«Fake news» ou hoax

Info ou intox, comment faire le tri?

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(AF/C./AFP) - Non, le Pape n'a pas soutenu Trump. Non, un proche d'Hillary Clinton n'a pas camouflé un réseau pédophile dans une pizzeria. Et Trump n'a jamais déclaré qu'il ne voulait pas «perdre son temps» à rencontrer François Hollande.

Mais il a suffi d'un tweet pour que d'innombrables internautes y croient.

Chiffres et preuves ne pèsent guère face aux fausses infos («fake news») qui envahissent internet bien plus vite que toute information vérifiée: c'est le constat un peu amer des «fact-checkeurs», ces journalistes qui s'évertuent à vérifier factuellement déclarations ou rumeurs. Une impuissance mise en évidence lors de l'élection américaine, rythmée par des assertions fausses.

Taxés de parti pris par ceux qu'ils mettent en cause, les fact-checkeurs se sont aussi retrouvés accusés d'inutilité. D'autres comme l'économiste Frédéric Lordon, un des acteurs de «Nuit Debout», leur reproche de défendre sans le dire une idéologie, sous couvert de chiffres.

«A force de nous critiquer il ne restera que les médias anti-système», rétorque Samuel Laurent, patron des «Décodeurs» du Monde (13 personnes), figure de proue du fact-checking en France, aux côtés de la rubrique «Désintox» de Libération et d'Arte et du «Vrai du faux» de franceinfo.

Créés pour vérifier les assertions chiffrées des politiques, leurs cibles principales sont maintenant les «fake news» colportées pour motifs commerciaux ou idéologiques et relayées par des millions de suiveurs.

Au Luxembourg

De fausses informations circulent régulièrement sur le web, surfant sur les polémiques ou les tendances. BEE SECURE donne des conseils très utiles pour distinguer le vrai du faux dans cette masse d'informations.

On peut distinguer entre différents types de fausses informations :

  • Les hoax apolitiques : des fausses informations diffusées notamment pour amuser, mais également par peur ou avec la motivation d'avertir d'autres personnes • Les fausses informations inventées : des informations inventées de toutes pièces qui sont tout de même massivement diffusées
  • La ré-interprétation d'événements réels : les "vraies" circonstances d'un événement réel sont prétendument révélées, la transition vers la théorie du complot est fluide
  • La théorie du complot : une situation ou un événement (souvent politique) est expliqué par une conspiration secrète de quelques personnes. Les arguments rationnels sont souvent ignorés et même les contre-preuves sont considérées comme des preuves d'une existence d'un complot.
  • Les fausses citations : des propos sont attribués à des célébrités ou à des politicien(ne)s qu'ils n'ont pas tenus ou ils sont sortis de leur contexte.
  • Le Framing/cadrage sur les titres négatifs : pour créer p.ex. un climat hostile envers les réfugiés, l'accent est mis sur les titres négatifs. Puisque l'information est vraie, ce type de "Framing" est particulièrement dangereux et requiert une compétence médiatique approfondie pour être reconnu comme tel.

Comment vérifier?

Plusieurs sites s'efforcent d'épingler les fausses informations. Voici ceux recommandés par Bee Secure:

Hoaxmap a été créé pour réfuter la prolifération des fausses informations sur les réfugiés dans l'espace germanophone. Une équipe de bénévoles localise toute désinformation sur une carte et essaie de vérifier ou de réfuter les informations. Plus de 400 fausses informations ont déjà été recueillies. Les fausses informations se répètent souvent et sont généralement reprises à l'identique, il peut donc être intéressant de jeter un oeil dans la banque de données. En allemand

Mimikama : sous le slogan "Réfléchir d'abord, cliquer ensuite", Mimokama recueille tout type de hoax, de désinformation et de piège à clics. Les nombreuses archives permettent également de trouver de nombreuses fausses informations qui contiennent du «hate speech» (discours incitant à la haine). L'équipe de Mimikama fait des recherches détaillées sur toute information et indique ses sources. En allemand.

Snopes.com : ce site anglophone  recueille depuis 1994 déjà divers hoax, fausses informations et légendes urbaines et les évalue en fonction de leur véracité. Pas toute fausse information qui paraît comme telle en est une, mais la plupart des cas qu’examine snopes sont clairement inventés. Les archives permettent d'identifier les hoax "recyclés". En anglais.

Politifact : ce site vérifie la véracité des propos des politicien(ne)s. En effet, parfois, il est vrai qu'une personne a tenu des propos, mais que ces derniers soient tout de même faux. Derrière Politifact se cache également une équipe expérimentée, qui a remporté pour son travail le prix Pulitzer. On peut donc en principe faire confiance aux informations relatées sur leur site Web. En anglais.

Nous vous recommandons aussi:

Hoaxbuster: ce site chasse les fausses informations sur les sites internet francophones ou relayées par sms.

Que faire si vous trouvez une fausse information?

Surtout ne la partagez pas! Vous lui apporteriez davantage d'audience. Signalez-le (avec courtoisie) à vos contacts qui l'ont partagée.

Au Luxembourg, les contenus racistes, révisionnistes et discriminatoires peuvent être signalés anonymement auprès de la BEE SECURE Stopline.

BEE SECURE a lancé «Stop online hate speech», une campagne de lutte contre les messages de haine qui circulent sur les réseaux sociaux depuis quelques mois. Cette sensibilisation à la fausse information s'inscrit dans ce contexte.

Des sites labellisés

Pour mieux se faire entendre, ils explorent de nouvelles pistes. Avec un appui de poids: Facebook, accusé d'être le principal vecteur de propagation de fausses infos, teste un nouveau bouton permettant aux internautes de les signaler pour qu'ils soient transmis à des sites spécialistes de la vérification.

«Internet est plus puissant que les médias traditionnels», constate Samuel Laurent, inquiet des attaques de sites américains comme Infowars ou Breitbart qui accusent le New York Times et CNN d'être eux les propagateurs de «fake news» et essaient ainsi de «tuer la crédibilité des médias traditionnels».

En France

Les «Décodeurs» préparent leur riposte. «Content Check», prévu pour juin 2017 avec l'Agence nationale de la Recherche, permettra, à côté des déclarations d'un responsable, de vérifier automatiquement ses assertions avec des statistiques, en se branchant sur Eurostat ou l'INSEE. «Une sorte de machine à vérifier», explique son patron.

Un logo de fiabilité sur Firefox et Chrome

Second projet, prévu dès janvier, une extension Firefox et Chrome qui apposera un logo vert, orange ou rouge pour signaler la fiabilité ou non d'un site.

«Nous avons recensé environ un millier de sites, surtout français et anglo-saxons», explique Samuel Laurent, qui espère étendre ce projet à d'autres grands sites internationaux et permettre aux internautes de participer.

C'est le choix du site américain Slate, qui lance une extension qui signale les fausses infos sur Facebook par un logo «This is fake». Cet outil oriente ensuite vers un article fiable pour en bloquer la propagation.

Les histoires publiées par des sites falsificateurs en série seront également signalées. Pour détecter les fausses infos, Slate veut s'appuyer sur les signalements d'internautes mais déplore la difficulté de l'exercice.

«Le faux gagne»

Pour Antoine Krempf, de franceinfo, le fact-checking a eu un impact sur les politiques. «Mais côté grand public, nous n'avons aucun impact sur ceux qui sont déjà convaincus (...) Une seule image est bien plus puissante qu'un fact-checking. Nous réfléchissons à des formats moins austères, comme des images ou des vidéos, qui reprennent les codes des fake news», explique-t-il.

«Pour l'instant, en audience, c'est le faux qui gagne», déplore Cédric Mathiot, de «Désintox»: «La vidéo d'un entrepreneur contre le RSI (régime social des indépendants), avec des chiffres abracadabrants, a fait 5 millions de vues. Quand on voit ce que pèse un journal !...»

Il est toutefois très réticent à l'idée de labelliser les sites, qui pourrait renforcer «l'idée inacceptable d'un gendarme du vrai et du faux». Il faut «davantage de pédagogie et de débats», conclut-il.

Même la Commission européenne s'y met: elle lance cette semaine une rubrique de fact-checking contre les «euromythes», pour éviter que, pendant la campagne électorale française, l'Europe porte le chapeau de tous les maux. Avec comme arme, les dessins humoristiques de Nicolas Vadot, du magazine belge «Le Vif».

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