Trois jeunes femmes témoignent

Les pionnières du Service civique... franco-luxembourgeois

Par Maurice Fick

Aline crée le lien entre jeunes ou réfugiés à la recherche d'un logement et des personnes âgées qui vivent seules. Nikol donne de la voix sur «Graffiti». Alice s'active au Centre mondial de la Paix à Verdun. Luxembourgeoises ou Lorraines, elles vivent chacune une expérience d'un an, hors du commun. Rencontre avec les pionnières du nouveau Service civique franco-luxembourgeois.

«Actuellement je suis sur deux grands projets. Je travaille sur le montage des séquences vidéo que nous avons tournées avec mille jeunes le 27 mai lors de la commémoration de la Bataille de Verdun. Parallèlement j'aide à la préparation d'une exposition sur le thème de la Renaissance dans une optique franco-allemande qui verra le jour cet automne», raconte Alice Duclos, 23 ans. Depuis le 1er mars 2016 et pour un an, la dynamique jeune Luxembourgeoise s'épanouit dans les coulisses du Centre mondial de la Paix des Libertés et des Droits de l'Homme à Verdun où elle effectue son Service civique franco-luxembourgeois (SCiFL).

Alice Duclos: «J'ai toujours eu des projets auxquels je trouve un sens et auxquels j'ai pu donner un sens».
Photo: Centre mondial pour la Paix

C'est le dernier né des services volontaires que proposent conjointement depuis mi-2015 le Service National de la Jeunesse (SNJ), côté luxembourgeois, et l'Agence du service civique, côté français. Les deux Etats travaillent main dans la main et ont signé fin 2014 une convention pour donner un seul et même cadre à ce nouveau service volontaire. Il «s'adresse aux jeunes de 18-25 ans qui résident soit au Luxembourg, soit dans la région Grand Est. Ces jeunes s'engagent pour un minimum de six mois et un maximum de douze mois», résume Georges Zeimet du SNJ.

«Je me sens valorisée»

Ce type de service volontaire tente des jeunes aux motivations très diverses. Il y a ceux qui ont tout simplement «envie d'aider», ceux qui ont la fibre sociale ou encore ceux qui veulent mettre leurs compétences au bénéfice d'une cause ou d'une association qui leur parlent. Histoire de se découvrir et de s'épanouir.

Comme Alice Duclos dans les coulisses du Palais épiscopal de Verdun. «Je me sens valorisée dans mon travail. Ici on me fait confiance en me donnant des projets que je n'aurais pas eus ailleurs. Chaque jour, je découvre des choses que je ne pensais pas pouvoir réaliser», reconnaît la jeune femme. Dès son arrivée, Alice a activement pris part aux derniers préparatifs de l'exposition inédite baptisée «Les Artisans de la Paix», qui est visible jusque fin mars 2017 au Centre mondial pour la Paix.

Elle est l'auteure d'un panneau explicatif, a participé à la réalisation des audioguides en anglais pour donner un supplément de contenu aux visiteurs, a vécu de près le vernissage de l'expo, été à la rencontre des commerçants pour en faire la promotion. Son job, c'est aussi «la communication, l'accueil des journalistes» ou encore «gérer un atelier pédagogique sur le "geste de Verdun" (Mitterrand et Kohl se donnant la main le 22 septembre 1984, ndlr) avec des groupes de jeunes».

Alice voit dans ce SCiFL «une valorisation de ses acquis». Elle a décroché un master en Sciences de l'information et des bibliothèques. Mieux encore: «Ça me permet vraiment de reprendre confiance en moi et de me rendre compte des possibilités qui s'ouvrent à moi pour la suite».

Aline Crouvoisier, 23 ans: «Je n'aurais jamais pensé tomber là-dedans en finissant mes études et au final, je suis vraiment contente!»
Photo: Maurice Fick

Originaire de Metz, Aline Crouvoisier, 23 ans, fait le chemin en sens inverse et découvre le contexte social et professionnel luxembourgeois via le SCiFL. Elle est chargée de mission pour le développement du logement intergénérationnel chez Cohabit'AGE à Esch-sur-Alzette: «Concrètement j'essaye de mettre en relation des jeunes qui viennent nous voir ou nous appellent parce qu'ils cherchent un logement avec des personnes âgées qui peuvent proposer un logement. Il faut plutôt les démarcher». Et ce n'est pas toujours facile, sait déjà Aline qui a démarré son SCiFL le 15 mai.

«Je n'aurais jamais pensé tomber là-dedans»

«On fait des campagnes de sensibilisation un peu partout: dans les clubs seniors, dans tous les endroits que fréquentent les personnes âgées, y compris dans la rue ou à la gare. En distribuant un flyer à la gare, on a trouvé une personne qui voulait accueillir quelqu'un chez elle», raconte la jeune femme. Des personnes âgées qui cherchent un jeune colocataire bienveillant pour rompre enfin leur solitude et bénéficier d'une aide de temps à autre dans la journée, elle en trouve. En sus de son beau sourire, Alice doit apporter de vraies garanties sur le futur logé. Pour cela, «on reçoit les jeunes dans notre bureau et on sonde leurs motivations à participer au projet mais aussi leur ouverture à la problématique de l'isolement des personnes âgées.»

Aline fait des recherches sur son ordinateur mais se rend aussi partout où elle peut trouver des seniors pour aller directement à leur rencontre et écouter leurs attentes.
Photo: Maurice Fick

«Le projet est cofinancé par l'OLAI et nous devons aussi trouver des logements pour des réfugiés», glisse Alice. La jeune Française qui se heurte régulièrement aux réticences des logeurs, se demande «si ce n'est pas un frein pour les Luxembourgeois».

«Ce qui me plaît vraiment, c'est le concept. Que des gens ouvrent leur porte à d'autres et arrivent à créer des liens. Si forts même qu'au bout de deux, trois mois, ils n'arrivent plus à se passer l'un de l'autre!», assure Aline. Pour cela sa mission est d'«essayer de trouver deux profils qui matchent le mieux ensemble». Le sien a déjà matché avec son employeur, ravi de cette volontaire qui l'est vraiment.

«Je n'aurais jamais pensé tomber là-dedans en finissant mes études et au final, je suis vraiment contente!», sourit Aline Crouvoisier, un master en Economie solidaire et sociale en poche.

Comme Alice ou Aline, «il arrive souvent» que les volontaires soient «des jeunes qui ont fait des études et ne trouvent pas d'emploi. Via ce Service civique franco-luxembourgeois ils créent des connexions nouvelles et parviennent à se tisser un réseau», sait Georges Zeimet du SNJ. Il précise aussitôt que le statut de volontaire «n'est pas compatible avec le statut d'étudiant ou de salarié au Luxembourg».

«Toutes les motivations sont bonnes»

Et puis il y a aussi tous ceux qui, après leur bac, font un Service civique parce qu'ils ne savent pas encore trop quelle direction prendre pour leurs études. «C'est une occasion parfaite de faire ses premiers pas dans un domaine avant de se lancer dans des études», estime Georges Zeimet.

C'est par exemple le cas de Nikol Olenskaia, 20 ans, originaire d'Audun-le-Tiche, qui sévit en anglais sur les ondes de «Graffiti», l'émission radio des jeunes pour les jeunes de Radio Ara à Luxembourg. «Je veux faire quelque chose dans le domaine des médias mais je ne sais pas encore exactement quoi», lance Nikol l'œil pétillant. Et elle avoue dans la foulée: «Mais j'aime la radio».

Nikol Olenskaia: «A Radio Ara, ils me donnent toujours la liberté de mettre en œuvre mes projets en m'aidant à les réaliser».
Photo: Maurice Fick

«L'ambiance de travail est vraiment bien ici! Je me sens comme une membre de la famille Radio Ara et ils me donnent toujours la liberté pour mettre en œuvre mes projets en m'aidant à les réaliser», glisse la Lorraine d'origine russe sur un ton reconnaissant. Ce qu'elle apprécie par-dessus tout, ce sont «toutes les opportunités qui s'offrent à moi dans des domaines différents»

Nikol est à l'aise avec tous les genres musicaux et cultive en particulier les sujets liés à la transition qui favorise les mouvements citoyens et écologiques du vivre autrement: «J'ai par exemple présenté un sujet sur l'industrie alimentaire de la viande et du lait et fait des interviews sur ses impacts sur l'Environnement», exemplifie la jeune femme. Tout comme elle a participé à l'organisation du festival musical «Hear We Are» en mai aux Rotondes, assuré un workshop de sons ou montré à de plus jeunes qu'elle, comment on enregistre une émission en studio.

Indemnité et logement

«Nous proposons mais c'est le jeune qui choisit dans quelle voie il veut aller. Toutes les motivations sont bonnes du moment que ça sert aux jeunes et aux organisations qui mettent à disposition leur cadre et leur temps», résume Georges Zeimet.

Tout cela est bien mais de quoi vivent ces jeunes volontaires qui vivent dans le pays voisin? La réponse du responsable du SNJ est toute cuite: «Ils touchent une indemnité d'engagement du Service civique de 933,17 euros par mois». A deux euros près, la France et le Luxembourg versent la même part. «Mais avec cette indemnité, le volontaire doit payer ses déplacements et son logement. Et nous n'acceptons pas qu'il fasse le frontalier. Il doit avoir une adresse au Luxembourg ou dans le Grand Est, puisque l'idée est aussi d'apprendre à vivre dans l'autre pays».

Nikol s'est débrouillée et «n'a pas besoin de payer pour un appartement à Luxembourg. Je vis chez ma sœur» en colocation. Aline a trouvé refuge «chez une copine au Luxembourg».

Alice vit sa propre vie dans «un 30 mètres carrés donnant sur une cour» à Verdun. Le Centre mondial pour la Paix l'a mise en contact avec l'Evêché «pour trouver un appartement convenable qui reste dans mes prix. Et en plus, j'ai eu une aide au logement supplémentaire en France». Cerise sur le gâteau: «C'est au calme et à trois minutes à pied».

Bon à savoir: Le SNJ organise chaque mois des infos-sessions sur les services volontaires . La prochaine se tiendra le mercredi 7 septembre 2016 à 12 heures au Forum Geesseknäppchen  (salle 4 - 1er étage) à Luxembourg.

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