliquer aux euro-obligations réclamées par Paris. «Une communautarisation des dettes exige nécessairement une plus forte intégration politique, et nécessitera certainement plusieurs années», a expliqué le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, à l'hebdomadaire allemand Die Zeit.