Luxembourg Publié le 01.05.13 13:10

Adalbert Boros, le clochard le plus connu du Luxembourg est mort

Pour la plupart des gens qui l'ont connu, Adalbert Boros, dit Albert, était sûrement déjà mort. Cela fait en effet quelques années qu'Albert n'arpentait plus les rues de la capitale, plus particulièrement ceux du quartier de la gare. Ces dernières années, il les a passées à la maison de soins Schleeschen à Echternach.

L'annonce de la mort de Adalbert Boros, dit Albert, est parue dans le Luxemburger Wort le mardi  30 avril. Elle est située en page 58 en bas à gauche du journal, écrit par le Servior "Schleesschen" d'Echternach, où il a terminé ses jours.

Adalbert Boros n'était pas un grand homme politique, ni un artiste connu, ni même un dirigeant d'une grande entreprise, il n'était à vrai dire même pas Luxembourgeois, et pourtant, sa mort attriste beaucoup de personnes, comme en témoignent les très nombreuses marques de sympathie sur le réseau social Facebook.

Mercredi matin, pas moins de 620 personnes ont partagé la photo de l'annonce mortuaire sur leur page Facebook, sans parler de tous les commentaires.

Ingénieur avant de se retrouver dans la rue

Albert était un clochard, un SDF ou un "Strummert", comme on dit  en luxembourgeois. Il était surtout le plus connu de tous les "Strummerten" du Luxembourg, le plus emblématique. C'était une personnalité, un homme intelligent, cultivé qui avait un bon travail... avant ce jour où il a cessé de se battre et qu'il a choisi de devenir un outsider de la société, un marginal.

Adalbert Boros est né le 18 mai 1931 en Hongrie. Il est arrivé à l'âge de 24 ans au Luxembourg, soit en 1955, diplôme d'ingénieur en poche. Il a aidé à la réalisation du  pont Grande-Duchesse Charlotte, la roud Bréck, dont le projet est issu d'un concours international lancé par le gouvernement luxembourgeois en 1957 et qui  a été mis en service en octobre 1966. Il a également travaillé en tant qu'ingénieur sur le barrage du lac d'Esch-sur-Sûre, lequel a été inauguré en 1957.

Personne ne peut dire exactement quand Albert s'est retrouvé à vivre dans la rue, "op der Strumm". Son nouveau domicile était la gare de Luxembourg-ville. Il y dormait et passait la plupart de son temps. Ce n'est que vers la fin de sa vie qu'il a intégré le centre Ulysse, où il pouvait passer les nuits au chaud.

Un super prof pour les étudiants

Ce sont les étudiants qui ont contribué à sa notoriété. Vues ces connaissances en mathématiques, Albert devient vite une sorte de dernier secours pour les étudiants, comme en témoigne Gilles Klein. "Nous étions nombreux à lui demander de l'aide. Pour ma part, je lui payais 50 francs luxembourgeois et il m'aidait dans mes devoirs en mathématiques ou en géométrie.

D'autres lui donnaient des cigarettes. Nous nous installions alors soit à l'intérieur de la gare, soit sur un banc situé devant la gare. Il ne voulait jamais aller dans un café, mais se prenait le temps nécessaire pour tout expliquer."

Vivre pendant 50 ans dans la rue au Luxembourg

Albert n'était par contre pas très loquace dès qu'il s'agissait de parler de sa propre vie. Gilles Klein: "Dès que je lui posais la question de savoir pourquoi il vivait dans la rue, il bottait en touche ou me disait qu'il fallait mieux que je me concentre sur mes devoirs. C'était à la fin des années 70. Une fois, je lui ai demandé combien de temps il vivait déjà ainsi. Il m'a répondu, environ dix ans. Il portait déjà sa longue barbe et faisait vieux."

Certains racontent que c'est parce qu'il n'aurait pas supporté le fait que des gens se soient suicidés du pont qu'il a aidé à construire qu'il avait tourné la page et tout laissé tomber. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'aimait pas qu'on lui rappelle son passé.

Une anecdote à ce sujet nous vient de Marcel Noé, chargé de direction à la maison de soins Am Schleeschen à Echternach, où il a vécu ces dernières années. "Il est arrivé le 1er août 2006 chez nous. Je voulais lui faire plaisir en accrochant une photo du pont Grande-Duchesse Charlotte dans sa chambre. Ma surprise fut grande quand je l'ai vu se débattre avec véhémence contre cette initiative. Finalement, nous avons compris qu'il ne préférait pas que l'on lui rappelle trop son passé."

Ses dernières années à Echternach

Et Marcel Noé de continuer: "au début, nous croyions que c'était difficile d'intégrer quelqu'un de la rue, mais il n'en était rien. Albert aimait rester seul. Il allait régulièrement à la messe. Il avait ses rituels, était précis et  n'aimait pas  que nous changions quoi que ce soit, ne serait-ce que le plan de table. Il était très méfiant envers les autres et il fallait déjà le connaître pour entrer en contact avec lui. Ceci étant, il avait un gros coeur et s'occupait des autres dès qu'il avait l'impression qu'ils en avaient besoin."

Beaucoup de gens le croyaient sûrement mort avant de voir l'annonce dans le Luxemburger Wort. "Nous avons eu beaucoup de coups de téléphones de personnes lorsque l'annonce est parue dans le journal. Je savais que c'était quelqu'un de connu, mais cela surprend toujours d'autant plus qu'il n'avait pas de famille. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons insisté pour qu'un enterrement et une messe aient lieu en son honneur." L'enterrement a eu lieu mardi, la messe sera célébrée jeudi 2 mai à 11 heures à la chapelle Schleeschen.

"Il s'est endormi paisiblement"

Marcel Noé a accompagné Adalbert Boros les derniers jours avant sa mort. "Il est mort le vendredi 26 avril vers 17h30. Les jours qui ont précédé sa mort, il disait qu'il ne se sentait pas bien. Il ne voulait pourtant pas être hospitalisé. Il disait simplement qu'il allait mourir. Il s'est endormi paisiblement."

Marc Vanacker

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