Les jeunes vapotent pour mieux fumer

On la critique, on l'interdit en France aux mineurs et pourtant la cigarette électronique a de plus en plus d'adeptes. Au Luxembourg, de nombreux jeunes fumeurs vapotent au lycée, au café, dans leur chambre. Un phénomène qui n'est pas seulement une mode mais une façon d'être libre de fumer où l'on veut.

La France vient de voter l'interdiction de vendre des cigarettes électroniques aux mineurs.
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La France vient de voter l'interdiction de vendre des cigarettes électroniques aux mineurs. Une première mesure souhaitée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, qui projette également la prohibition de la publicité et l'interdiction de ce type d'appareil dans les lieux publics. 

Au Luxembourg, l'e-cigarette n'est pas règlementée et peut-être utilisée par tous et vendue à tout un chacun. Un état de fait qui résulte de l'absence de réglementation en la matière tant au niveau national qu'Européen.

Pour le ministre français, la cigarette électronique «n'est pas un produit banal» et «peut amener des jeunes et des moins jeunes à commencer par là et à se tourner ensuite vers la cigarette traditionnelle puisque la nicotine en elle-même est un produit addictif qui provoque une dépendance aussi importante que l'addiction à l'héroïne».

Il existe cependant des liquides qui ne contiennent pas de nicotine, des e-cigarettes qui n'en sont pas au final... Alors, la cigarette électronique phénomène de mode chez les jeunes ou objet de sevrage pour vieux fumeur repentant?

Chez le commerçant

Thierry Kirsch est administrateur de la société Dbon'R. Il fabrique et vend des e-cigarettes depuis 2 ans, un marché de plus en plus florissant. La vente aux mineurs, il l'a anticipée alors que rien ne l'y obligeait: «Nous avons décidé de ne pas vendre de liquides contenant de la nicotine aux mineurs. En revanche, nous vendons des liquides sans nicotine aux plus de 16 ans mais les mineurs représentent seulement 5% de notre clientèle ».

Si le coût pour s'équiper est assez élevé, l'e-cigarette présente en effet l'avantage d'être moins onéreuse que la cigarette classique.
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Thierry Kirsch s'inscrit en faux contre le soit disant phénomène de mode dont on auréole la cigarette électronique. D'après lui, les jeunes qui viennent dans son magasin sont déjà fumeurs et ne débutent pas le tabagisme avec l'e-cigarette: «On ne se lève pas le matin en se disant qu'on va se mettre à fumer du citron!», s'exclame-t-il, «Ma clientèle est avant tout une clientèle d'adultes fumeurs qui cherchent soit à réduire sa consommation de nicotine, soit à restreindre son budget tabac tout en gardant le goût de la cigarette».

Une autre question se pose alors: certains adolescents sont-ils de si gros fumeurs qu'ils ont déjà besoin d'être sevrés ou de réduire leur budget?

Un peu de calcul

Le budget annuel d'un fumeur de cigarettes consommant un paquet par jour est à peu près de 2.000 euros par an. Avec l'e-cigarette, pour la même consommation journalière, il faut compter 435 euros par an.

Si le coût pour s'équiper est assez élevé (compter aux alentours de 90 euros pour un kit complet, ndlr), l'e-cigarette présente en effet l'avantage d'être moins onéreuse que la cigarette classique. Pourtant, du côté des jeunes qui vapotent, la raison de ce choix n'est ni sanitaire ni financière.

«Ce que j'aime dans la cigarette électronique, c'est qu'elle me permet de fumer partout: au lycée, dans ma chambre, au café!», explique une élève d'un lycée du campus Geesseknäppchen, «Elle ne sent rien, n'est pas mauvaise pour la santé et en plus, elle est belle». Munie d'un modèle d'une couleur «très fille», la jeune ado semble très fière de sa cigarette électronique. 

Les fumeurs «nouvelle génération» sont de plus en plus nombreux.
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Sur ce campus, les fumeurs «nouvelle génération» sont de plus en plus nombreux comme l'explique Monsieur Mousel, surveillant au lycée Athénée: «De nombreux élèves fument cette cigarette, on m'a même dit que certains fumaient à l'intérieur des locaux par temps de pluie...». Dans d'autres lycées, comme le lycée Robert Schuman, même son de cloche: «des jeunes qui fument des e-cigarettes? Oui, il y en a mais on ne les voit pas le faire dans l'enceinte de l'établissement.»

Yann est élève dans un lycée dont il préfère taire le nom par souci de discrétion, ses parents ne savent pas qu'il fume. Et si certains de ses camarades se voient acheter leur matériel de fumeur électronique par leurs parents, Yann vapote en cachette. Il fume indifféremment la e-cigarette et ses «clopes», il n'a pas de préférence et s'adapte au lieu dans lequel il se trouve... «L'e-cigarette, c'est bien pratique dans les endroits où l'on ne peut pas fumer!»

Il a acheté sa cigarette électronique sur internet et s'approvisionne également via internet. A la question «Sais-tu ce qu'elle contient?». L'adolescent répond laconiquement: «Elle est moins toxique que la vraie cigarette.»

Quels produits pour quel usage?

Retour dans la boutique de Thierry Kirsch pour une petite démonstration autour de la cigarette électronique car, après tout, sait-on vraiment ce qu'elle contient? huffingtonpost.fr vient de publier une vidéo qui montre la méconnaissance des vendeurs de cigarettes électroniques. Au Luxembourg, on sait ce qu'on achète car le vendeur sait ce qu'il vend.

Dans son rapport, le pneumologue Bertrand Dautzenberg, explique que la cigarette électronique présente plusieurs avantages. «Elle semble être un bon produit pour sortir du tabac, pour fumer autre chose ou pour diminuer. Elle ne contient pas de monoxyde d'azote ni de particules, elle ne présente pas de taux significatif de substances cancérigènes, à la différence de la fumée du tabac. C'est un moyen plus propre de se droguer». Petit bémol, le pneumologue estime qu'avec des recharges qui contiennent de la nicotine, on est plus proche de la cigarette classique.

Dans son magasin, Thierry Kirsch ne vend pas de produits contenant plus 19,6 mg de nicotine par ml comme le préconise le rapport Dautzenberg: ses liquides sont à la norme ISO 8317 et proviennent de la société mosellane Gaiatrend située à Rohrbach-lès-Bitche: «La norme ISO 8317 assure que les liquides sont aux normes alimentaires et pharmaceutiques européennes. Mais je vends surtout des liquides qui rappelent le goût du tabac, c'est à peu près 80% de mes ventes et, contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les adolescents qui achètent le plus de produits rappelant le goût de la fraise tagada ou du chocolat».

Virginie Orlandi

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