D'un cri à un autre. Un visage qui hurle sa joie, les yeux exorbités, puis la retenue immédiate, face à la détresse d'une compatriote: c'est ainsi que Laura Flessel est entrée à 24 ans dans le quotidien des Français, un jour de sacre olympique face à une autre Française Valérie Barlois, à Atlanta en 1996.
Lundi, à Londres, dans une salle copieusement remplie par les supporters français, se sont ces derniers qui ont hurlé lorsque la dernière touche a envoyé l'icône française de l'escrime à la retraite sportive.
«C'est toujours difficile de dire au revoir quand on aime les gens», a commenté Flessel, en sanglots, après avoir longuement salué le public qui scandait son prénom sans relâche.
«C'est 25 ans de haut niveau, c'est plein de médailles, c'est des joies, des pleurs, du stress mais c'était une aventure avec plein de gens. Il y a eu des jours avec des prises de têtes, d'autres avec des larmes, du champagne... C'est tout ça ma vie!»
Un mélange de combativité portée à l'extrême et de politesse non feinte que la Guadeloupéenne portera en elle pendant tout son parcours.
«Je suis quelqu'un qui déteste la monotonie», expliquait la double championne olympique (individuel et par équipes en 1996), alors qu'elle préparait les Mondiaux 2010, chez elle à Paris.
Une impatience et une rage presque enfantine que la native de Pointe-à-Pitre a canalisé à l'âge de 7 ans en pratiquant le fleuret, la seule arme proposée alors en compétition aux jeunes filles.
Arrivée en métropole à 18 ans, Flessel passe à l'épée alors que celle-ci s'ouvre aux dames, et à l'olympisme. Laura se sent plus à l'aise dans cette arme d'instinct, à la compréhension immédiate pour le néophyte. Le premier qui touche marque le point et toutes les parties du corps sont «accessibles». Flessel y gagnera un surnom, «la guêpe», pour sa propension à piquer au pied, là où ses adversaires s'y attendent le moins.
23 ans plus tard, la voici donc qui raccroche avec dans sa besace cinq médailles olympiques, six titres de championne du monde et un sacre européen pour un total de... 24 médailles internationales.
Flessel, 41 ans en novembre prochain, a eu «l'honneur et la grande fierté» d'être le porte-drapeau de la délégation française à Londres, de quoi réveiller en elle un dernier défi.
«Je vais savourer mes Jeux, ensuite je serai derrière toute l'équipe de France olympique: c'est mon dernier challenge. Et puis après, je serai à la retraite... sportive», éclate-t-elle de rires.
L'épéiste tombera ensuite dans les bras de son mari et de leur fille de 11 ans, Leïlou. Sa famille, si importante, et sur laquelle elle a pu s'appuyer après le décès de son frère Sandro à l'hiver dernier. «Londres, c'est une réalisation familiale. Pendant 19 mois on a trinqué pour les jeux Olympiques, pour que j'y sois et que je me batte.»
Des batailles, Laura Flessel-Colovic n'en mènera donc plus l'épée à la main.
Mais elle continuera à se battre sur d'autres pistes. Car la «Guêpe», comme toujours, n'a pas l'intention de fuir ses responsabilités. Membre du Conseil économique, social et environnemental, elle préside le comité de lutte contre les discriminations dans le sport (homophobie, sexisme, racisme). Et compte bien faire triompher ce respect qu'elle a su gagner à la pointe de l'épée.
On y voit de plus en plus clair sur les visages des entraîneurs qui guideront les clubs de BGL Ligue la saison prochaine. Pour peu qu'ils se maintiennent parmi l'élite comme c'est le cas d'Etzella, en ballottage favorable à l'heure actuelle et qui vient d'engager Niki Wagner, l'ancien milieu de terrain de la Jeunesse.
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