Initiative

Réfugiés et locaux «tissent des liens»

Par Sophie Wiessler

L'ambiance est joviale ce vendredi matin dans une des salles de la Villa Vauban, au cœur de Luxembourg. Une quinzaine de personnes se pressent autour des tables, laines et baguettes à la main. La plupart d'entre elles - pour ne pas dire toutes - sont des femmes d'un certain âge. Si elles sont là, c'est pour partager une passion commune: le tricot.

Deux vendredis par mois, elles se retrouvent pour partager quelques heures de tricotage ensemble. Cette initiative, baptisée "cafés Tricot Solidaire", vise à réunir des réfugiés, ou tout autre étranger, avec des Luxembourgeois, pour «tisser des liens», apprendre à se connaître et apprendre aussi la culture du Luxembourg.

A la fin de chaque rencontre, il est en effet possible de profiter d'une visite guidée gratuite de 30 minutes dans l'une des salles du Musée. Une idée qui permet aux personnes étrangères de se familiariser avec l'histoire luxembourgeoise.

C'est le réseau "Mamie et moi", - que nous avions déjà rencontré l'été dernier - en collaboration avec l'asbl Cohabit'age qui est à l'initiative de cette action. «Le but ici est de créer du lien par le tricot. Pas besoin de langue commune, on est ouvert, c'est très simple! Les mamies apprennent aux autres à tricoter et des affinités se créent», explique Camille Alexandre, fondatrice de la marque Mamie et moi.

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Cette initiative, en place depuis le mois de février, fait déjà salle comble. «Au départ on voulait juste tester, mais ça marche super bien. Vu la demande que l'on a, on a dû augmenter le nombre de places. Il y a même une liste d'attente! Le tricot ici n'est qu'un prétexte, un outil d'intégration», souligne avec le sourire, Cristina Picco, l'autre créatrice de Mamie et moi.

Brigitte: «C'est par le travail des mains qu'on s’intègre»

Un petit tour de table donne vite le ton. Ces femmes sont ravies d'être là et de soutenir cette initiative visant à mieux intégrer les étrangers au Luxembourg. C'est notamment le cas de Brigitte, Luxembourgeoise habitant à Mondorf. Elle tricote à côté d'une jeune Roumaine, qui ne parle pas un mot de français, d'anglais ou de luxembourgeois. «C'est impossible de s'entretenir avec elle mais c'est pas grave, on travaille. Vous savez, c'est par le travail des mains que l'on s'intègre», explique-t-elle, baguettes à la main.

Comme beaucoup d'autres, elle a appris le tricotage lorsqu'elle était toute petite, de par sa grand-mère. Un apprentissage partagé par Leïla, Tunisienne de 59 ans, qui tricote depuis toute petite aussi et en a même fait son métier: couturière. Cela fait 23 ans qu'elle habite au Luxembourg, et voilà 5 années qu'elle apprend le luxembourgeois. «Je trouve cette initiative superbe. C'est très cosmopolite, on est là pour échanger, partager. Et puis le tricot, ça détend! On pense moins à nos soucis», détaille-t-elle en riant.

Mihaela: «C'est difficile de s'intégrer au Luxembourg quand on est un étranger»

Si toutes ces femmes sont pour la plupart intégrées au Grand-Duché depuis de longues années, elles se souviennent tout de même de la difficulté des premiers temps, lorsque l'on débarque dans un pays étranger sans en parler la langue, et qu'il faut tant bien que mal s'intégrer. C'est le cas de Mihaela, Roumaine de 55 ans, au Luxembourg depuis plus de 17 années.

«Quand on est étranger, on se retrouve vite isolé. C'est difficile de rencontrer des personnes et de s'intégrer. Alors, je suis très contente de faire partie des Mamies depuis 2015. Ça change des habitudes, on occupe un peu de son temps et surtout on rencontre des gens», souligne-t-elle.

Un point de vue partagé par MeiYin, Taïwanaise vivant au Luxembourg depuis 30 ans. «C'était très difficile quand je suis arrivée. Encore aujourd'hui en fait... Tous mes amis sont des étrangers. Mais cette idée de tricoter tous ensemble, c'est super. Ça me permet de méditer et d'apprendre surtout au contact des autres. Tout le monde est très gentil», explique-t-elle en souriant.

Des rencontres jusqu'à la fin de l'année

Si la plupart des personnes présentes ce jour-là au café solidaire résident au Luxembourg depuis plusieurs années, ce n'est pas le cas de tout le monde. Des réfugiés syriens sont venus participer plusieurs fois, venant de foyers, de la Croix-Rouge ou encore de Caritas. «Ici, c'est un espace neutre, ça les change de leur quotidien. On veut les encourager à sortir de leurs foyers, à venir voir du monde», souligne Cristina Picco.

Et puisque le succès est au rendez-vous, ces rencontres se poursuivront jusqu'au mois de décembre prochain. à raison de deux jours par mois. «Les premiers et derniers vendredis de chaque mois», précise Cristina Picco. Mais n'oubliez pas de réserver votre place au préalable!


Inscriptions obligatoires par email: info@mamieetmoi.com ou contact@cohabit-age.lu
Ou par téléphone au 28 774 398.

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