Avis annuel de la fondation Idea

L'économie de partage rencontre peu de succès au Luxembourg

Le car sharing (partager une voiture) ou le covoiturage (partager les frais pour un trajet) n'ont pas de succès à l'heure actuelle au Luxembourg.
Photo d'illustration: Shutterstock

Par Anne Fourney

Airbnb, Couchsurfing, Kickstarter, Blablacar, Doctena… L'économie de partage est bien présente au Luxembourg, même si son poids économique est inférieur à 1%. Son succès n'est bizarrement pas aussi marqué que dans d'autres pays européens.

La fondation Idea a fait consacrer une partie de son «Avis annuel 2017» à l'économie de partage au Luxembourg, système préconisé par l'étude de Rifkin. Un système intéressant, mais pas forcément idéal à tous points de vue. Il mérite en tout cas que l'on se pose certaines questions, même si cette économie reste marginale au Luxembourg pour le moment.

Une économie née de la crise

L'économie de partage, autrement appelée économie collaborative, est née au moment de la crise qui a suivi les krachs boursiers de 2008. C'est un mode de consommation, aujourd'hui en plein essor, qui a d'abord intéressé ceux qui cherchaient un revenu complémentaire et ceux qui souhaitaient un service moins cher. C'est ainsi que sont apparus plusieurs sites web collaboratifs qui proposent des services de particulier à particulier.

Voici les exemples les plus connus à l'international:

  • Airbnb: trouver une chambre ou un appartement à louer pour un court séjour.
  • Couchsurfing: trouver un endroit où dormir pour quelques nuits. L'idée d'origine est de proposer son canapé à un voyageur de passage, gratuitement.
  • Blablacar, Karzoo: trouver un trajet en voiture afin de partager les frais de route.
  • KissKissBankBank, GoFundMe, Ulule, Kickstarter: appel aux dons pour financer un projet

Au Luxembourg, ces services sont accessibles dans différentes domaines: conciergerie, financement, hébergement pour un court séjour, don ou emprunt de biens, transport, santé et livraison de plats cuisinés ou de courses.

L'économie de partage fait partie des «stratégies prospectives» proposées par la «Troisième Révolution industrielle», régulièrement avancée comme une solution à certains problèmes quotidiens et urbains, a annoncé Sarah Mellouet de la fondation Idea.

D'après les données présentées par la fondation, seuls 13% des résidents utilisent ces systèmes basés sur l'économie de partage en ligne. «L'offre est récente», note Sarah Mellouet, avant de préciser que «moins de 4% des résidents du Grand-Duché auraient offert leurs services sur ces plate-formes. C'est un phénomène plutôt marginal».

«Le poids économique de l'économie de partage est actuellement faible, puisqu'il est inférieur à 1%», a souligné Sarah Mellouet.

Pourquoi ce faible engouement? Si le Luxembourg connaît un boom démographique, le pays reste considéré comme une zone rurale en Europe au regard de sa densité de population.

Des questions à se poser

Pour le moment, l'économie collaborative n'est pas réglementée au Luxembourg. Il est urgent de réfléchir à comment cette économie peut être encadrée par la loi, même si son poids dans l'économie du pays est aujourd'hui faible: protection du consommateur, quels impôts, TVA ou taxes sociales peut-on imaginer pour ce type d'activité, à partir de quand devrait-on les payer?

L'un des aspects positifs est «l'émulation technologique auprès des acteurs traditionnels», estime Marc Wagener, directeur de la fondation Idea. Cependant, plusieurs plate-formes participatives proposent le même service, notamment en ce qui concerne le financement collaboratif (ou crowdfunding) et le covoiturage.

Alors que l'aménagement d'une voie supplémentaire vient d'être officiellement annoncée sur l'autoroute A3, et qu'un appel d'offres a été lancé par le Gouvernement en vue de la création d'une nouvelle application de covoiturage, qu'un autre système de transport collaboratif est à l'étude (Kussbus)… il serait opportun de comprendre pourquoi les usagers de la route, résidents du Grand-Duché ou frontaliers, sont si peu enclins à employer le covoiturage pour se déplacer.

A priori écologique, le covoiturage, s'il connaissait du succès, poserait d'autres questions, comme celle des investissements dans les transports publics: seraient-ils toujours adaptés à la situation?

La fondation Idea se définit comme un "laboratoire d'idées autonome, pluridisciplinaire et ouvert". Fondée en 2014 à l'initiative de la Chambre de Commerce, elle étudie, fait des propositions ou donne son avis, à travers la voix de cinq spécialistes sur la situation et les perspectives socio-économiques du Grand-Duché. Lire l'«Avis annuel 2017» de la fondation Idea.

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