International Publié le 27.06.12 20:49

L'Europe sous pression

Angela Merkel et François Hollande se sont  retrouvés mercredi soir à Paris et ont affiché leur volonté d'»approfondir  l'union économique et monétaire, demain politique», à la veille d'un sommet  censé apporter le salut à une Europe paniquée par l'Espagne qui vacille.

(Photo: AP)

«Nous sommes aujourd'hui à la veille d'un Conseil européen important, nous  avons déjà bien travaillé. Il y a eu des progrès, notamment sur la croissance  qui a été l'objet de nombreuses discussions qui ont abouti», a déclaré M.  Hollande avant cet entretien.  

«Nous voulons, l'un comme l'autre, approfondir l'union économique, monétaire  et demain politique pour arriver à une intégration et à une solidarité», a-t-il  poursuivi.   Qualifiant la situation de «sérieuse», la chancelière allemande a parlé de  l'»obligation de construire l'Europe forte et stable de demain».

«Il nous faut  plus d'Europe, il nous faut une Europe qui fonctionne, (...) il nous faut une  Europe dont les membres s'entraident les uns les autres», a-t-elle ajouté.   Avant de rejoindre l'Elysée, Mme Merkel avait plaidé à nouveau pour une plus grande intégration et contre des  «solutions faciles», dans un discours au Bundestag, la chambre basse du  parlement.  

Il n'y a «pas de solution rapide, facile à la crise», a-t-elle prévenu  devant les députés allemands.   Des réformes structurelles dans les pays en difficulté seront «tout en haut  de l'ordre du jour» au sommet de jeudi et vendredi, a-t-elle encore souligné,  disant s'attendre à «des controverses» et à ce que «tous les yeux, ou du moins  beaucoup d'yeux, soient braqués sur l'Allemagne». 

Mais les forces de la première économie européenne ne sont pas illimitées,  et Berlin a déjà donné suffisamment de gages à l'Europe, a fait valoir la  chancelière, qui a répété son opposition à toute forme de mutualisation de la  dette en zone euro tant que les possibilités de «contrôle et d'intervention» sur  les budgets des uns et des autres n'auront pas été renforcées.  

Mme Merkel a d'ailleurs sévèrement critiqué l'accent mis dans le document  présenté mardi par le président de l'UE Herman Van Rompuy sur la mise en commun  de la dette.     

Madrid et Rome dans la tempête

Pour Berlin, toute mutualisation pré-suppose une intégration européenne  poussée qui verra les pays membres de l'UE céder de plus en plus de leur  souveraineté. C'est ce que Mme Merkel veut mettre sur la table à Bruxelles.   Mais si l'idée de plus d'intégration semble faire son chemin, elle reste  pour beaucoup une considération de second plan au regard de l'acuité de la crise  et ce, même si les Bourses européennes connaissaient un répit mercredi: à  Francfort, le Dax a fermé en hausse de 1,50%, la Bourse de Paris de 1,67%.  

La zone euro a annoncé mercredi envisager d'aider, en coordination avec le  FMI, l'île de Chypre, devenue en début de semaine le cinquième pays de l'union  monétaire à solliciter l'aide de ses partenaires.  

Quant à l'Espagne et l'Italie, elles sont plus que jamais dans la tempête.   La chute du PIB espagnol s'est accélérée au deuxième trimestre, a prévenu  mercredi la Banque d'Espagne. Le chef du gouvernement Mariano Rajoy a prévenu  que Madrid ne pourrait pas se financer longtemps aux taux actuels. L'Espagne  devait offrir mercredi 6,8% de taux d'intérêt annuel aux investisseurs sur des  emprunts à dix ans.  

Pour parer à l'embrasement de toute la zone euro, les Européens doivent  «mener des actions pour s'attaquer au besoin de croissance, au besoin de  création d'emplois», a plaidé mardi un porte-parole de la Maison-Blanche, se  faisant l'écho des attentes fortes nourries à l'égard du sommet de Bruxelles. Celles-ci risquent fort d'être déçues en ce qui concerne la croissance.

La  semaine dernière Mme Merkel, MM. Rajoy, Hollande et Monti ont donné le ton en  proposant un «pacte» visant à mobiliser entre 120 et 130 milliards d'euros, soit  environ 1% du PIB européen, à court terme.   «De la poudre aux yeux», a commenté mercredi l'hebdomadaire allemand  Spiegel, alors que Mme Merkel estime qu'elle a envoyé «un signal fort».  

La confédération européenne des syndicats s'est dite «pas très confiante»  sur une issue du sommet qui parvienne à briser «le cycle austérité-dépression».  De toute façon, «les marchés ont appris à ne pas placer trop d'espoirs dans ces»  sommets, se résignaient les analystes de Commerzbank.

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