Le film est attendu, et il ne décevra pas son public. «Doudege Wénkel», réalisé par le jeune Christophe Wagner, fera date dans l'histoire du cinéma national puisqu'il est le premier polar en luxembourgeois. La presse a pu le découvrir mercredi en avant-première, avant la sortie pour le public le 3 octobre.
A l'affiche, deux valeurs sûres: André Jung en énigmatique inspecteur Hastert, et Jules Werner dans le rôle d'Olivier, un policier border line, violent et indiscipliné. Lorsque le film débute, Olivier vient d'être suspendu pour agression sur un collègue. Peu après, son frère Tom, un policier exemplaire, est assassiné. Olivier parvient à se faire réintégrer au sein de l'équipe de l'inspecteur Hastert, chargé de l'enquête. Il veut découvrir qui est le meurtrier de son frère.
L'enquête va l'entraîner dans une direction qu'il ne soupçonnait pas, sur fond de prostitution, malversations financières et vieux scandales.
Nous sommes loin ici de l'univers du premier «Krimi» de Paul Scheuer, «Congé fir e mord», ou du «Troublemaker» de Andy Bausch. «Doudege Wénkel» est un film qui baigne dans une ambiance urbaine, réaliste, sombre. Loin des clichés sur le Luxembourg «pays de cocagne» et «paradis fiscal» où ne vivent que des nantis.
«J'avais envie de montrer un autre visage de mon pays. Le polar était pour moi un bon moyen d'y parvenir», explique Christophe Wagner. Le réalisateur, qui ne cache pas son admiration pour l'auteur de «French Connection», William Friedkin, s'est directement inspiré de certaines scènes de ses précédents documentaires (notamment «Ligne de vie» tourné dans le quartier de la gare) pour les actions de rue.
Le film offre un rôle en or à Jules Werner, remarquable en personnage à la sensibilité à fleur de peau, incontrôlable. Avec André Jung, tous deux forment un duo plutôt conventionnel dans le genre du polar (le vieux policier en bout de course et sa relève) mais qui sait émouvoir.
La caméra de Christophe Wagner, au plus près des visages, saisit les échanges de regard, les expressions, les non-dits. Une tension soutenue par un découpage dynamique des séquences. Quand à l'histoire proprement dite, elle tient relativement bien la route, même si le dénouement pourra en surprendre plus d'un.
Christophe Wagner aurait notamment pu davantage creuser la personnalité du frère, Tom, ou celle de Hastert. Il reste un angle mort dans ce scénario qui ne sera pas complètement élucidé.
Marie-Laure Rolland
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